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La loi antiterroriste adopté sous le feu croisé des oppositions

Gérard Collomb

Gérard Collomb - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Malgré le feu croisé des Républicains et des Insoumis, la loi antiterroriste a été adoptée en première lecture ce mardi à l'Assemblée nationale.

Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb avait demandé à "toutes celles et tous ceux qui veulent lutter contre le terrorisme de voter cette loi". Il a été entendu. Dans un contexte marqué par l'attentat de Marseille, le projet de "loi de sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme" a été largement adopté en première lecture par l'Assemblée nationale ce mardi après-midi, avec 415 voix en faveur du texte. 

"Défense de la nation"

Liberticide pour les Insoumis et les communistes, insuffisant pour une partie des Républicains, cette loi s'inspire des principales dispositions de l'état d'urgence, qu'elle transpose en grande partie dans le droit commun.

"Comme nous le disons depuis le début, le niveau de menace est élevé. Cette menace est protéiforme", a expliqué le Premier ministre Édouard Philippe avant le vote du texte. Le chef de la majorité a par ailleurs appelé les français à un "combat culturel, combat social, d’ordre public" contre le terrorisme.

"Ce n’est pas le combat des forces de l’ordre contre les terroristes. C’est le combat de la France contre ceux qui veulent la détruire", a déclaré Édouard Philippe. "Cela veut dire que les Français doivent tous regarder, observer et participer à cet effort de défense de la nation", a insisté le chef de la majorité.

"Sortir de l’état d’urgence en assurant une haute sécurité aux citoyens. Dépasser les postures manichéennes des oppositions. Engagement tenu", s'est félicitée la porte-parole du groupe LREM à l'Assemblée, Olivia Grégoire.

En plus des députés La République en marche, le texte a reçu l'assentiment, avec quelques réserves, des groupes Modem, Nouvelle gauche (socialistes) et "Constructifs".

La droite contre une loi de "désarmement"

Tenant d'une ligne dure au sein des Républicains au côté d'Éric Ciotti, le député Guillaume Larrivé a vivement critiqué le projet de loi à la tribune, estimant qu'il "diminue le niveau de protection des Français". "Ce projet de loi sous-estime gravement l’ampleur et la nature de la menace", a estimé l'élu de l'Yonne. 

"Vous avez tort de vouloir sortir de l’état d’urgence et de le remplacer par des demi mesures sans efficacité opérationnelle. (…) Aucun peuple n’a jamais gagné une guerre en désarmant au cœur de la bataille", a déploré le député.

Avec d'autres députés LR, Guillaume Larrivé avait fait une "contre-proposition" de loi "renforçant l'état d'urgence". Le projet proposait notamment la création d'une garde à vue antiterroriste de 30 jours, d'un parquet et d'une cour de sûreté antiterroristes et d'un régime de rétention administrative.

La présidente du Front national Marine Le Pen a quant à elle qualifié la loi de "honte", estimant qu'elle assistait à un "cinéma" parlementaire. 

"Soupçon généralisé"

Également hostiles au projet de loi, mais pour des raisons diamétralement opposées, communistes et insoumis ont mis en garde contre des dispositions qui, selon eux, portent atteinte aux libertés fondamentales. Relayant les inquiétudes de nombreux professionnels du droit - le défenseur des droits Jacques Toubon qualifiait le texte de "pilule empoisonnée" cet été -, la députée Danièle Obono a mis en avant "l'urgence" a "augmenter les moyens de la justice, de la police, des douanes".

"Nous entrons dans l’ère du soupçon généralisé, en opposition à la présomption d’innocence. Pour quel résultat? Un exemple parmi tant d’autres: depuis le début de l’état d’urgence, il y a eu 4.300 perquisitions administratives, qui n’ont finalement donné lieu qu’à 23 ouvertures d’enquêtes pour faits de terrorisme, soit 0,5 % d’efficacité", a fait valoir l'élue de la France insoumise.

Après un second passage au Sénat, qui avait tenté d'ajouter des garde-fous au texte avant que ses amendements ne soient supprimés par l'Assemblée, la loi antiterroriste devrait être définitivement adopté par les députés mi-octobre.

Louis Nadau