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A l'Assemblée, Philippe promet des décisions "puissantes et concrètes" pour répondre au grand débat

Edouard Philippe à l'Assemblée nationale le 9 avril 2019

Edouard Philippe à l'Assemblée nationale le 9 avril 2019 - AFP - Thomas Samson

Le Premier ministre a pris la tribune à l'Assemblée nationale pour faire la synthèse des remontées du grand débat national, évoquant quatre "exigences", les inquiétudes des Français, et les thèmes laissés de côté.

"Chacun est évidemment libre de tirer des événements de ces quatre derniers mois les conclusions qu'il souhaite." Ce truisme, Édouard Philippe l'a précédé, ce mardi dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, d'une demi-heure de discours. Une allocution attendue, empreinte de gravité, au cours de laquelle le Premier ministre a énuméré les "exigences" exprimées, d'après le gouvernement, par les Français au cours du grand débat national. 

L'occasion, pour le locataire de Matignon, de réitérer certaines choses édictées déjà au Grand Palais lundi, mais de façon plus musclée, face à des oppositions particulièrement remuantes. Et aussi de reprendre l'analyse déjà faite par Emmanuel Macron lui-même au début du mouvement des gilets jaunes, sur les racines "très anciennes" du mal-être démocratique français: "Non" au référendum européen de 2005 annulé en 2007, fractures territoriales, peur de l'avenir, etc. 

Le patron de la majorité a assuré que les décisions du chef de l'État, que ce dernier devrait annoncer la semaine prochaine, seront "puissantes et concrètes". Des solutions "dont beaucoup devront être du sur-mesure", a-t-il précisé.

"Mur de défiance" avec les élus

D'après Édouard Philippe, le grand débat national jette une lumière crue sur l'"immense besoin de justice et d'équité" des Français. Quatre exigences principales ont été évoquées par le Premier ministre. D'abord le "mur de défiance" auquel sont confrontés "élus, haut-fonctionnaires, syndicalistes, journalistes".

"À part les maires, pas une seule organisation, pas une seule catégorie d'élu, n'échappe à cette défiance. (...) Elle s'est développée en réaction à des pratiques auxquelles les lois sur le financement de la vie politique, puis la loi pour la Confiance dans la vie politique de septembre 2017, ont mis fin", a affirmé Édouard Philippe.

Selon lui, les mœurs politiques et le financement électoral se sont "considérablement assainis". L'intéressé en veut pour preuve la fin du cumul des mandats et le plafonnement des rémunérations des parlementaires. "Il est injuste d'incriminer tous les élus d'aujourd'hui pour les errements d'hier", estime-t-il.

Malgré ce constat, le locataire de l'hôtel Matignon estime qu'il faut consulter davantage la population:

"Nous devons construire une démocratie plus délibérative. Cette forme de démocratie participative reste à construire au niveau national en nous inspirant du succès du grand débat. Mais rien ne remplacera la démocratie représentative."

Exaspération fiscale

L'autre exigence évoquée par Édouard Philippe tient à la fiscalité, thème sur lequel l'exécutif semble vouloir beaucoup miser s'agissant des mesures qui sortiront du grand débat national. 

"Les Français ne nous demandent pas de faire preuve d’imagination fiscale mais de baisser les impôts. Ils savent que nous ne pouvons pas baisser les impôts sans baisser les dépenses", a-t-il déclaré, profitant du moment pour se féliciter de la politique budgétaire mise en œuvre par son gouvernement.

Et de reconnaître que les impôts avaient sans doute baissé "trop lentement" depuis deux ans. S'il dit souhaiter continuer à baisser la dépense publique, le Premier ministre a affirmé que certains secteurs jugés prioritaires - sécurité, défense, école, justice - seraient pérennisés. 

"Remettre des fonctionnaires sur le terrain"

Édouard Philippe a par ailleurs constaté combien les Français s'étaient saisis du grand débat national pour exprimer leur sentiment de "déclassement". "Nous devons réconcilier nos métropoles avec leurs territoires proches", a-t-il affirmé.

Il a ensuite esquissé les traits d'une éventuelle refonte du fonctionnement administratif de la France, entre communes et intercommunalités, entre départements et régions, entre État central et État local.

"Nous devons répondre à la complexité du mille-feuille administratif et politique. Nous allons accélérer de nombreux chantiers", a annoncé le Premier ministre, évoquant par ailleurs les déserts médicaux et le besoin - élément nouveau et à souligner - de "remettre des fonctionnaires sur le terrain". 

Erreur de "méthode" sur l'écologie

Prenant acte des nombreuses mobilisations récentes en faveur de la préservation de l'environnement, Édouard Philippe a isolé l'exigence "écologique" des Français qui, d'après lui, ne veulent "plus d'incantations". Sur la taxe carbone, le Premier ministre a reconnu que le gouvernement s'était "trompé de méthode", mais "pas sur l'ambition". 

"Les Français nous ont dit qu'ils étaient prêt à changer de comportement, mais qu'ils ne voulaient pas être pris au piège, qu'ils ne voulaient pas opposer la fin du mois à la fin du monde", a-t-il déclaré, laissant à l'exécutif le soin de trouver le "bon accompagnement" et les "bonnes incitations" à vivre de manière plus écologique. 

Les "silences" du grand débat

Enfin, le chef du gouvernement a rapidement énuméré trois autres thèmes sur lesquels les Français ont beaucoup insisté au cours du grand débat national, à savoir la santé, la dépendance et l'éducation. Il a également tenu à évoquer des sujets qui ne sont pas beaucoup ressortis malgré leur importance capitale. 

Il y a d'abord le chômage, qui "sans doute surplombe" la parole des Français "qui parlent de pouvoir d'achat". "Ce silence dit aussi à quel point notre société s'est résignée à ce chômage de masse", une "fatalité et non plus un mal à guérir", a déploré Édouard Philippe. Ce dernier a également cité la sécurité et la mondialisation comme sujets largement absents des remontées. Opposant le "grand rétrécissement" voulu selon lui par certains à "l'Europe qui protège" que défend La République en marche, le Premier ministre a dit vouloir, avec Emmanuel Macron, "essayer d'organiser le désordre du monde". 

À la fin de son discours, l'ex-maire du Havre a annoncé que "sur les sujets qui devront faire l'objet d'une concertation, le président de la République fixera le cap". "Il nous appartient de passer du consensus sur le diagnostic au compromis et aux choix démocratiques qui font les grandes solutions", a-t-il ajouté, évoquant une phase à venir à laquelle participeraient syndicats, patronat et associations. De quoi corriger, potentiellement, l'image d'un gouvernement perçu comme hostile au dialogue social.

Jules Pecnard