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Notre-Dame-des-Landes: un référendum pour rien?

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron - ANDREAS SOLARO / AFP

Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron et Édouard Philippe s'étaient engagés à respecter le résultat du référendum local, qui avait tranché pour la construction d'un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Difficile, pour le couple exécutif, de ne pas laisser l'impression d'un recul politique après l'abandon du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Si le Premier ministre Édouard Philippe a défendu mercredi une décision "de raison", mettant en avant la nécessité de "trancher le nœud gordien", il n'en reste pas moins que cette décision va à l'encontre du référendum local du 26 juin 2016, dont le "oui" était sorti vainqueur à 55,17% des voix

"C'est un véritable déni de démocratie (...) qui affaiblit l'Etat de droit", a déploré, dans la foulée de l'annonce de l'abandon du projet, la maire socialiste de Nantes Johanna Rolland. L'élue a notamment rappelé que cette décision allait à l'encontre de "20 collectivités locales et 180 décisions de justice".

"Déni de démocratie", l'expression est également utilisée par l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui évoque une "faille dans le développement du grand Ouest".

La légitimité de ce scrutin, circonscrit au seul département de Loire-Atlantique et faiblement mobilisateur (51,06% de participation), a certes été remise en cause à de nombreuses reprises. Pourtant, Emmanuel Macron et Édouard Philippe s'étaient chacun engagés à respecter le résultat du référendum, c'est-à-dire à construire l'aéroport. Le 6 avril 2017, pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron affirmait ainsi sur France 2:

"Il y a eu un vote, mon souhait c'est de le faire respecter", avait-il déclaré face à Bruno Retailleau.

"Il faut y aller"

Au micro de France Inter début mai, le prétendant à l'Élysée expliquait sa position "légitimiste":

"Sur Notre-Dame-des-Landes, vous pouvez décider que la voie démocratique n’a aucun sens. Si elle n’avait pas été purgée, j’aurais dit: ‘On peut reprendre le sujet, le remettre à plat’. (…) Je dis simplement qu’on a consulté le peuple, dans un périmètre qui a été défini. Il s’est exprimé, je suis pour respecter cette décision."

Une position que partageait Édouard Philippe avant d'entrer à Matignon, comme le rapporte RTL. "Quand vous prenez une décision dans une démocratie, il y a des gens qui sont contre. Une fois qu'ils l'ont fait valoir, une fois que la décision est politiquement prise, il faut la mettre en oeuvre. Je crois qu'il faut y aller", affirmait celui qui était alors maire du Havre. 

Prudence

Toutefois, le candidat Macron faisait déjà valoir un point de vue pragmatique sur ce dossier pendant la campagne.

"C'est facile de dire: 'moi, j'enverrai l'armée'. Allez faire un Sivens puissance 10...", mettait en garde l'ancien ministre de l'Économie, se défiant des coups de menton d'une droite figée dans une posture autoritaire. 

"Je regarderai la situation, j'essaierai d'apaiser les choses. Si je n'y arrive pas, je prendrai mes responsabilités", promettait-il sur le plateau de l'Émission politique de France 2.

Louis Nadau