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Gouvernement

Fermetures de classes en zones rurales: Macron sur le terrain pour éteindre l'incendie

Alors qu'une bataille de chiffres fait rage entre le ministère de l'Education nationale et les syndicats sur le nombre de classes qui seront fermées à la rentrée en zones rurales, Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer sont ce jeudi sur le terrain pour "faire la pédagogie" de leurs réformes.

Après le "président des riches", Emmanuel Macron est accusé d'être le "président des villes". Jean-Michel Blanquer a annoncé le 5 mars que 200 à 300 classes "grand maximum" seraient fermées à la rentrée prochaine en zones rurales. Une décision qui répond pour le ministre à la baisse démographique prévue pour la rentrée 2018 (moins 32.000 élèves en maternelle et au primaire), mais qui doit aussi permettre le dédoublement des classes de CP et CE1 en éducation prioritaire, l'une des grandes mesures portées par le ministère de la rue de Grenelle.

Pour les syndicats et l'opposition, ces chiffres sont largement sous-évalués, et la grogne s'est intensifiée ces dernières semaines dans de nombreux départements, du Finistère aux Vosges, en passant par le Nord. Une contestation croissante qui fait reconnaître ce jeudi à l'entourage du président que la "bataille de la communication est perdue". Qu'importe, le chef de l'Etat, comme à son habitude, est décidé à défendre ses réformes. C'est l'objet de son déplacement de deux jours en Indre-et-Loire, placé sous le signe de l'éducation et de l'apprentissage.

Guillaume Peltier réclame un "moratoire"

Aux côtés du ministre de l'Education nationale, il s'est rendu ce jeudi à l'école primaire de Rilly-sur-Vienne. Dans cette commune de 786 habitants, l'école accueille 114 élèves. Face à la directrice de l'établissement et au maire, qui a dit son scepticisme, Jean-Michel Blanquer a tenté de calmer les inquiétudes.

"La politique concerne le rural et l'urbain, on n'oppose pas les deux. On a un volontarisme d'airain pour le rural, on va s'inspirer de ce que vous allez nous montrer", a-t-il promis.

Pas sûr que ses paroles suffisent. Mercredi, le vice-président des Républicains, Guillaume Peltier, a appelé le président de la République à décréter "un moratoire" sur les fermetures de classes en milieu rural lors de cette visite. Il accuse le chef de l'Etat d'avoir "menti aux Français", car il s'était engagé en juillet 2017, lors de la Conférence des territoires, à ce qu'il n'y ait plus de fermeture de classes dans les établissements ruraux.

"On ne peut pas, sans anticipation, sans négociation, sans contact très précis avec l'ensemble des syndicats enseignants, des professeurs des écoles, des parents d'élèves et des élus locaux, avoir une telle attaque, une telle casse de nos services publics dans nos territoires", a-t-il déclaré sur Franceinfo.

De 600 à 800 classes supprimées?

Pour les syndicats d'enseignants, le dédoublement des classes de CP et CE1 en zones prioritaires se fait au détriment des classes rurales, qui sont particulièrement mises à contribution. Pour montrer le lourd tribut payé selon eux, ils ont fait leur propre calcul, dont les résultats sont plus importants que les chiffres annoncés par Jean-Michel Blanquer.

A la rentrée 2017, le dédoublement des CP REP+ (éducation prioritaire renforcée) nécessitait 2.400 postes. En septembre 2018, cette mesure doit s'étendre aux CP REP et commencer pour les CE1 de REP+ et REP, ce qui nécessitera, selon les syndicats, 7.200 postes en plus. La baisse démographique a permis de récupérer 1.200 postes, auxquels s'ajoutent quelque 3.800 créés par le ministère de l'Education nationale, dont 200 destinés à la mise en place de dispositifs particuliers. Au total, face au 7.200 postes nécessaires aux dédoublements de classes, 4.800 postes sont disponibles.

Les maires ruraux sonnent l'alerte

D'après Guillaume Peltier, avec "les informations recueillies avec Laurent Wauquiez auprès du ministère de l'Education, nous annonçons plus de 800 fermetures de classes dans les écoles rurales en France". Pour le syndicat SE-Unsa, l'addition atteint plutôt 600 classes supprimées en solde net, si l'on prend en compte les fermetures de classes situées dans des zones rurales, mais dont le département n'est pas considéré comme rural en tant que tel. Comme le souligne l'AFP, selon le ministère, les 45 départements ruraux enregistrent pour le moment pour la rentrée 783 ouvertures contre 990 fermetures, soit 207 fermetures en solde net. 

Dans un communiqué publié le 23 janvier, l'Association des maires ruraux de France a sonné l'"alerte orange".

"Les écoles rurales ne peuvent servir de réservoir dans lequel on puiserait sans vergogne les moyens nécessaires à une politique qui n'aurait pas assumé de se doter en conséquence de moyens nouveaux", écrivaient les élus.

Estimant que "c'est ce qui semble se dessiner", ils ont appelé à "observer et alerter sur la situation des départements". De son côté, La France insoumise a lancé une pétition pour protester contre le fermeture des classes. Elle est signée à ce jour par près de 12.800 personnes. 

Charlie Vandekerkhove avec Neila Latrous