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L’UMP a deux vainqueurs, elle n’aura aucun président

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Le décompte des voix s'est interrompu très tard dans la nuit à l'UMP, où Jean-François Copé et François Fillon revendiquent tous les deux la victoire. "Le résultat est en suspens mais mon opinion est faite", tranche Hervé Gattegno sur RMC.

Arithmétiquement, deux vainqueurs autoproclamés, c’est forcément un de trop. Politiquement, après une soirée aussi catastrophique, les deux prétendants sont aussi abîmés l’un que l’autre. L’étroitesse du score, la confusion autour des résultats, les accusations de fraude réciproques : avec tout cela, François Fillon a perdu une bonne part de son capital de présidentiable et Jean-François Copé a gâché l’essentiel de sa performance. Au total, c’est une défaite pour l’UMP. Les militants s’étaient montrés très concernés. Ce matin, ils doivent être consternés.

Malgré tout, il faudra un président et les deux adversaires ont promis le rassemblement. Est-ce que ça vous paraît possible ?

La querelle ne va pas pouvoir être vidée en 24h. Après avoir recompté les voix, il faudra recoller les morceaux. C’est d’ailleurs paradoxal parce que la campagne a montré que, sur le fond, il y a très peu de différences entre Jean-François Copé et François Fillon – ce qui les oppose, c’est plutôt le tempérament et la stratégie. Le gâchis n’en est que plus cruel. Après les attaques qui ont fusé hier soir et le dialogue de sourds qui s’est engagé ensuite, on voit mal comment Copé et Fillon pourraient diriger l’UMP ensemble. Il y avait de la méfiance entre eux. Elle va s’installer au cœur du parti.

Au-delà de la bataille de chiffres, est-ce que le principal enseignement du vote n’est pas la confirmation de ce qu’on a appelé la « droitisation » de l’UMP ?

C’est certain. Jean-François Copé a mené campagne à droite toute, avec des outrances destinées à flatter la base militante – une charge de cavalerie avec des assauts (verbaux) très cavaliers… Son score lui donne raison. François Fillon, lui, avait choisi une campagne d’explication et une posture présidentielle, donc plus consensuelle – mais il a fini par dire qu’il ne voulait pas être caricaturé en centriste… Surtout, on a vu se creuser une fracture à l’UMP entre ceux qui souhaitent le retour de Nicolas Sarkozy (avec Copé) et ceux qui ne le veulent pas (ralliés à Fillon). Le résultat n’invite pas forcément Nicolas Sarkozy à revenir, mais il lui crée une situation favorable puisque l’UMP est durablement privée de leader légitime.

Beaucoup de chefs de l’UMP font référence au congrès de Reims du PS, en 2008, pour expliquer que la situation n’est pas désespérée. Ils ont raison ?

C’est vrai que la victoire de Martine Aubry sur Ségolène Royal avait été entachée de fraudes manifestes – et que le PS a su se réorganiser pour gagner toutes les élections par la suite. Théoriquement, l’UMP peut en faire autant. Mais pour l’instant, elle va être handicapée pour critiquer les divisions de la gauche et ses arguments sur la prétendue illégitimité de F. Hollande vont tomber à plat. Elle va aussi prendre du retard pour préparer la présidentielle. Un rappel s’impose : si le PS s’est rétabli après 2008, ni Martine Aubry ni Ségolène Royal n’ont pu être candidates en 2012. Avec ce désastre, non seulement l’UMP n’a pas trouvé de président mais elle a peut-être perdu deux présidentiables d’un seul coup.

Pour écouter le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 19 novembre, cliquez ici.

Hervé Gattegno