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Le cadeau empoisonné de Hollande à Valls

Manuel Valls à Colomiers, le 29 août 2016.

Manuel Valls à Colomiers, le 29 août 2016. - Pascal Pavani - AFP

Si François Hollande, par l'annonce de son renoncement, lui laisse le champ libre pour la primaire de la gauche et l'éventuelle présidentielle, Manuel Valls n'est pas au bout de ses peines.

Désormais pressenti pour incarner l’exécutif dans la primaire de la gauche, Manuel Valls, qui n’a pas ménagé sa peine pour se retrouver dans cette position, doit assumer une mission bien difficile. Premier ministre de François Hollande depuis 2014, et ministre depuis 2012, il lui faut parvenir à se faire désigner candidat puis tenter éventuellement d’être élu en défendant ce même bilan qui a interdit à François Hollande de prolonger son séjour à l'Elysée au-delà de mai prochain.

Ce jeudi soir, alors que François Hollande vient de jeter l’éponge, l’éditorialiste BFMTV Christophe Barbier analyse: "Manuel Valls va trouver une primaire extrêmement douloureuse. Il va être comptable du bilan, il va être attaqué sur sa gauche. Il sera mis en cause, il n’a pas primaire gagnée."

Déjà attaqué sur sa gauche

François Kalfon, directeur de la campagne du candidat à la primaire Arnaud Montebourg, n’a pas manqué de confirmer les dires du journaliste peu après: "Manuel Valls est le remplaçant de François Hollande dans cette primaire. Il est encore son Premier ministre, il est comptable de son bilan."

Sur la gauche de Manuel Valls toujours, Benoît Hamon, député élu dans les Yvelines, lui aussi candidat à l’investiture pour la présidentielle, et ex-ministre de l’Education nationale du premier gouvernement Valls, a détaillé les griefs nourris contre le Premier ministre:

"Manuel Valls a un projet on le connaît, il a théorisé "les gauches irréconciliables". Il a posé la question identitaire comme, parfois, primant sur la question sociale. Il est l'auteur d'un discours qui aura marqué les esprits à gauche à Munich sur les migrants, il a aussi été l'inspirateur de la déchéance de nationalité".

Cette remarque de Benoît Hamon renvoyait en écho les paroles prononcées plus tôt par François Hollande lors de son allocution. "Je n’ai qu’un seul regret : d’avoir proposé la déchéance de nationalité parce que je pensais qu’elle pouvait nous unir alors qu’elle nous a divisé", avait dit le président de la République comme pour piquer au vif le chef de gouvernement qui était à l'origine du projet et l'avait porté

La rancoeur des "hollandistes"

Et le moins qu'on puisse dire, c'est que du côté des "hollandistes", Manuel Valls ne fait pas le plein non plus. Si des proches du président, comme Didier Guillaume, le président du groupe socialiste au Sénat, a annoncé qu'il le soutenait, Jean-Pierre Mignard, avocat et grand ami de François Hollande, a rallié Emmanuel Macron ce vendredi matin: "Si je peux l'aider, je l'aiderai", a-t-il dit sur Europe 1.

Il traduit peut-être à visage découvert ce que d'autres fidèles du chef de l'Etat déclarent anonymement: "Valls va regretter. C'est lui qui a mis à la porte Hollande", s'emporte ainsi un député dans les colonnes du Parisien

Un lourd héritage

Manuel Valls a précédemment laissé entendre que s’il se lançait dans la bataille, il ne resterait pas à Matignon, instruit qu’il fut par l’échec de Lionel Jospin en 2002. Sa démission est donc attendue, tout comme sa déclaration de candidature. Celle-ci pourrait intervenir lors du meeting de la Belle Alliance (organisme qui pilote la primaire) ce samedi. D’ici là, la question du soutien direct, ou non, de François Hollande à sa campagne va se poser avec une grande acuité. Lors de l’allocution présidentielle prononcée ce jeudi afin de déclarer publiquement son renoncement, François Hollande n’a pas voulu dire s’il considérait Manuel Valls comme son dauphin pour l’élection de 2017.

Il n’est cependant pas sûr qu’un tel parrain soit une aubaine pour Manuel Valls, de toute façon. Selon le dernier sondage Elabe pour BFMTV, François Hollande arrivait en cinquième position au premier tour du scrutin, avec 7% d’intentions de votes, signe de son impopularité, y compris à gauche. Envisagé comme option alternative, Manuel Valls était aussi cinquième avec 9% de ces voix fictives. Laisser la place à Manuel Valls a tout d’un terrible cadeau empoisonné de la part du président de la République.

Robin Verner