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Taubira, des réformes aux désaccords

Christiane Taubira à l'Assemblée nationale, le 13 janvier 2016.

Christiane Taubira à l'Assemblée nationale, le 13 janvier 2016. - Dominique Faget - AFP

La garde des Sceaux Christiane Taubira a démissionné ce mercredi de son poste au ministère de la Justice, qu'elle occupait depuis l'arrivée de François Hollande au pouvoir, en mai 2012. Son mandat s'achève sur un bilan en demi-teinte, et sur un désaccord fatal au sujet de la déchéance de nationalité.

"Parfois résister c'est rester, parfois résister c'est partir". C'est sur ces mots que la ministre de la Justice Christiane Taubira a évoqué sa démission du gouvernement, ce mercredi, sur Twitter. Un départ autour duquel les rumeurs enflaient depuis plusieurs semaines.

En poste depuis la victoire de François Hollande, en mai 2012, la garde des Sceaux se dit "fière" de son action place Vendôme. "La justice a gagné en solidité et en vitalité", écrit celle qui a débuté son mandat en icône de la gauche, figure de l'adoption de la loi sur le mariage pour tous, mais l'a achevé sur une multiplication des désaccords avec sa propre majorité et une cote de popularité au plus bas. Retour sur un bilan en demi-teinte. 

Un combat acharné en faveur du mariage pour tous

La loi sur le mariage homosexuel est sans conteste le symbole de l'action de Christiane Taubira au sein du gouvernement. Son combat pour faire passer le texte, qui a marqué le début de son mandat, avait fini par faire taire les critiques consécutives à sa nomination au sein du gouvernement, certains socialistes ne lui pardonnant pas d'avoir maintenu sa candidature à l'élection présidentielle de 2002, qui a contribué à la défaite de Lionel Jospin dès le premier tour. 

Malgré la mobilisation massive et tenace de l'opposition, notamment à travers le mouvement "Manif pour tous", qui a fédéré plusieurs centaines de milliers de personnes lors des manifestations organisées fin 2012 et début 2013, Christiane Taubira a porté la réforme jusqu'au bout jusqu'à obtenir l'adoption définitive du projet de loi par l'Assemblée nationale, le 23 avril 2013.

Une réforme de la justice houleuse 

Mais si elle a été une victoire de taille pour la gauche, cette réforme a coûté cher à la ministre, qui a dès lors cristallisé les critiques, souvent virulentes, de l'opposition, aussi bien de droite que d'extrême-droite. 

Le feuilleton parlementaire qui accompagne son autre chantier de taille, la réforme pénale, s'est avéré long et chaotique jusqu'à son adoption, le 17 juillet 2014. Ce texte axé sur la réinsertion, et qui introduit notamment la contrainte pénale et la suppression des peines planchers, pour lequel Christiane Taubira avait été accusée de "laxisme" par l'opposition, avait donné lieu à un véritable bras de fer entre la garde des Sceaux et le ministre de l'Intérieur de l'époque, Manuel Valls, poussant François Hollande à trancher.

Le couac de la déchéance de nationalité

En dépit de ces désaccords au sein de sa propre majorité, Christiane Taubira a été maintenue à son poste, malgré trois remaniements ministériels. 

C'est sans nul doute son faux pas du 22 décembre 2015, au micro d'une radio algérienne, à laquelle elle a indiqué, à tort, que le gouvernement allait abandonner le projet de révision constitutionnelle introduisant la déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux nés en France -mesure sur laquelle elle n'a pas caché son désaccord- qui lui a coûté sa place à la Justice. Le lendemain, le Premier ministre Manuel Valls annonçait le maintien de cette mesure dans la réforme constitutionnelle, désavouant ainsi Christiane Taubira. 

Ce couac en pleines vacances de Noël a entraîné de nombreux appels à la démission de la ministre, qui a résisté à la pression malgré les rumeurs de départ. Jusqu'à ce mercredi 27 janvier. Dans une situation délicate alors que l'examen du texte sur la déchéance de nationalité doit démarrer le 4 février à l'Assemblée nationale, la garde des Sceaux a préféré claquer la porte, sans attendre un potentiel remaniement.