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Guyane: retournement de situation après les excuses d'Ericka Bareigts

Après dix jours de conflit social et des négociations initiées dans une ambiance lourde, la situation en Guyane a pris une toute autre allure, après les excuses inattendues présentées par la ministre des Outre-Mer.

C'est grâce à une scène inédite que les négociations pour mettre fin à la crise en Guyane sont reparties du bon pied jeudi soir. La ministre des Outre-Mer, Ericka Bareigts, dépêchée sur place par le Premier ministre avec Matthias Fekl, est parvenue à renverser la tendance en présentant ses excuses à la foule. Dès son arrivée, elle était critiquée pour être venue trop tard, au regard de l'intensité de la mobilisation. 

A l'issue d'une journée difficile, durant laquelle différents collectifs ont exprimé leur défiance à l'égard de la ministre, et alors que certains manifestants réclamaient son départ aux cris de "Ericka dans l'avion", Ericka Bareigts a pris la parole. Après plus d'une heure de discussions avec les différents collectifs, elle a été accueillie, mégaphone à la main, par des cris qui étaient cette fois des encouragements. 

"Tout à l’heure on m’a demandé de faire mes excuses au peuple guyanais. Au bout de tant d’années d’histoire, c‘est à moi que revient l’honneur de dire au peuple guyanais, au-delà de ma personne, de ma petite personne, au-delà des fonctions, toutes mes excuses au peuple guyanais pour qu’ensemble nous puissions construire le quotidien mais aussi l’avenir de la Guyane", a déclaré la ministre. 

"Madame la ministre de la Réunion"

Quelques minutes avant son apparition en public, Ericka Bareigts avait été interpellée par Gaëlle Lapompe Paironne, membre de la délégation d'une cinquantaine de personnes, reçues en préfecture par elle-même et Matthias Fekl. 

"Madame la ministre de l'Outre-mer, le peuple guyanais vous demande de vous excuser. Nous pouvons pardonner les bêtises mais pas le mépris", avait lancé la manifestante, qui avait parlé de "la ministre de la Réunion". 

"Le malentendu qu’il peut y avoir entre nous, je l’accepte, parce que nous étions par télés interposées, mais moi je suis une militante, je ne peux pas faire fi de tous les engagements que j’ai pris, 30 ans d’engagement ce n’est pas rien, c’est de la considération pour les uns et les autres", avait répondu Ericka Bareigts.

Après de premières excuses de la ministre devant cette assistance, Gaëlle Lapompe Paironne s'est jetée dans les bras d'Ericka Bareigts, et les deux femmes ont été applaudies par les membres de la délégation. 

Infrastructures et argent public

La mobilisation guyanaise se concentre sur une revendication d'ensemble: rattraper le retard du territoire par rapport aux autres départements français sur les infrastructures. "Les besoins en infrastructures sont importants en Guyane: des routes, des hôpitaux, des écoles, des lycées", témoignait récemment sur BFM Business l'économiste Quentin Blanc, qui vit dans le territoire d'Outre-Mer.

Le professeur d'économie Jean-Marc Daniel regrettait quant à lui la dépendance envers l'argent public en Guyane, où selon l'Insee, en 2011, une personne active sur trois était fonctionnaire. Stéphane Lambert, président du Medef Guyane, évoquait pour sa part les difficultés à créer sur place une économie endogène.
Charlie Vandekerkhove