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Abandon de Notre-Dame-des-Landes: et maintenant, quel avenir pour la ZAD?

Un fermier dans l'une des fermes de la ZAD à Notre-Dame-des-Landes, le 17 janvier 2018.

Un fermier dans l'une des fermes de la ZAD à Notre-Dame-des-Landes, le 17 janvier 2018. - LOIC VENANCE / AFP

Le gouvernement laisse aux zadistes jusqu'au printemps pour quitter les lieux. Ceux-ci s'engagent à libérer les accès au site, mais s'opposent à toute expulsion.

Et maintenant? Alors que l'exécutif a enterré officiellement le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, mettant fin à un feuilleton de plusieurs décennies, tous les regards se tournent désormais vers la ZAD. La zone d'aménagement différée, rebaptisée "zone à défendre" par les opposants au projet, s'étend sur 1.650 hectares. Elle accueille de 150 à 400 personnes selon les estimations, dont des agriculteurs ayant déclaré une activité, et des occupants n'exerçant pas d'activité agricole ni aucune activité autre que militante. Soixante-quinze "squats" illégaux ont été recensés par les autorités, qui ont dressé trois profils de zadistes: les "institutionnels" (riverains et exploitants), les "militants" et les "extrémistes".

Au départ, une évacuation de la zone était prévue dans un délai de dix jours par les forces de l'ordre, et 3000 gendarmes devaient être déployés progressivement au cours de la semaine. Mais en raison de la trêve hivernale, qui interdit jusqu'au printemps de déloger les occupants d'une habitation en dur, même construite en bois et illégalement, les zadistes ont deux mois devant eux pour s'en aller.

"Ceux qui sont logés sur place sont protégés par la trêve hivernale", a confirmé Christophe Castaner, le délégué général de La République en marche, sur BFMTV.

Les zadistes s'engagent à rouvrir les routes

Dans son discours à l'issue du Conseil des ministres, Edouard Philippe a promis de mettre fin à la "zone de non-droit qui prospère depuis près de dix ans" sur la ZAD. Il a appelé à dégager notamment les routes qui la traversent. "Les trois routes qui traversent le site de Notre-Dame-des-Landes doivent maintenant être rendues à la libre circulation pour tous. Les squats qui débordent sur la route doivent être évacués, les obstacles retirés, la circulation rétablie. A défaut, les forces de l'ordre procéderont aux opérations nécessaires", a-t-il prévenu. Dans un communiqué publié dans l'après-midi, les zadistes ont répondu à ses déclarations, et en particulier sur ce point.

"En ce qui concerne la question de la réouverture de la route D281, fermée par les pouvoirs publics en 2013, le mouvement s’engage à y répondre lui-même. La présence ou l’intervention policières ne feraient donc qu’envenimer la situation", écrivent-ils.

Les terres retrouveront "leur vocation agricole"

Edouard Philippe a aussi insisté sur la volonté de l'exécutif que les terres de la zone retrouvent "leur vocation agricole". "Conformément à la loi, les agriculteurs expropriés pourront retrouver leurs terres s'ils le souhaitent. Les occupants illégaux de ces terres devront partir d'eux-mêmes d'ici le printemps prochain ou en seront expulsés", a-t-il poursuivi, expliquant que les terres sur lesquelles le projet devait voir le jour ne seront pas gardées par l'Etat, mais cédées progressivement. Des négociations pourraient avoir lieu avec les occupants de la ZAD ayant déclaré une activité agricole et souhaitant rester sur place. 

Lors des questions au gouvernement à l'Assemblée, Edouard Philippe a précisé que la déclaration d'utilité publique liée au projet et datant de 2008 serait caduque dès le 8 février prochain, car la demande de prorogation qui avait été faite sera retirée dès ce mercredi après-midi. Il a encore une fois insisté sur le fait que "les occupants sans titre, occupant illégalement" les parcelles seraient expulsés. "Une situation de non-droit a perduré trop longtemps sur cette zone. Au printemps, les occupants seront expulsés s'ils n'ont pas quitté les parcelles", a-t-il déclaré.

Refus de toute expulsion et mobilisation le 10 février

Si les zadistes se sont engagés à rouvrir l'accès au site, ils se disent en revanche opposés à toute expulsion. 

"En ce qui concerne l’avenir de la zad, l’ensemble du mouvement réaffirme dès aujourd’hui (...) le refus de toute expulsion de celles et ceux qui sont venus habiter ces dernières années dans le bocage pour le défendre et qui souhaitent continuer à y vivre ainsi qu’à en prendre en soin. [Ainsi qu']une volonté de prise en charge à long terme des terres de la zad par le mouvement dans toute sa diversité - paysans, naturalistes, riverains, associations, anciens et nouveaux habitants", écrivent-ils dans le communiqué.

Les zadistes demandent en outre "une période de gel de la redistribution institutionnelle des terres", et souhaitent que la zone puisse "rester un espace d’expérimentation sociale, environnementale et agricole". Enfin, ils appellent "à converger le 10 février dans le bocage" pour fêter l'abandon du projet. Sur place, des barrages filtrants ont été installés, les autorités souhaitant éviter que la population de la ZAD ne se développe dans les prochaines semaines.

Charlie Vandekerkhove