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Municipales: une circulaire de Castaner accusée de vouloir favoriser les résultats de LaREM

Christophe Castaner doit être élu samedi à la tête du parti. - ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Christophe Castaner doit être élu samedi à la tête du parti. - ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP - -

Ce seront, au total, 96% des communes françaises qui ne seront plus prises en compte dans les résultats définitifs.

À un peu moins de deux mois des élections municipales dont le premier tour se tiendra le 15 mars prochain, une circulaire diffusée début janvier par le ministère de l'Intérieur, chargé d'organiser le scrutin, pourrait rebattre les cartes.

Adressée au président de l'Association des maires ruraux ainsi qu'aux préfets, cette missive informe que les communes de moins de 9000 habitants ne seront plus prises en compte dans les résultats, soit l'équivalent de 96% d'entre elles et d'un électeur sur deux. 

"J'ai demandé aux préfets de nuancer les candidats et listes de candidats uniquement dans les communes de 9000 habitants et plus, ainsi que dans les communes chefs-lieux d'arrondissement", a écrit Christophe Castaner. 

Une règle qui favorise LaREM? 

À l'heure actuelle, aux candidats aux municipales "sans étiquettes" étaient attribuées une vingtaine de nuances politiques (Divers gauche, régionaliste...ndlr) dont les scores étaient additionnés afin de situer les résultats des formations sur l'ensemble du territoire. Auparavant, ce comptage était réalisé dans les communes de 1000 habitants et plus. 

Ce jeudi, "L’Œil du 20 heures" de France 2 est allé à la rencontre de Romain Colas, maire de Boussy-Saint-Antoine dans le département de l'Essonne, commune qui ne sera plus prise en compte dans le comptage national. 

"Précédemment, j’apparaissais dans des listes d’Union de la gauche, je vais disparaître. On efface la possibilité aux électeurs d’adresser un message politique national", estime-t-il auprès du média national. 

Il faut dire que cette nouvelle règle favorise LaREM, le parti présidentiel dont l'implantation locale n'est pas si forte. A titre d'exemple, France 2 utilise le cas des élections européennes, d'où le Rassemblement national était sorti vainqueur devant LaREM. Avec ce nouveau comptage, le parti présidentiel serait arrivé avec cinq point d'avance sur le parti de Marine Le Pen. 

"C'est inimaginable"

Logiquement, cette décision a été ouvertement critiquée. Cette même Marine Le Pen a dénoncé, sur Twitter, "une minable manipulation." 

"Ce genre de minable manipulation doit être dénoncé! On ne peut pas rayer de la carte les électeurs de 96% des communes françaises, même pour faire plaisir à Jupiter!!", s'est-elle insurgée

De son côté, le président du groupe PS au Sénat Patrick Kanner estime que cette annonce "est là pour camoufler les résultats."

"C'est inimaginable, c'est exécrable sur le plan de la démocratie, c'est dangereux sur le plan de la liberté d'expression et c'est considérer que 96% des communes peuvent échapper à un nuançage politique", a-t-il déclaré lors de ses voeux à la presse. "Nous n'allons pas nous laisser faire", a-t-il ajouté. 

Même tonalité chez Valérie Boyer, députée LR. "L'objectif de Macron et Castaner, c'est de priver les Français d'envoyer un message politique en faisant disparaître arbitrairement les tendances politiques", affirme la députée des Bouches-du-Rhône. "A chaque élection, Macron change les règles du jeu. Le nouveau monde aurait-il tellement peur des Français ?", demande-t-elle.

"Aucune manipulation" 

Pourtant, du côté de LaREM, on précise que ce nouveau comptage "permet également d'assurer une meilleure connaissance et une compréhension accrue des équilibres politiques nationaux et apporte un éclairage sur l'offre politique actuelle ou passée", écrivait Christophe Castaner dans sa lettre.

"Il n'y a aucune manipulation en aucune manière sur ce sujet-là", a conclu jeudi la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, en dénonçant "l'interprétation" qui est faite de la circulaire.
Hugo Septier