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Le gouvernement se divise sur le port du voile en sortie scolaire

Depuis la prise de position, très commentée, de Jean-Michel Blanquer sur le port du voile en sortie scolaire, les membres du gouvernement affichent leur division.

Le sujet fait "débat au sein du gouvernement", a reconnu dimanche la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. Cette dernière réagissait à l'attitude de Julien Odoul, l'élu RN qui a pris à partie vendredi au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté une mère voilée accompagnatrice d'un groupe d'enfants. Si le gouvernement condamne l'action de l'élu frontiste, il apparaît divisé sur l'épineuse question du voile en sortie scolaire.

"Ce n’est pas quelque chose à encourager"

Sur le plateau de BFM Politique, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer a adopté dimanche une position très tranchée: 

"Le voile n’est pas souhaitable dans notre société. Ce n’est pas quelque chose à encourager. Ce que ça dit sur la condition féminine n’est pas conforme à nos valeurs", a-t-il déclaré, avant d'ajouter: "La loi n'interdit pas aux femmes voilées d'accompagner les enfants mais nous ne souhaitons pas encourager le phénomène."

Le mois dernier déjà, il avait condamné une affiche de la fédération de parents d'élèves FCPE qui défendait le droit de mères voilées de faire des sorties scolaires. Le ministre avait jugé qu'il s'agissait d'une campagne "regrettable", d'une "erreur" qui "flattait le communautarisme pour avoir des voix."

En sortie scolaire, le voile est légal

Ce lundi, toujours sur notre antenne, le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin a apporté son soutien à Jean-Michel Blanquer, disant préférer que "les femmes en République, en France, ne portent pas le foulard", tout en reconnaissant que la loi "leur permet d'accompagner en gardant des signes religieux, parce qu'elles ne sont pas payées par le service public."

Le ministre chargé des relations avec le Parlement Marc Fesneau a également donné raison à son collègue de la rue de Grenelle, jugeant, au micro de Sud Radio ce lundi matin que le "port du voile n'est pas en soi satisfaisant."

Mais tous ne partagent pas cet avis. La position du ministre de l'Éducation nationale a vivement fait réagir sur les réseaux sociaux, mais aussi dans les rangs du gouvernement. Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, a clairement affiché sa désapprobation:

“Les sorties scolaires auxquelles j’ai participé ont toujours été des moments positifs parce que vous faites se rencontrer des femmes comme moi et des femmes voilées, qui ne vivent pas dans des univers identiques. Vous pouvez avoir des échanges” a expliqué la porte-parole du gouvernement sur le plateau de France 3 dimanche soir.

"Ces mères, je leur confierais mes enfants sans hésiter"

Et d'ajouter que personnellement, elle n'avait "pas de difficulté à ce qu'une femme voilée participe à une sortie scolaire." Même son de cloche auprès du secrétaire d'État chargé du Numérique, Cédric O. Ce dernier a déclaré que, pour sa part, "jamais cela n'a posé de problème". Il a expliqué sa position dans une série de tweets:

"Quand j’étais enfant, à Villeurbanne, nombre de mes camarades de classe venaient de familles musulmanes. De nombreuses fois, leurs mères nous accompagnaient lors des sorties scolaires. Voilées, parfois. Jamais, cela n’a posé problème. Jamais, je n’ai assisté à un quelconque prosélytisme. On vivait ensemble et chacun respectait l’autre. C’est cela la laïcité, en aucun cas le racisme aux petits pieds proposé par @JulienOdoul. Ces mères, je leur confierais mes enfants sans hésiter. Plus qu’à @JulienOdoul en tout cas."

Jean-Michel Blanquer semble en tout cas se ranger sur la ligne présidentielle. Au palais de Chaillot en avril 2018, interviewé par Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin, Emmanuel Macron avait affirmé que "le port du voile n'est pas conforme à la civilité dans notre pays. C'est-à-dire au rapport qu'il y a entre les hommes et les femmes."

Esther Paolini avec AFP