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Municipales et étiquettes politiques: les raisons derrière l'échec de la circulaire Castaner

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Après avoir infligé un premier camouflet symbolique au gouvernement sur la réforme des retraites, le Conseil d'État a encore sévi en retoquant trois mesures contenues dans la circulaire du 10 décembre 2019, qui introduisait de nouvelles règles de nuançage. Elles étaient soupçonnées de favoriser l'essor de LaREM.

Pour certains, il est temps que la campagne municipale s'achève. Non pas qu'elle manque d'intérêt, au contraire, mais La République en marche, qui abordait déjà le scrutin en position difficile - parti jeune, dépourvu d'ancrage local préexistant -, commence à sérieusement accumuler les déconvenues. La dernière en date a été infligée par le Conseil d'État

La haute juridiction administrative a dévoilé ce vendredi sa décision de suspendre une partie, spécifiquement trois mesures, de la circulaire signée par Christophe Castaner le 10 décembre 2019. Le texte, qui porte sur l'attribution des nuances politiques en vue du scrutin, a été dénoncé par plusieurs partis d'opposition comme étant un grossier outil destiné à favoriser les résultats de LaREM à l'échelle nationale.

Un texte voué à l'échec?

L'échec est d'autant plus cinglant que le Conseil d'État, qui statuait sur les référés-suspension formés par Les Républicains, le Parti socialiste et Debout la France (et deux élus LR de l'Ain), leur a donné raison sur toutes leurs contestations. À savoir, celles portant sur les mesures suivantes: l’attribution des nuances aux seules communes de plus de 9000 habitants; les contours attrape-tout de la nuance "liste divers centre"; et le classement de la nuance "liste Debout la France" dans le bloc "extrême droite".

Comme l'a raconté L'Opinion, les germes du raté étaient présents dès l'origine du texte. D'une part, contrairement à ce que prévoit la règle établie par une loi votée en 2018 (donc sous l'égide de ce gouvernement), le ministère de l'Intérieur a omis de publier la circulaire au Journal officiel. Elle a été transmise aux préfets dès sa signature par Christophe Castaner, mais c'est la presse qui en a dévoilé la teneur au public. Le genre de manœuvre qui alimente le soupçon vis-à-vis d'un gouvernement cherchant, estiment ses opposants, à faire des municipales le scrutin le plus apolitique possible. 

Favoriser LaREM

C'est d'ailleurs ce terme-là qui a été invoqué par la place Beauvau, lorsque trois fonctionnaires du ministère ont dû défendre, mercredi face aux requérants (LR, PS, DLF) et aux juges administratifs, le seuil des 9000 habitants pour l'attribution de couleur politique aux listes. Les mairies rurales sont "apolitiques" et entendent le rester, indiquait Beauvau.

Problème, ce seuil aurait conduit, "dans plus de 95% des communes, à ne pas attribuer de nuance politique". Et, selon les calculs du Conseil d'État, à ne "pas prendre en considération l’expression politique manifestée par plus de 40% du corps électoral". Quant à la fameuse "liste divers centre", censée englober toutes les listes soutenues par LaREM, le MoDem et l'UDI-Agir, elle "méconnaît le principe d'égalité", selon le juge administratif.

Les marcheurs perdent donc sur tous les tableaux. Dans les communes où LaREM aura décidé de soutenir une liste de gauche ou de droite, faute de pouvoir présenter sa propre liste, la victoire de la liste soutenue n'attribuera aucun crédit statistique à LaREM. La macronie va devoir s'accrocher et espérer, surtout, ne pas trop mordre la poussière dans les villes où cela peut se voir. Au hasard, Paris. 

"Ces municipales, c'est un naufrage..."

En coulisses, ce genre de cafouillage n'étonne même plus. En particulier lorsque Christophe Castaner est concerné au premier chef. "Ces municipales, c'est un naufrage...", soupirait récemment auprès de BFMTV.com un député LaREM proche de Matignon. Plusieurs caciques du mouvement macroniste se résignent désormais à subir "la rouste électorale du mois de mars", courte pause en pleine bataille parlementaire et syndicale autour de la réforme des retraites. 

"Emmanuel Macron est lucide sur tous les sujets, sauf ces municipales", juge un conseiller gouvernemental, qui ajoute: "C'est un type sympa, Castaner, mais il est très très loin du 'level' requis quoi. Le problème, c'est qu'il n'y a personne dans le vivier pour le remplacer".

À l'Elysée, l'idée d'un vaste remaniement post-municipales fait pourtant son chemin. "Il y a des ministres cramés", constate-t-on avec, en guise d'illustration, les récents déboires de la garde des Sceaux Nicole Belloubet. Si ce remaniement venait à être mis en œuvre, l'ancien maire socialiste de Forcalquier risque-t-il de se trouver, lui aussi, parmi les cas à trancher? 

Jules Pecnard