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Qui sont les zadistes de Notre-Dame-des-Landes?

La vigie de la Zad de Notre-Dame des-Landes le 9 janvier 2018

La vigie de la Zad de Notre-Dame des-Landes le 9 janvier 2018 - Loïc Venance-AFP

Entre 150 à 400 personnes aux profils variés vivent en permanence sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, dont le sort devrait être prochainement tranché. Éleveurs et militants y ont constitué une vie de village.

Ils vivent sur la ZAD, acronyme de "zone d'aménagement différé" transformé par les opposants en "zone à défendre", de Notre-Dame-des-Landes. Alors qu'une décision sur ce projet d'aéroport en Loire-Atlantique est imminente, quelque 150 à 400 personnes résident en permanence sur ce site, selon le rapport d'experts remis au gouvernement au mois de décembre. Parmi eux "un noyau dur d'une cinquantaine d'individus radicaux et violents", estime encore le rapport.

Éleveurs de père en fils et militants anticapitalistes

Éleveurs de père en fils, "néo-ruraux", militants anticapitalistes et "anti-système": si leurs profils sont très variés, ils sont soudés dans une même détermination à défendre cette zone bocagère de 1650 hectares. Les habitants et exploitants agricoles dits "historiques", nés dans ce coin de bocage nantais ou arrivés sur le territoire avant l'accélération du projet de transfert de l'aéroport, ont été rejoints par des militants issus de mouvements écologistes et altermondialistes. 

Jeunes et moins jeunes, venant des villages alentours ou de plus loin, ils viennent "du milieu militant, étudiant, paysan, de squats. Certains ont connu la rue, la prison. Des gens ont fait de hautes études, Polytechnique, l'EHESS, même Saint-Cyr, d'autres n'ont pas fait d'études du tout", explique à l'AFP un occupant installé depuis plusieurs années. 

Une épicerie, une bibliothèque et un studio de hip-hop

Une vie de village a pris forme sur la ZAD: élevage et maraîchage, tannerie, forge, moulin, épicerie, bibliothèque ou studio de hip-hop. Une crèche a même vu le jour. Au total, le site recense quelque 70 lieux de vie et 17 lieux d'activité, indique Ouest France. Des soins médicaux sont également proposés, selon le quotidien régional. Les habitants ont également construit une vigie de 19 mètres qui surplombe le bocage, installé des sirènes et lancé une radio pirate: "Radio klaxon" qui squatte les ondes de Vinci Autoroute. 

Les décisions se prennent de façon collective, rapporte France bleu. Des équipes s'occupent de la gestion du bois et de la forêt, une ferme des moutons et un hangar de charpentiers a été créé, assure LCI.

"On essaie d'imaginer autrement comment vivre ensemble, témoigne un zadiste. Essayer de penser autrement le monde, sortir de l'ultra consumérisme, d'essayer, avec les paysans, les associations, les naturalistes, de penser un nouveau modèle de vie, au-delà de la résistance à un projet destructeur." 

Les zadistes font leur pain

La ZAD compte également une conserverie et une table d'hôte. Sur place, les zadistes font leur pain, cultivent leurs légumes, produisent leur viande mais aussi fabriquent leur bière, appelée "La bulle noire", raconte Europe 1. Un "non marché" se tient chaque vendredi à 17h. Tout ce qui y est proposé est produit sur la ZAD. 

"Le prix est libre. Que ce soit une petite pièce, une grosse pièce ou un billet, ce n'est pas un problème. Personne ne regarde ce que vous mettez dans la caisse", témoigne un habitant pour le Huffington post.

Camille - tous les zadistes se font appeler Camille - un agriculteur dont les terres sont menacées par le projet d'aéroport, produit de la farine sur la ZAD depuis trois ans. Il est arrivé à Notre-Dame-des-Landes lors de l'échec de la première opération d'évacuation en 2012. L'année dernière, les cinq tonnes de farine qu'il a produites ont été intégralement consommées par les habitants de la zone.

"On ne se laissera pas arracher l'espace de liberté"

L'exécutif doit décider, d'ici à la fin du mois de janvier, s'il autorise ou non la construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Mais quelle que soit l'issue, le gouvernement s'est dit prêt à évacuer la ZAD. D'ailleurs les forces de l'ordre qui redoutent des affrontements violents se préparent, un important dispositif pourrait ainsi être déployé.

Basile s'est installé en 2011. Avec plusieurs camarades, ils ont créé un collectif paysan et y élèvent des vaches. Pas question pour lui de partir, assure-t-il à BFMTV.

"On a un attachement indéfectible à ce qu'on a construit ici et on ne se laissera pas arracher l'espace de liberté, d'expérimentation, de rencontres, de brassages qu'on a construit par une quelconque intervention policière ou militaire."
Céline Hussonnois-Alaya avec AFP