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Coronavirus: entre alarmisme et appel au calme, l'impossible com' du gouvernement

DIRECT RADIO - Le ministre de la Santé, Olivier Véran, répond aux questions de Jean-Jacques Bourdin

DIRECT RADIO - Le ministre de la Santé, Olivier Véran, répond aux questions de Jean-Jacques Bourdin - RMC

Alors que le nouveau coronavirus se répand dans de plus en plus de pays, l'exécutif veut se montrer prêt à affronter l'épidémie tout en évitant de déclencher une quelconque panique.

Comment informer sans affoler? C'est l'entre-deux que doit précisément trouver le gouvernement, aux prises avec la prolifération du nouveau coronavirus à travers le monde. Si le nombre de cas en France demeure relativement faible - le nombre total s'élève à 17, dont un mort annoncé ce mercredi -, le ministère de la Santé affiche sa pleine conscience de la gravité du sujet. C'est ce qu'on appelle une communication de crise.

En matière sanitaire, l'excès de prudence peut vite revenir en boomerang. Le précédent de la grippe A (virus H1N1 en 2009, NDLR) est là pour le rappeler. À l'époque, un rapport d'enquête parlementaire avait qualifié d'"échec de santé publique" la campagne de vaccination déployée par le gouvernement, en particulier la ministre de la Santé Roselyne Bachelot.

Au total, la France avait commandé 94 millions de doses de vaccins pour un montant d'un milliard d'euros. La grippe ayant été moins virulente que prévu, seulement 5,6 millions de personnes ont été vaccinées. Beaucoup de doses ont donc été résiliées auprès des laboratoires (ou jetées) et l'exécutif s'est vu reprocher son excès de zèle.

Olivier Véran en première ligne

Pour autant, il ne peut être question pour l'actuel ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran, arrivé en poste il y a 10 jours pour remplacer au pied levé Agnès Buzyn, d'avoir la main qui tremble.

Comme le résume sur BFMTV Caroline Marchetti, cofondatrice de l'agence Maarc, spécialisée dans la communication de crise, "dans un risque de crise sanitaire, il faut bien évidemment informer, comme le fait bien le gouvernement (...) sur les consignes à suivre, parce que c'est ce qui va peut-être éviter que la France devienne un foyer épidémique à son tour, (...) et en parallèle il faut absolument éviter la psychose".

Le match de ce mercredi entre Lyon et la Juventus de Turin, dans le cadre de la Ligue des Champions, tombe à point nommé pour illustrer ce dilemme. Interrogé sur notre antenne à ce sujet, le secrétaire d'État chargé de la Protection de l'enfance, Adrien Taquet, a jugé qu'il n'était pas nécessaire d'annuler la rencontre, qui doit se dérouler dans la capitale des Gaules.

"Il y a la question du match et la question des supporters. Les deux sont liées, mais le Piémont (où se trouve la ville de Turin, NDLR) n'est pas un foyer d'épidémie, (...) donc il n'y a pas de raison d'empêcher des personnes qui viennent de cette région-là, en l'état actuel, de venir dans notre pays", a-t-il tenté de rassurer. 

Lors d'un point presse tenu quelques heures plus tard, Olivier Véran a précisé que Turin se situait à environ 200 kilomètres des principaux foyers italiens. C'est en réalité un peu moins s'agissant de la distance (160 kilomètres) qui sépare, à vol d'oiseau, la capitale piémontaise de Codogno, petite ville lombarde mise sous cloche depuis que de premiers cas de coronavirus y ont été constatés.

La méfiance vis-à-vis or

D'après Anne-Marie Moulin, médecin et philosophe, directrice de recherche émérite au CNRS, la situation est complexifiée par deux facteurs. D'abord, la méfiance tenace d'une part de la population française vis-à-vis du secteur pharmaceutique et, davantage encore, des représentants de l'État. 

"L'épisode du Mediator a laissé des traces", entame-t-elle auprès de BFMTV.com, rappelant le scandale entourant l'antidiabétique mis au point par les laboratoires Servier. Alors que les premières alertes sur la dangerosité de sa principale composante étaient survenues dès les années 90, la France ne l'a retiré de la vente qu'en novembre 2009.

"Il y avait eu une montée en épingle dans les médias sur les vaccinations, mais une partie des interrogations sont légitimes, car les firmes pharmaceutiques sont perçues avant tout comme des requins à la seule recherche du profit. Puis vous ajoutez à cela la multiplication des types de vaccins en fonction des classes d'âge, des maladies... Cela multiplie aussi les doutes", développe cette spécialiste de la médecine tropicale auprès de BFMTV.com. 

Autre facteur qui complique la transmission d'un message à l'équilibre entre volontés de rassurer et d'alarmer: la crise que subit de plein fouet le secteur hospitalier depuis plusieurs années. 

"La situation est difficile pour le gouvernement. Est-ce que notre système de santé est en capacité de réagir? C'est ça la question, estime Anne-Marie Moulin, selon qui "notre système est en plein naufrage".

D'après la chercheuse, "il est urgent de prendre conscience du problème plus général des moyens de nos hôpitaux, car si le nombre de cas augmente et qu'en découle une surcharge des urgences, des différentes filières hospitalières, on ne pourra pas gérer".

"On n'est pas du tout dans la panique"

Politiquement toutefois, l'ensemble de l'exécutif se montre sur le pont. Mardi à l'Assemblée nationale, lors de la séance de questions au gouvernement, le Premier ministre Édouard Philippe s'est dit conscient que la situation "pourrait se traduire par une épidémie mondiale". Le même jour, il a transmis un courrier à l'ensemble des élus locaux de France pour leur énumérer les mesures prises et, surtout, l'état des connaissances quant à la maladie. 

La députée La République en marche Martine Wonner, elle-même médecin (psychiatre) et ancienne cadre dirigeante du Samu social de Paris, estime que le gouvernement "a placé le curseur là où il fallait".

"Il m'arrive d'être critique avec mon propre gouvernement (elle l'est de façon régulière, NDLR), mais là je trouve qu'ils ont bien géré les choses. On n'est pas du tout dans la panique. Il ne faut pas d'ailleurs, car les décès touchent d'abord les personnes en situation de vulnérabilité, et on est sur des nombres qui n'ont rien à voir avec ceux, annuels, provoqués par la grippe classique", rappelle l'élue du Bas-Rhin.

En effet, la grippe fait chaque année environ 10.000 morts rien qu'en France, là où on approche les 3000 morts dans le monde pour le nouveau coronavirus Covid-19. Malgré tout, étant donné la nature imprévisible du virus, chacun se doit d'afficher sa pleine mobilisation. Jeudi matin, Édouard Philippe accueille à Matignon l'ensemble des chefs de partis et responsables de la majorité. 

Le même jour, le 35e sommet franco-italien doit se tenir à Naples en présence de onze membres du gouvernement et du président Emmanuel Macron. Une occasion, en plus de "relancer une relation bilatérale approfondie et de confiance", selon les éléments de langage de l'Elysée, d'accorder les violons censés conjurer le coronavirus.

Jules Pecnard