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L'Etat peine à nouer le dialogue avec les gilets jaunes

Des "gilets jaunes" dans le Nord.

Des "gilets jaunes" dans le Nord. - PHILIPPE HUGUEN / AFP

L'épreuve de force entre les "gilets jaunes" et l'exécutif se profile. Le sommet de l'Etat et l'administration ont été confrontés à une difficulté inédite ces derniers jours: le mouvement populaire ne se coule pas dans les canaux traditionnels, syndicaux ou politiques. Par conséquent, le dialogue achoppe faute d'interlocuteurs côté manifestants.

A qui parler quand on n'a ni syndicat ni parti politique en face de soi? C'est l'interrogation qui a contribué à animer la semaine de l'exécutif se préparant actuellement à la mobilisation des "gilets jaunes" samedi contre la hausse de la taxation sur le carburant. A vrai dire, ce n'est pas au sommet de l'Etat que s'établissent les contacts entre les institutions et les manifestants.

Les difficultés des forces de l'ordre 

Contactée ce jeudi par BFMTV.com ce jeudi, l'Elysée fait observer que les échanges se font au niveau des préfectures ou des gendarmes sur le terrain... quand les manifestations ont été déclarées.

Le problème est que ce n'est pas toujours le cas, loin de là. Et les forces de l'ordre elles-mêmes ont bien du mal également à trouver des interlocuteurs. 

"On ne sait pas vers qui se tourner, de qui se rapprocher pour l’encadrement. Dans une manifestation, vous avez des gens qui sont là et qui ont un dispositif de sécurité, cette fois on ne sait pas du tout ce qu’il va se passer", explique David Michaux, secrétaire UNSA Police CRS. 

Sur le tas 

Chloé Morin, directrice des projets internationaux chez Ipsos, a décrypté auprès de L'Opinion: "En général, un des instruments du pouvoir, face à un mouvement social, c’est l’impopularité des syndicats ou des grévistes. Mais ici, tout le monde est automobiliste, et il n’y a ni syndicats avec lesquels discuter, ni 'bloqueurs' sur lesquels faire porter l’impopularité. C’est donc compliqué d’élaborer une stratégie de sortie de crise". 

Mais le caractère original du mouvement a un revers pour ses participants: ils doivent tout apprendre sur le tas. Egalement interrogé par le quotidien, Rémi Bourguignon, maître de conférences à l'Institut d'administration des entreprises de Paris, relève: "Monter une action collective fait appel à des compétences. Le seul point commun entre ces manifestants, c’est qu’ils sont automobilistes. C’est une agrégation de petits groupes, très peu articulés entre eux." 

Le profil des initiateurs 

Les compétences s'acquièrent peu à peu et les conducteurs tentent déjà de se coordonner. Pour ce qui est de bloquer la circulation, par exemple, ils établissent leurs feuilles de route, se mettent d'accord pour faire le nombre à tel ou tel point précis et s'accordent sur les horaires et les points de passage où se retrouver. 

Le Renseignement territorial a une vision plus claire des choses. Le service a rédigé une note, dont RTL a divulgué la substance ce vendredi matin, sur les personnes à l'origine des "gilets jaunes", c'est-à-dire du premier appel pour le blocage contre la hausse du carburant sur Facebook le 10 octobre dernier. Ils sont huit, cinq hommes et trois femmes. Leurs âges respectifs s'échelonnent de 27 à 35 ans. Le Renseignement territorial observe qu'aucun de ces individus n'a d'engagement militant ni n'est affilié à un groupuscule à risque. Ils sont visiblement entrés en contact les uns avec les autres à l'origine car tous étaient passionnés de rassemblements automobiles. 

Robin Verner