BFMTV

L'ombre de Jean-Marie Le Pen, bientôt écarté du parti, plane toujours sur le FN

Jean-Marie Le Pen au Luxembourg le 23 novembre 2017

Jean-Marie Le Pen au Luxembourg le 23 novembre 2017 - JOHN THYS / AFP

Pendant le congrès de son ancien parti, Jean-Marie Le Pen dédicacera ses mémoires à Paris. Une nouvelle manière d'occuper l'espace médiatique à l'heure où son titre de président d'honneur s'apprête à disparaître.

Le fondateur du Front national sera loin du congrès de son ancien parti, samedi 10 mars. Jean-Marie Le Pen dédicacera ses mémoires à Paris, au moment même où commencera le congrès du Front national à Lille, dans le Nord, a annoncé l'un de ses conseillers jeudi. L'ancien président du FN, exclu du parti, a renoncé à participer au rassemblement frontiste auquel il avait pourtant menacé de se rendre en employant si besoin la force publique. 

Mais l'ombre de Jean-Marie Le Pen, encore président d'honneur, plane toujours sur le Front national. Depuis son manoir de Montretout, sur les hauteurs de Saint-Cloud, dans le prolongement des beaux quartiers parisiens, celui qui aura 90 ans en juin veut rester incontournable.

Incompatible avec la "dédiabolisation" du FN

Au début du mois, le premier tome de ses mémoires - dont le premier tirage de 50.000 exemplaires a été épuisé avant sa sortie - lui a permis de rester dans l'espace médiatique. Il y écrit par exemple que le maréchal Pétain "n'a pas failli à l'honneur en signant l'armistice" avec l'Allemagne nazie en 1940. Quant à sa fille, il assure aujourd'hui avoir "pitié" d'elle. 

Le tribun, député poujadiste en 1956, éditeur de disques de chants nazis dans les années 60, auteur d'innombrables outrances physiques et verbales - de l'agression d'une députée PS au "point de détail" qu'auraient été les chambres à gaz pendant la Seconde Guerre mondiale - semble toujours attaché à sa stratégie de provocation. C'est pourtant ce qui a entraîné sa chute, en 2015: la présidente du FN Marine Le Pen a subitement estimé que ses coups d'éclat étaient incompatibles avec son plan de "dédiabolisation", quitte à nourrir une inévitable chronique d'un drame politico-familial.

Occuper l'actualité du FN

Critiqué, lâché et finalement exclu du parti, le finaliste de la présidentielle de 2002 s'était alors lancé sur une bataille aux fronts multiples - judiciaires, politiques, médiatiques -, jusqu'à devenir le sparadrap du capitaine Haddock pour sa fille Marine. En 2015, il menace de s'inviter aux universités d'été du parti. Deux ans plus tard, il tente de se rendre à une réunion au siège du FN à laquelle il estime pouvoir siéger de droit: il est finalement accueilli par un portail cadenassé.

Le mois dernier, celui qui est encore député européen avait promis de se rendre au grand raout de Lille. La garde rapprochée de Marine Le Pen a fait savoir qu'il en serait refoulé et il s'est ravisé. Sur le terrain judiciaire, sa bataille s'est finalement révélée décevante: son exclusion a été confirmée et son titre de président d'honneur s'apprête à disparaître, au terme d'une consultation régulière des militants ce samedi. Cela ne devrait être qu'une formalité: le lepénisme a survécu à son créateur, a pu se réjouir Marine Le Pen, aujourd'hui davantage populaire que son père auprès des militants.

Père et fille liés par les affaires 

Reste une vaste occupation médiatique: outre son "Journal de bord" ou des interventions sur TV Libertés, où il a pu créer l'étonnement en se présentant grimé d'un masque vénitien, le bientôt nonagénaire multiplie les interviews, autant de promesses de déclarations scandaleuses et de notoriété préservée. Début mars, il dissertait sur "la plupart de ses collaborateurs homosexuels" dans le magazine Friendly.

Et si sa fille ne veut plus évoquer publiquement la figure paternelle, l'ex-président du FN et sa successeure demeurent liés par les affaires. Mercredi 7 mars, la justice européenne a confirmé les retenues sur salaires décidées par le Parlement européen à l'encontre de celui qui achève son ultime mandat à Bruxelles, en raison d'emplois douteux d'assistants parlementaires. Sa fille Marine est visée par une procédure similaire.

M.P avec AFP