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L'immigration dans la consultation nationale? L'idée fait débat au sommet de l'Etat

Edouard Philippe et Emmanuel Macron, le 11 décembre 2018.

Edouard Philippe et Emmanuel Macron, le 11 décembre 2018. - Thibault Camus - AFP

Alors que la grande consultation nationale annoncée par Emmanuel Macron pour répondre à la crise des gilets jaunes doit débuter très prochainement, l'Elysée et Matignon apparaissent en désaccord sur l'un des thèmes de débat: l'immigration.

La question de l'immigration figurera-t-elle parmi les thèmes de débat retenus pour la grande consultation nationale voulue en réponse à la crise des gilets jaunes? L'annonce de ce débat national, qui doit débuter très prochainement et durer trois mois, avait été faite par Emmanuel Macron lors de son discours sur la transition écologique du 27 novembre dernier. Mais un désaccord semble se dessiner entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe sur la présence ou non de la question migratoire dans les thèmes abordés.

L'immigration parmi les thèmes de débat arrêtés

Lors de son allocution télévisée du 10 décembre, le président de la République a surpris tout le monde en annonçant son intention d'élargir la consultation à "la question de l'immigration". "Je veux aussi que nous mettions d'accord la Nation avec elle-même sur ce qu'est son identité profonde, que nous abordions la question de l'immigration. Il nous faut l'affronter", avait déclaré Emmanuel Macron.

Dès le lendemain, cette annonce a été très contestée, notamment par le dirigeant de la CFDT, Laurent Berger, qui a dit s'opposer à ce que l'immigration, "sans lien avec la crise actuelle", fasse partie des sujets à débattre.

"Ça m’a inquiété que la question de l’immigration soit posée au milieu du sujet du pouvoir d'achat. J’y vois une tentation de répondre à une France qui a envie de se replier sur elle-même et je ne pense pas que ce soit le sujet aujourd’hui", a-t-il développé sur RTL, mardi.

Mais malgré les critiques, l'immigration faisait bien partie des cinq grands thèmes retenus mercredi en Conseil des ministres, à en croire le compte-rendu officiel. Avec cette question: "Quelles sont les attentes et les inquiétudes des Français relatives à l'immigration, dans un contexte de mondialisation et de laïcité parfois bousculée?"

Edouard Philippe ne retient que 4 thèmes

Pourtant, le soir même, Edouard Philippe a livré une version différente, laissant penser que l'immigration ne sera finalement pas un thème à part entière. Lors d'un discours prononcé devant l'association des Villes de France, le Premier ministre n'a en effet annoncé que quatre thèmes, sans évoquer celui là. Jeudi, le Premier ministre a poursuivi sur cette ligne face à l'Assemblée nationale, assurant qu'il n'y aurait que quatre grands thèmes lors de la consultation, et que la question migratoire serait incluse dans le volet démocratie et citoyenneté.

Les dissonances entre Matignon et l'Elysée sur la question semblent de plus en plus évidentes. Selon L'Opinion, si du côté de la rue de Varenne on affirme que "l'immigration est un sous-thème de la citoyenneté" et que "le débat doit être foisonnant sans partir dans tous les sens", le Château assure que l'idée d'un débat sur l'immigration est "parfaitement assumée".

"Compte tenu de la profondeur de la crise, soit on affronte nos démons, soit on met la poussière sous le tapis. Le malaise social est lié au pouvoir d’achat mais aussi à l’insécurité culturelle", affirme l'entourage d'Emmanuel Macron, toujours selon L'Opinion

Malaise au sommet de l'Etat... et au sein de la majorité

Une friture sur la ligne entre le président et son Premier ministre qui ne passe pas inaperçue, même dans les rangs de la majorité. "Le fait que Matignon range le sujet de l’immigration dans une boîte plus grande montre la dissension avec l’Elysée", confie ainsi un député LaRem au quotidien.

Tandis que le choix du président de mettre sur la table de la concertation la question migratoire en étonne certains dans l'entourage présidentiel. "Ça n’est pas problématique d’en parler mais focaliser la crise des Gilets jaunes sur le sujet peut paraître déséquilibré", estime ainsi François Bayrou.

Toutefois, si certains membres de LaRem jugent que l'entreprise est "risquée" et "maladroite", ou encore que la question de l'immigration "n'a pas sa place" dans ce grand débat, d'autres, comme la députée de Paris Elise Fajgeles, estiment qu'il faut "mettre les mains dans le cambouis" sur ce sujet.
Adrienne Sigel