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Le cas Ségolène Royal interroge sur le rôle nébuleux des ambassadeurs thématiques

21 ambassadeurs thématiques étaient en poste au 31 décembre. Des personnalités nommées en conseil des ministres, aux missions peu lisibles.

Au 31 décembre 2019, ils étaient 21 ambassadeurs thématiques, dont Ségolène Royal. À ne pas confondre avec les diplomates représentant la France auprès d'une puissance étrangère. Au fil des années, le nombre de ces ambassadeurs sans territoire varie, tributaire des besoins et de l'actualité.

Nommée en 2017 ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles Arctique et Antarctique, Ségolène Royal devrait elle être démise de ses fonctions d'ici la fin du mois de janvier. Une conséquence de ses "récentes prises de parole publiques", mettant en cause "la politique du gouvernement", selon la lettre qui lui a été adressée par le Quai d'Orsay et le ministère de la Transition écologique.

Le parquet national financier a par ailleurs ouvert une enquête mercredi, sur les accusations d'utilisation de fonds publics alloués à sa fonction à des fins privées. Un tournant judiciaire, qui posent de nombreuses questions sur la mission de ces ambassadeurs thématiques.

  • Qui les choisit?

S'il existe donc une ambassadrice des pôles, il existe d'autres postes, aux intitulés parfois nébuleux. Sur le site du ministère des Affaires étrangères, une liste des 21 actuels ambassadeurs thématiques est disponible. Ainsi, on apprend à sa lecture qu'il existe une ambassadrice chargée du sport, un autre des migrations, mais aussi un ambassadeur délégué interministériel à la Méditerranée. Des désignations qui ne donnent pas ou peu d'éléments sur le contenu des missions dans leur ressort.

Créés par Jacques Chirac, ces postes d'ambassadeurs thématiques se sont étoffés au gré des quinquennats suivants. Les personnalités sont nommées à la discrétion de l'exécutif, en conseil des ministres, avec une publication ensuite au Journal officiel.

"La décision de créer des postes d'ambassadeurs thématiques est prise lorsque des sujets d'actualité ou des problématiques le justifient. Il doit s'agir alors de sujets qui prennent une ampleur particulière nécessitant qu'une personne soit clairement identifiée comme le coordonnateur d'une action éminemment diplomatique", indique un rapport parlementaire de 2017.

Ainsi, selon ce même rapport, un poste d'ambassadeur chargé de la stratégie internationale en matière de lutte contre le terrorisme a été créé en septembre 2016, tout comme un autre dédié aux énergies renouvelables et à la prévention des risques climatiques.

  • Que font-ils exactement?
"On ne sait pas très bien ce qu'ils font parce qu'il n'y a pas beaucoup de transparence sur leur compte-rendu d'activités", estime l'ancien député socialiste René Dosière sur BFMTV, spécialiste des comptes publics.

Concernant Ségolène Royal, son poste s'attache à "fédérer la communauté polaire française", analyse Mikaa Mered, professeur de géopolitique des pôles à l'ILERI (Institut libre d'étude des relations internationales), auteur de l'ouvrage Les Mondes polaires. "Le deuxième sujet, c'est donc de représenter la France et le gouvernement français à l'international sur cette question des pôles", explicite-t-il sur BFMTV.

  • Quel est leur profil?

Le 28 novembre 2019 en séance publique, après la mise en cause de Ségolène Royal par une enquête de Radio France concernant sa gestion des moyens alloués par le Quai d'Orsay, la sénatrice UDI de l'Orne Nathalie Goulet ne cachait pas son agacement en séance publique à propos de ces postes, de "vraies niches pour les amis en mal d'exotisme ou les recalés du suffrage universel", selon elle.

Parmi les personnalités actuellement en poste, il y a une majorité de diplomates de carrière ou de hauts fonctionnaires. Figure aussi un conseiller de Paris UDI ou encore le président de Business France. Plus atypique, la triple championne du monde de karaté Laurence Fischer a été nommée ambassadrice pour le sport au printemps 2019.

Apparaît également le nom de Delphine O, députée suppléante de Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d'État en charge du numérique qui a retrouvé son siège à l'Assemblée à sa démission du gouvernement en mars 2019. Obligée de quitter l'hémicycle du Palais-Bourbon, Delphine O a peu de temps après été nommée ambassadrice, secrétaire générale de la Conférence mondiale de l'ONU sur les femmes, le 29 mai 2019.

  • De quels moyens disposent-ils?

En 2019, parmi les 21 personnalités, 19 étaient rémunérées par le ministère des Affaires étrangères ou leur administration. Deux étaient bénévoles, dont Ségolène Royal.

Selon le rapport parlementaire de 2017, le coût global des ambassadeurs thématiques, moins nombreux qu'aujourd'hui, s'élevait à 2,02 millions d'euros en 2016.

"Pour l'ensemble des ambassadeurs thématiques, les frais de missions et de transport représentent un montant total de 165.000 euros", détaillait le texte pour cette même période.

Le 24 décembre dernier, le député socialiste de la Loire Régis Juanico a adressé une question écrite au gouvernement, concernant le coût des déplacements des ambassadeurs thématiques du Quai d'Orsay pour l'année 2019. À ce jour, la réponse du ministère des Affaires étrangères n'est pas encore connue.

Clarisse Martin avec Adélaïde Mangin