BFMTV

Ségolène Royal ambassadrice des pôles: pourquoi elle est critiquée depuis plusieurs mois

Ségolène Royal.

Ségolène Royal. - Lionel Bonaventure - AFP

Depuis plusieurs mois, Ségolène Royal est sous le feu des critiques dans le cadre de ses fonctions d'ambassadrice des pôles. Une enquête a été ouverte pour vérifier l'utilisation des moyens mis à sa disposition par le Quai d'Orsay.

Entre Ségolène Royal et l'exécutif, le torchon brûle. Dernier épisode en date: une missive, adressée par les ministères des Affaires étrangères et de la Transition écologique à l'ambassadrice des pôles, le 7 janvier, et rendue publique par l'intéressée via son compte Facebook, après la divulgation de l'information par Le Canard Enchaîné.

"Il est envisagé de mettre fin à vos fonctions au regard de vos récentes prises de parole publiques, qui mettent en cause la politique du gouvernement à la mise en œuvre de laquelle, en votre qualité d'ambassadrice (...) vous êtes étroitement associée", écrivent les deux secrétaires généraux du Quai d'Orsay et du ministère de la Transition écologique, François Delattre et Emilie Piette.

L'épilogue d'une série à multiples volets? Depuis plusieurs mois, Ségolène Royal multiplie les critiques à l'égard de la politique appliquée par le gouvernement, tout en demeurant au poste d'ambassadrice des pôles auquel l'a nommé Emmanuel Macron après son élection. Une mission qui a suscité depuis de nombreuses critiques, et pour laquelle elle fait désormais l'objet d'une enquête préliminaire de la justice.

  • Parce qu'elle a pris des libertés avec le devoir de réserve lié à sa fonction
"Ainsi que vous l'avaient rappelé les secrétaires généraux du ministère de l'Europe et des affaires étrangères et du ministère de la transition écologique et solidaire par lettre du 11 janvier 2018, les fonctions que vous exercez impliquent un devoir de réserve sur l'action du gouvernement", est-il également écrit dans la lettre datée du 7 janvier.

D'abord fervent soutien d'Emmanuel Macron lors de la présidentielle de 2017, l'ancienne ministre de l'Environnement sous le quinquennat de François Hollande semble avoir basculé dans le camp des opposants au cours de l'année écoulée. Réforme des retraites, écologie, crise des hôpitaux mais aussi politique sociale du gouvernement... Ségolène Royal n'a pas ménagé ses critiques, formulées sur les réseaux sociaux ou au cours d'interviews. 

"Il y a un sentiment d'abandon absolument réel", fustigeait-elle à propos des habitants de Rouen en novembre 2019 sur BFMTV, après l'incendie de l'usine Lubrizol. Elle avait également frontalement taclé l'exécutif quant à ses velléités réformatrices. "Il n'y a pas de visibilité sur la justice du modèle proposé par ces réformes tous azimuts dont les Français ne comprennent plus la cohérence", évoquant une "logique désordonnée".

Quelques jours avant Noël, elle avait réagi sur Twitter à la décision d'Emmanuel Macron de renoncer à sa future retraite de président de la République, jugeant cette mesure avec sévérité:

"La vraie question c'est de savoir s'il renonce à retourner après l'Élysée dans le monde du business mondialisé avec les énormes retraites chapeaux qui vont avec et dont les montants sont sans commune mesure..."

Le 10 janvier, l'une de ses ministres de tutelle, Élisabeth Borne, s'était publiquement interrogée. "Je note qu'elle critique le gouvernement très fortement depuis quelques semaines, est-ce que c'est bien compatible avec un poste d'ambassadeur qui appelle une certaine réserve? On peut se demander." À l'aune des derniers développements, la question peut paraître rhétorique.

  • Parce qu'elle a séché plusieurs réunions sur l'Arctique

À la veille de Noël, Le Figaro avait révélé que Ségolène Royal allait être amenée à s'expliquer sur ses fonctions d'ambassadrice des pôles. Le quotidien indiquait que cette dernière allait recevoir une convocation devant la mission d'information sur l'Arctique et l'Antarctique à l'Assemblée nationale pour exposer sa mission.

Une initiative de deux députés, Christophe Naegelen de l'UDI, ainsi qu'Éric Girardin, de La République en marche, prise en raison de l'absence de l'ambassadrice aux quatre réunions des "Senior Arctic Officials", qui se sont tenues depuis la prise de fonction de cette dernière. "En deux ans, elle ne s’est JAMAIS rendue à la moindre réunion de la moindre instance diplomatique arctique officielle", dénonçait le spécialiste des pôles Mikaa Mered.

"Je ne vais pas aux réunions auxquelles je ne suis pas utile", s'était-elle défendue sur BFMTV, arguant faire "attention aux coûts" de ses déplacements ainsi qu'au "bilan carbone". 

"Vous savez, il y a beaucoup de réunions sur le sujet Arctique et je me suis déplacé 15 fois en deux ans. J’ai visité tous les pays du cercle Arctique: le Groenland, la Norvège, la Russie, la Finlande, l’Islande où je retourne la semaine prochaine. On pourrait au contraire me dire ‘vous vous déplacez trop’", assurait-elle. 

"Si je ne suis pas présente physiquement, nous avons un réseau diplomatique, les ambassadeurs se rendent aux réunions, cela ne m’empêche pas de les préparer à l’avance, on se répartir les réunions. Je continuerai à ne pas y aller si je peux être représentée à un juste niveau par rapport aux enjeux de l’Arctique", avait-elle conclu. L'épisode avait néanmoins participé aux crispations des relations entre la majorité et l'ex-soutien d'Emmanuel Macron.

  • Parce qu'on lui demande des comptes sur l'usage des moyens du quai d'Orsay

En novembre, la mise en cause n'émanait pas du pouvoir politique mais d'une enquête de la cellule d'investigation de Radio France, selon laquelle Ségolène Royal aurait usé de moyens mis à disposition par le quai d'Orsay pour sa mission d'ambassadrice des pôles à des fins personnelles.

L'ancienne ministre socialiste aurait ainsi eu à sa disposition une assistante personnelle, un conseiller en communication et un chargé de mission. Bénévole, elle aurait également disposé d'une enveloppe de 100.000 euros annuels. Ségolène Royal avait alors répliqué que "l'enveloppe qu('elle) engage, c'est même pas la moitié" des 100.000 euros évoqués par Radio France, et qu'elle n'a "pas de chauffeur, pas de sécurité".

Néanmoins, selon Radio France, l'ambassadrice des pôles aurait mobilisé son équipe normalement dévolue à sa mission au Quai d'Orsay pour des déplacements personnels, comme l'inauguration d'un hôpital en Poitou-Charentes, région qu'elle a présidée entre 2004 et 2014, ou encore pour la promotion de son dernier ouvrage, Ce que je peux enfin vous dire, et sa fondation "Désir d'avenir pour la planète".

Ségolène Royal avait déclaré sur BFMTV que "ses collaborateurs l'accompagn(aient) en dehors de leurs heures de travail" et ajoutait sur RMC que tout cela était "faux" et qu'elle se réservait "le droit" d'aller en justice. Sur Twitter, elle avait évoqué un "acharnement": "Je dérange encore?", s'était-elle interrogée à l'époque. Quoi qu'il en soit, elle devra désormais en répondre auprès de la justice, avec l'ouverture d'une enquête préliminaire dans ce dossier.

Clarisse Martin