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Nouvelle mouture de la loi El Khomri: qui est pour, qui est contre?

Manuel Valls a présenté lundi aux partenaires sociaux une version corrigée du projet contesté de réforme du droit du Travail. Politiques, syndicats et organisations de jeunesse ont réservé un accueil mitigé à ces nouveaux arbitrages.

Manuel Valls a présenté lundi aux partenaires sociaux une version corrigée du projet contesté de réforme du droit du Travail, reculant sur plusieurs points sensibles. Tour d'horizon des réactions à cette nouvelle mouture.

> Chez les politiques

Bronca désamorcée au PS?

Du côté de la majorité, qui était très critique ces dernières semaines, un nouveau séminaire réunissant certains députés PS avec Manuel Valls s'est tenu lundi soir. Dans une atmosphère plus calme que la semaine précédente, la majorité des participants se sont dits "plutôt satisfaits des évolutions". Le rapporteur pressenti pour porter le texte, Christophe Sirugue (PS), qui avait posé ses conditions pour accepter cette fonction, s'est dit "plutôt satisfait" des évolutions, même s'il compte "les compléter" lors du débat parlementaire. Se voulant confiant, Bruno Le Roux, chef de file des députés PS, a assuré qu'il y aurait une "majorité de progrès" à l'Assemblée pour voter ce texte.

Le chef de file des frondeurs du PS, Christian Paul, a cependant jugé qu'il n'y avait "rien de supplémentaire, ni de surprenant" et l'aile gauche du groupe PS a continué de faire part de son opposition au texte. Pour le frondeur Gérard Sebaoun, "aucune étude économique ne prouve que nous allons créer des emplois avec ces mesures". Le député PS frondeur Laurent Baumel a lui évoqué sur Twitter "des bougés indiscutables mais toujours des régressions majeures et inutiles". 

Pour l'aubryste Jean-Marc Germain, "on est plutôt perdant-perdant. Ceux qui attendaient un accord avec le patronat sont décus et ceux qui attendaient des vraies mesures pour nous sortir du trou aussi".

Mécontentement au Parti de gauche et au PCF

Jean-Luc Mélenchon, cofondateur du Parti de gauche, a réclamé le retrait du projet de loi. "LoiElKhomri : premiers reculs. Mais le texte reste très toxique. Retrait total et définitif !", a-t-il écrit sur Twitter.

"Le Premier ministre a parlé de nouveau départ. Moi, j'ai l'impression que ça va se terminer dans la même voie de garage que précédemment", a dénoncé Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, sur iTélé. "Il n'y a pas d'élan pour la création d'emplois, il n'y a pas plus de sécurisation, la libéralisation du licenciement, tout cela est intact".

Le gouvernement se met à dos la droite

Alors que de nombreuses personnalités de droite avaient affirmé pouvoir voter la première version du projet de loi gouvernemental tel qu'il avait fuité dans la presse, plusieurs voix ont regretté l'évolution du texte, à l'instar de François Fillon, qui y a vu "des reculs considérables".

Le secrétaire général de Les Républicains (LR), Eric Woerth, a estimé pour sa part qu'on avait "bien tort d'écouter la rue, parce que la rue, elle ne dit pas exactement ce que pensent les Français".

Co-signataire, fin février, d'une tribune de 14 parlementaires de la droite se disant prêts à voter le projet de loi Travail à condition qu'il ne soit "pas édulcoré", le député LR Benoist Apparu a estimé lundi soir sur France Info que la version corrigée marquait "un gros recul", déclarant ne pas savoir s'il voterait en sa faveur lors de son examen à l'Assemblée.

Nathalie Kosciusko-Morizet, également co-signataire, a elle aussi dénoncé les arbitrages du gouvernement.

Le FN demande le retrait du texte

Florian Philippot, vice-président du Front national, a demandé sur Twitter le retrait du texte: "A part la CFDT abonnée aux trahisons, la loi El Khomri nouvelle version ne fait que des mécontents: salariés, PME. Retrait."

> Chez les syndicats

Les syndicats de salariés divisés

D'un côté, les syndicats dits "réformistes" ont salué les modifications apportées par le gouvernement, notamment au plafonnement du barème des indemnités prud'homales, qui sera en définitive seulement "indicatif". La CFDT, pour qui le retrait de cette mesure était une "condition sine qua non", s'en est réjouie et son secrétaire général Laurent Berger a jugé le texte porteur de "progrès pour les jeunes et les salariés". 

La CFTC s'est par ailleurs félicitée d'avoir "été entendue" avec la révision de l'article décrié concernant le licenciement économique, puisque le juge pourra vérifier que les multinationales n'organisent pas artificiellement leurs difficultés économiques sur le territoire français pour licencier.

A l'inverse, la CGT et Force ouvrière maintiennent l'appel aux manifestations et à la grève le 31 mars. Le secrétaire général de FO Jean-Claude Mailly a réitéré sa demande de retrait du projet. Pour son homologue de la CGT, Philippe Martinez, la mobilisation contre ce texte est "plus que jamais d'actualité".

Déception côté patronat

Du côté du patronat, Pierre Gattaz, président du Medef, se dit "déçu" par la nouvelle version du texte.

François Asselin, dirigeant de la CGPME, dit craindre une "réforme à l'envers".

> Chez les organisations de jeunesse

L'Unef maintient l'appel à la mobilisation...

Après la présentation de la nouvelle version du projet de loi Travail, l'Unef, premier syndicat étudiant de France, a appelé les "jeunes à continuer la mobilisation". "Est-ce que ce gouvernement avec ce projet de loi travail a répondu aux aspirations des jeunes? On est profondément convaincus que non", a déclaré William Martinet, président de l'Unef, qui appelle depuis la semaine dernière à une journée d'action jeudi 17 mars. L'organisation maintient également son appel à une journée d'action le 31 mars aux côtés de sept syndicats dont la CGT.

... mais pas la Fage

La Fage, deuxième syndicat étudiant, estime pour sa part que "ce nouveau texte est une base qui prend en compte les intérêts de la jeunesse". Jugeant que la nouvelle version permettait "la poursuite du dialogue", son président Alexandre Leroy n'appelle pas à la mobilisation.

V.R.