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Hollande a du temps..., mais pas autant !

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

François Hollande a fêté lundi sa première année à l’Elysée en présidant un séminaire gouvernemental. Il a promis des résultats en 2013 et un plan d’investissements sur dix ans.

Tout le hollandisme présidentiel était résumé dans le cérémonial de lundi : pas de fête ostensible (la présidence « normale »), l’exécutif au travail mais en souriant (le sérieux, non l’austérité), la promesse de résultats rapides mais la perspective à long terme (l’efficacité, non l’hystérie). Problème : en un an, François Hollande a montré qu’il n’a pas peur des contradictions mais qu’il a du mal à les résoudre. Du message d’hier, on retient plus le plan sur 10 ans que la promesse de résultats pour 2013. Sans doute que plus personne ne croit à une amélioration rapide. Ni pour la France, ni pour François Hollande.

Tous les sondages montrent que le bilan de François Hollande est jugé sévèrement par les Français. Est-ce irrattrapable ?

Plutôt indélébile – en politique, rien n’est irrattrapable mais les 1ères impressions restent. Dans toutes les grandes démocraties, la popularité des dirigeants est indexée sur la situation économique. Donc il est normal que celle de François Hollande soit très mauvaise. Ce que révèlent les sondages, c’est que sa cote est inférieure à ses 28% du 1er tour. Cela, ça signifie qu’une part de l’électorat de gauche est déçue. Et ce n’est pas l’énumération des réformes engagées qui atténuera ce désenchantement. Beaucoup d’électeurs ont voté pour le changement… ils ont l’impression que rien n’a changé – ou alors en pire.

Mais est-ce qu’une politique peut produire des effets aussi rapides ? Est-ce que Jean-Marc Ayrault n’a pas raison de parler des graines que l’on sème et des récoltes qu’il faut attendre ?

Bien sûr – d’autant que l’exécutif actuel ne peut être rendu responsable du chômage qui monte depuis 23 mois. Si l’axe de la politique de François Hollande est le désendettement de l’Etat et la compétitivité des entreprises, il a besoin de temps pour la mener – et nous pour la juger. D’ailleurs l’Europe vient de lui donner 2 ans de délai pour la réduction des déficits. Mais il envoie un contre-signal en surjouant les chefs d’équipe pour exiger des ministres que 2013 soit « l’année des résultats ». Si c’est possible aussi vite, pourquoi avoir attendu autant ? Pour l’instant, Jean-Marc Ayrault a peut-être beaucoup jardiné, mais c’est surtout le gouvernement qui est planté – et la France qui est semée… par l’Allemagne.

Un an après, on reparle aussi du style présidentiel. Est-ce qu’il reste quelque chose de la « présidence normale » que François Hollande avait promise en arrivant ?

Oui : une erreur de positionnement qu’il va payer tout au long de son mandat. François Hollande est un homme simple mais sa présidence est à son image : faussement modeste. Un an après, il en est revenu et ses conseillers l’ont convaincu de multiplier les signes d’autorité et de solennité – d’où la 2è conférence de presse prévue dans 2 semaines. Ça peut éviter que la présidence normale ait l’air d’une présidence banale. Le risque c’est d’accentuer l’impression qu’au lieu d’un président différent, il est un président indifférent.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mardi 7 mai.

Hervé Gattegno