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La ministre Belloubet prend ses distances avec la "société de vigilance" prônée par Macron

La ministre de la Justice Nicole Belloubet lors d'une conférence de presse à l'Elysée, le 24 juillet 2019.

La ministre de la Justice Nicole Belloubet lors d'une conférence de presse à l'Elysée, le 24 juillet 2019. - Ludovic MARIN / AFP

Dans une interview accordée au Parisien et consacrée à la lutte contre la radicalisation islamiste, la garde des Sceaux prévient que nombre de musulmans ont eu le sentiment d'être "stigmatisés" par le débat autour du voile.

Les membres du gouvernement parviendront-ils à se mettre au diapason sur les questions d'immigration, d'identité et d'islam? Après le différend entre Jean-Michel Blanquer et Sibeth Ndiaye (mais pas que) autour du voile, c'est au tour de Nicole Belloubet de s'immiscer dans le débat.

Dans le cadre d'une interview publiée ce mardi dans les colonnes du Parisien - et consacrée essentiellement au sujet de la radicalisation islamiste -, la garde des Sceaux cherche à tempérer le concept de "société de vigilance" récemment prôné par Emmanuel Macron. Et ce alors que le gouvernement s'apprête à annoncer la mise en place de quotas en matière d'immigration.

"Cette vigilance me semble nécessaire. Au-delà des attentats en tant que tels, nous vivons dans une période de menace sourde et permanente qui nécessite une grande attention afin d'empêcher certains passages à l'acte", concède-t-elle, avant de préciser: 

"Mais, selon moi, vigilance n'est pas synonyme de défiance. Je ne voudrais pas d'une société où la moitié de la population surveille l'autre."

"On peut être vigilant et confiant"

Jugeant que les débats autour de la tenue vestimentaire ou la taille de la barbe des musulmans pratiquants n'avaient "aucun sens", les qualifiant même de "discussions absurdes", Nicole Belloubet estime que ces dernières "contribuent à fracturer la société".

C'est pourtant son collègue Christophe Castaner qui, lors de son audition le 8 octobre à l'Assemblée nationale à la suite de l'attentat de la préfecture de police de Paris, avait cité la barbe comme signe pouvant alerter quant à une pratique radicale de l'islam. 

"J'insiste, on peut être vigilant et confiant. Sinon on court à la catastrophe", s'alarme de son côté la ministre de la Justice, qui appartient plutôt à l'aile gauche du gouvernement. Elle illustre son point de vue en évoquant un déplacement récent dans les Landes, après l'attaque de la mosquée de Bayonne: 

"J'ai rencontré les représentants des associations de culte musulmans. Je leur ai évidemment rappelé qu'ils faisaient pleinement partie de la communauté nationale. Ils m'ont aussi dit qu'ils avaient le sentiment que le débat sur le voile les avait à nouveau stigmatisés."

Un propos qui résonne comme une pierre lancée dans le jardin de Jean-Michel Blanquer, d'après qui le port du voile islamique "n'est pas souhaitable" au sein de la société française. 

Jules Pecnard