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Le spleen de certains "marcheurs" à la convention LREM

Après les victoires presque sans partage de leur mouvement, les militants sont bien conscients que le plus dur reste à faire. Certains se savent attendus au tournant et réclament "du concret" afin de répondre aux attentes des Français. Et davantage de démocratie interne.

Première convention nationale. Premier organigramme officiel. Premières directives du parti. Samedi à La Villette, quelque 3.000 militants de La République en marche ont vécu en direct le début d'une normalisation à marche forcée de leur mouvement.

Catherine Barbaroux, présidente par intérim, s'est dite "gonflée à bloc". Mais tous savent que le temps de "l'esprit de conquête" si cher au président Macron n'y suffit plus. Tous pressentent que le plus difficile reste à accomplir: s'inscrire dans la durée, construire et ne pas décevoir les Français. Après l'exaltation des éclatantes victoires de la présidentielle et des législatives, les "marcheurs" ne semblent plus avancer comme un seul homme. Certains menacent de sortir du rang si les instances du tout jeune parti refusent de démocratiser les processus de prise de décisions.

En marche, mais pas au pas cadencé

Ainsi, les "marcheurs en colère", minorité de 3.000 adhérents sur 373.000, dénoncent notamment auprès du Figaro le manque de démocratie interne. Premier reproche de circonstances, ils auraient aimé participer à la convention nationale de samedi, pour y faire valoir leurs arguments. Que veulent-ils? Par exemple que les référents départementaux ne soient pas nommés, mais "élus parmi les animateurs des comités pour trois ans renouvelables une fois".

Et pour les futures investitures, il serait "essentiel que les adhérents puissent être consultés et que les propositions soient validées dans les instances comme le congrès départemental", disent-ils. Selon eux, l'élan de démocratie participative ne tient pas ses promesses.

Les déceptions engendrées par certaines candidatures aux législatives pèsent aussi dans la balance. Pour les cadres du mouvement, il n'y a rien là que la vie normale d'un parti qui prend de l'ampleur.

"Il y a eu 19.000 candidatures pour les législatives. Il y a forcément des déceptions", rétorque l'un des responsables nationaux, cité par Le Figaro.

Esprit d'"En marche!" es-tu encore là?

Le nouveau parti va-t-il tenir la promesse de faire de la politique autrement? "Ils (les invités à la convention, NDLR) ont envie de réussir, de continuer. Je sens une énergie folle", assure Catherine Barbaroux. Certains dans l'assistance se déclarent rassurés. L'ADN du mouvement reste selon eux intact. Ils ont hâte de mettre en œuvre la feuille de route prodiguée dans les 3.200 comités locaux de la nouvelle organisation.

"Ça va rester participatif, on va continuer le porte-à-porte, l'implication dans la vie associative", se rassurent-ils. Mais certains marcheurs de la première heure s’impatientent. Ils réclament du concret, veulent rentrer dans le vif du sujet.

"On a besoin d'un cap, là. On a passé assez de temps à s'auto-congratuler", jugent deux militants, au micro de BFMTV.

Pour entretenir la flamme de ses militants, la République en marche mise sur des outils en ligne favorisant la formation et la consultation citoyenne comme des ateliers d'idées ouverts à tous. La recette a permis la victoire du candidat Macron, mais suffira-t-elle à faire entrer le mouvement dans le long terme? Présent samedi, le Premier ministre Edouard Philippe a averti de la nécessité de bannir la menace d'une forme de pensée unique.

"Penser qu'on a raison parce qu'on est majoritaire", est selon lui l'écueil qu'il faudra éviter.

David Namias avec Élisa Trannin, Laetitia Soudy et Eline Dany