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Le baromètre des éditorialistes: "Oui, il y a un problème au gouvernement"

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François Bayrou est au coeur d'une polémique après les révélations sur les assistants parlementaires du MoDem au Parlement européen ou encore concernant son coup de fil à des journalistes. Si le ministre de la Justice entend garder sa liberté d'expression, le Premier ministre a lui rappelé la discipline gouvernementale qui s'imposait.

François Bayrou a-t-il toujours sa place au gouvernement? Alors que le ministre de la Justice présente ce mercredi en conseil des ministres sa loi pour restaurer la confiance des citoyens sur la gestion de la vie publique, le garde des Sceaux est rattrapé par l'affaire des assistants parlementaires du MoDem. S'il a réaffirmé haut et fort sa volonté de conserver sa liberté de parole, cette affaire symbolise le premier couac gouvernemental.

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> Laurent Neumann: "Oui, il y a un problème au gouvernement"

"Je ne sais pas si Emmanuel Macron va dire un mot sur cette affaire mais ce qui est sûr c’est qu’Edouard Philippe et François Bayrou se sont parlés. Le coup de fil de mardi après-midi était sans doute un peu tendu mais ils ont conclu leur conversation en disant qu’il fallait apaiser les choses.

Mais ce mercredi matin, en écoutant François Bayrou, je n’ai pas eu l’impression qu’il cherchait à apaiser vraiment les choses. Quand il dit ‘je ne mettrai pas un bâillon’, en gros il fait comprendre qu’il continuera à s’exprimer.

Or, dans cette histoire, il y a trois problèmes en un. Il y a évidemment le problème de l’enquête préliminaire sur les assistants permanents du MoDem suspectés d’avoir été payés avec de l’argent de l’Europe, c’est un problème judiciaire. C’est un problème en soit, mais c’est un problème parce que François Bayrou est garde des Sceaux. Vous imaginez le garde des Sceaux convoqué pour une audition libre dans une enquête à caractère judiciaire.

Deuxième problème: le coup de téléphone à Radio France. Ce sont les méthodes d’avant, c’est tout ce qu’un ministre ne devrait plus faire. Troisième chose: la passe d’armes avec le Premier ministre. François Bayrou donne l’impression de contester l’autorité du Premier ministre. Vous mêlez les trois, c’est exactement le cocktail qu’Emmanuel Macron ne voulait plus voir à l’Elysée. Il l’a vécu dans sa chair Emmanuel Macron ce genre de couacs gouvernementaux. Il a fixé des règles, et ces règles sont outrepassées.

Ce matin, Christophe Castaner, dans ce qu’il a dit, on a compris que, oui, il y a un problème au gouvernement."

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Christophe Barbier: "On n’est pas dans une crise d’autorité"

"Emmanuel Macron ne se pose pas la question du maintien ou non de François Bayrou au gouvernement. On n’est pas dans une fronde idéologique où François Bayrou contesterait la politique du président. On n’est même pas dans une crise d’autorité où il partirait en guerre contre le Premier ministre et réclamerait une sorte d’indépendance comme on a pu connaître du temps où des ministres un peu de caractère, Bérégovoy avec Cresson, Sarkozy avec Raffarin, voulait leur indépendance et un lien direct avec le président.

Bayrou est un cas particulier. Dans cette affaire, il a tort, son intervention auprès de Radio France n’était ni fait, ni à faire. Sa manière de se défendre comme président du MoDem alors qu’il est garde des Sceaux est quand même ambiguë mais on n’est pas dans une crise majeure. Il faut que le Garde des Sceaux reste concentré sur sa copie, la fameuse loi pour améliorer la confiance dans l’action publique que les Français ont perdu et qu’il fasse faire à ses troupes du MoDem toute la lumière sur ces problèmes d’assistants parlementaires.

François Bayrou vient de l’ancien système, il vient de l’ancien monde. Un monde où les partis bricolaient pour se financer, un monde où l’on prenait la parole un peu à tort et à travers. Un monde où on était dans l’expérience accumulée. Or, les Français ont choisi un renouvellement complet, non seulement des hommes et des femmes, comme lors des législatives, mais aussi des pratiques. Quelque part, François Bayrou, parce qu’il a un pied dans l’ancien temps, est le mieux placé pour réformer complètement les pratiques politiques. Pour terminer une carrière, on ne peut pas rêver mieux."

J.C.