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Mayotte: Girardin reconnaît que la situation est "compliquée" mais vante son "efficacité"

Annick Girardin, qui est arrivée ce lundi à Mayotte, a fait le point sur les annonces pour mettre fin à la contestation qui agite le 101e département français. La ministre des Outre-mer reconnaît sur BFMTV que la violence y est quotidienne.

La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, a annoncé ce lundi à Petite-Terre une série de mesure en matière de sécurité et de lutte contre l'immigration irrégulière à Mayotte, en proie à un mouvement de contestation depuis fin février.

"Il fallait pouvoir apporter des réponses"

Au cours d'une conférence de presse, elle a confirmé le maintien sur le territoire, jusqu'à la fin de l'année scolaire, de 60 gendarmes supplémentaires de l'escadron de gendarmes mobiles arrivé en renfort début mars. De son côté, le demi-escadron de gendarmes mobiles affecté au renfort de la gendarmerie départementale depuis 2016 est pérennisé, tandis qu'une brigade de gendarmerie nationale est créée à Koungou. Les effectifs de la réserve territoriale de la gendarmerie, forts actuellement de 60 réservistes, sont augmentés de 50%.

Alors que le mouvement a commencé il y a trois semaines, la ministre des Outre-mer est-elle arrivée sur place trop tard? Pour Annick Girardin, qui se présente comme "une femme de terrain" qui est "toujours là où c'est le plus utile", "avant de venir à Mayotte, il fallait pouvoir apporter des réponses aux sujets qui sont les plus importants, les plus délicats sur le territoire, là où il y a une forte demande d'une population qui est en colère", a-t-elle assuré sur BFMTV.

"Nous avons un territoire où la violence est présente au quotidien. La moitié de la population vit sur le territoire en totale illégalité (...) Mayotte est une terre d'accueil mais elle a beaucoup trop accueilli et l'État n'a pas suffisamment, jusqu'à aujourd'hui, été aux côtés des Mahoraises et des Mahorais pour répondre à ces besoins de lutte contre l'immigration illégale mais aussi de sécurisation de l'espace public."

La question du droit du sol

Dix policiers supplémentaires seront mobilisés ce mois de mars et 16 gendarmes d'ici le 1er août. Ces effectifs permettront notamment d'armer la nouvelle brigade de prévention de la délinquance juvénile de la gendarmerie. Le déploiement de la police quotidienne à Mayotte se fera par l'arrivée de 20 gendarmes et 10 policiers supplémentaires.

Parmi les autres annonces: les crédits du fonds interministériel de la prévention de la délinquance sont portés à 330.000 euros, notamment pour faciliter le développent de la vidéo-surveillance et un partenariat dans le cadre de la zone de sécurité prioritaire en voie de création. En ce qui concerne la lutte contre l'immigration clandestine et ses conséquences, un état-major de la lutte à terre et sur mer sera créé ce mois-ci.

Annick Girardin a par ailleurs réagi à la proposition de Laurent Wauquiez de réformer le droit du sol alors que 70% des 10.000 naissances à la maternité de Mayotte sont issues de parents comoriens. Pour la ministre des Outre-mer, "on n'a pas besoin des grandes annonces de Monsieur Wauquiez". Elle a quant à elle évoqué la possible création d'un hôpital extra-territorial. 

"Un cadre juridique permettrait de naître dans cet hôpital mais d'avoir plusieurs possibilités de déclaration de registre de naissance" (y compris dans le pays d'origine des parents, NDLR). 

"Je cherche l'efficacité"

Annick Girardin a aussi évoqué lors de sa conférence de presse "l'envoi immédiat par la marine nationale d'un navire patrouilleur militaire qui est sur place depuis 24 heures", afin de renforcer les capacités de surveillance en haute mer jusqu'à l'arrivée de nouveaux intercepteurs l'été prochain. 

La capacité d'intervention maritime "est organisée de manière à ce que 24 heures sur 24 il y aura de la présence pour lutter contre l'immigration clandestine et arrêter les kwassa kwassa qui peuvent aujourd'hui aborder nos côtes", a souligné la ministre. La capacité d'appui aérien est également renforcée avec une augmentation des rotations d'hélicoptères.

La ministre a reconnu que la situation était "compliquée" dans le 101e département français mais qu'elle avançait pas à pas.

"Je ne fais pas partie d'un gouvernement qui fait des promesses en l'air. Ça prend toujours plus de temps d'expliquer une méthode, de discuter et de prévoir un échéancier de travail, de travailler sur le fond alors que c'est tellement facile de faire des annonces de millions, de milliards ou d'outils qui ne seront jamais mis en place. Ce n'est pas ma méthode. Moi, je cherche l'efficacité, c'est ce que m'a demandé le président de la République et le Premier ministre."
Céline Hussonnois-Alaya