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Hollande passe la deuxième : retisser les liens

François Hollande organise maintenant des apéros avec les députés de sa majorité pour resserrer les liens.

François Hollande organise maintenant des apéros avec les députés de sa majorité pour resserrer les liens. - -

Il y a un an tout juste, François Hollande était élu président de la République. Un an plus tard, la musique a bien changé. La croissance n'est pas là, le chômage est au plus haut, et le chef de l'Etat est malmené sur sa gauche. Pour cette deuxième année de pouvoir, il a décidé de reprendre le « pouls du terrain » : il a repris les déplacements politiques et retisse des liens pour calmer les frustrations, celles des élus notamment.

Depuis un mois et demi, François Hollande invite à déjeuner ou à l'apéritif des parlementaires. Il procède par petits groupes : 6 ou 7 parlementaires, un ou deux conseillers, et le Président. François Hollande veut rencontrer en priorité les députés et sénateurs « qui montent » et qui étaient assez peu connus du grand public jusqu'à présent, comme la sénatrice Bariza Khiari. François Hollande s'intéresse aussi de près aux parlementaires qui twittent beaucoup. Ils sont une quinzaine avoir été approchés par l'Elysée pour caler un apéro, ces dernières semaines. Le but de ces rencontres est de soigner les relations avec les parlementaires de la majorité. Ce n'est pas du luxe parce qu’on sent bien chez les élus de la déception et de la frustration depuis l'élection de François Hollande. Exemple avec un député que j'ai eu dimanche au téléphone. Il connait François Hollande depuis plusieurs dizaines d'années, il l'a aidé dans sa candidature aux primaires socialistes et me disait : « Je l'ai suivi, je l'ai eu au téléphone tous les deux jours pendant des mois et des mois, j'ai gagné l'élection avec lui, et puis plus rien. Rideau le 6 mai au soir. Ce n'est pas facile à accepter, il nous manque ».

Lors de ces apéros et de ces rencontres avec le chef de l'Etat, de quoi parle-t-on?

Finalement, de pas grand-chose. Le député que je viens de citer a été convié à un apéro avec François Hollande il y a quelques semaines. Il me disait : « moi je suis arrivé, je ne savais plus si je devais lui dire "tu" ou "vous". Je ne savais pas comment m'adresser à lui, j'étais tétanisé. On était tous dans ce cas-là » poursuit cet élu en me disant la chose suivante : « personne n'a osé dire au chef de l'Etat ce qu'il voulait lui dire en arrivant dans la salle. On a juste dit que tout allait bien ; de peur de déplaire ».
Pour illustrer avec un dernier exemple le décalage entre le président et certains proches et le travail de reconquête qui s'annonce pour François hollande : voilà ce que me disait hier soir un sénateur qui a longtemps été un compagnon de route. Pour lui François Hollande est dans un bunker une tour d'ivoire. « Ce qu'on fait, ce qu'on propose : il s'en fout ». Hollande n'écoute que deux sons de cloche : le journal Le Monde et ses technocrates préférés comme Emmanuel Macron, le secrétaire général adjoint de l’Elysée en charge des questions économiques. Et ce sénateur conclue en disant : Hollande est persuadé qu'il a la baraka, que sa bonne étoile ne l'a jamais lâché, et surtout il est persuadé qu'il a raison et qu'un jour les Français comprendront le sens de ses réformes.

Finalement Hollande, en entamant sa 2e année de présidence, va devoir reprendre de vieilles recettes pour reprendre la main : écouter tout le monde et cajoler ceux qui se sentent délaissés.

Faire du Chirac, en quelque sorte. Rappelez-vous, il recevait beaucoup à l'extérieur de l’Elysée. Mais ce qu'il doit faire, c'est du Sarkozy, disent plusieurs députés dont c'est le premier mandat. Il doit réagir plus vite, plus fort pour montrer qu'il est le patron. Et pour l'aider dans cette tâche, un groupe de travail s'est remis au boulot : les hommes du président se retrouvent tous les lundis à 18h30 pour trouver des idées pour soutenir François Hollande. Présents à cette réunion : Stéphane Le Foll, Michel Sapin, Vincent Peillon, Bruno Le Roux et Jean-Marc Ayrault.

Ayrault qui était dimanche soir sur TF1 et qui n'a rien dit concernant un remaniement, affirmant seulement que c’est au chef de l'Etat de décider.

Il y a déjà pas mal d'informations qui circulent sur ce fameux remaniement. Deux options : changer l'équipe en juin ou bien septembre. Et c'est juin qui semble le plus probable, pour des questions de calendrier par rapport aux sommets européens mais aussi pour permettre aux équipes d'être opérationnelles en septembre. Jean-Marc Ayrault garderait Matignon avec une équipe resserrée de 25 personnes environ. Ce qui est nouveau, c'est que le remaniement pourrait surtout concerner l'organisation même des ministères. Une idée qui séduit de plus en plus, c'est de regrouper les ministères pour être plus efficace. Il y aurait des grands pôles de compétences sur le modèle des grandes entreprises. Finis les ministères qui travaillent chacun dans leur coin. Première idée : un grand pôle « emploi, redressement productif, commerce extérieur et consommation ». Un autre pôle « jeunesse, éducation, sport et culture ».
Moins de ministres, moins de titres, plus de personnes dans l'ombre, c'est une révolution et François Hollande ne sait pas encore si c'est le bon moment de faire cette révolution-là. Finalement, il attend... comme souvent.

Ecoutez ici les Coulisses de la Politique, par Stéphanie Collié, ce lundi 6 mai.

Stéphanie Collié