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Gilets jaunes: la cohabitation forcée des Insoumis et du RN 

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - GUILLAUME SOUVANT / AFP

Dans les manifestations des gilets jaunes, ils gardent leurs distances mais doivent bien cohabiter. Depuis le début du mouvement, France insoumise et Rassemblement national se joignent aux manifestants, mus par des enjeux similaires.

La France insoumise et le Rassemblement national sont des familles politiques très dissemblables. Pourtant ce samedi, dans les cortèges, elles devront à nouveau se résoudre à une cohabitation de raison, et à distance, parmi les gilets jaunes. Il faut dire qu'Insoumis et militants lepénistes sont confrontés à des enjeux similaires. 

> Incarner l'opposition, garder le contact 

Les deux formations, soucieuses d'incarner l'opposition à Emmanuel Macron et aux siens, doivent rester au contact de ce mouvement de contestation, sans doute le plus vaste et le plus profond que le pouvoir en place ait eu à affronter, le tout sans paraître le récupérer. Jean-Luc Mélenchon a annoncé qu'il comptait manifester samedi mais "discrètement", en s'écartant des caméras. Mercredi, dans une note de blog, il a donné cette consigne à ses sympathisants:

"L’attitude de notre Mouvement doit être partout de faciliter la mobilisation et surtout par-dessus tout d’en respecter scrupuleusement l’autonomie. En réunion, notre groupe parlementaire a décidé d’aider aussi partout où cela se peut à 'élargir le front' dans les directions où il peut l’être : population des grands centres urbains peu mobilisés à cette heure, jeunesse, quartiers populaires."

Marine Le Pen ne devrait pas participer à l'événement en personne mais elle a demandé au gouvernement d'accorder de la "considération" aux manifestants et de leur permettre de manifester sur les Champs-Elysées. Elle a même appelé, comme le souligne Le Parisien dans son édition de ce vendredi, à rallier les mécontents. 

> La boussole populaire

Au-delà de la seule équation politique, France insoumise et Rassemblement national sont reliés au mouvement des gilets jaunes par une forme de nécessité. En conclusion de son article de blog, Jean-Luc Mélenchon reprend sa plume de théoricien et pose, en faisant référence à l'un de ses ouvrages: 

"Ce que nous vivons est un moment de révolution citoyenne telle que la théorie de L’Ère du peuple en prévoyait la forme et les contenus. Pour chacun d’entre nous est posé la question de savoir comment se positionner : avec le peuple ou bien contre, sachant qu’il n’y a pas de milieu dans ce domaine et dans ce moment."

Auprès du quotidien francilien, Marine Le Pen avait quant à elle fait observer qu'il s'agissait aussi d'une question de base militante, notant que "beaucoup de (ses) électeurs se retrouv(aient)" dans cette protestation. 

> Les électorats les plus liés aux gilets jaunes 

L'étude des enquêtes d'opinion le prouvent: ni Jean-Luc Mélenchon ni Marine Le Pen n'ont tellement besoin de pousser leurs sympathisants pour que ceux-ci prennent le chemin des rassemblements. Selon notre dernier sondage "L'opinion en direct", piloté par Elabe, les uns et les autres sont à la pointe du soutien au ras-le-bol fiscal et social en cours, et sont très bien représentés dans les manifestations. 91% des électeurs de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle approuvent les gilets jaunes. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon sont 86% à faire de même, ce qui situe leur bienveillance pour le phénomène à des niveaux bien supérieurs à celle des autres courants politiques. 

Par ailleurs, 42% des gens ayant voté pour Marine Le Pen lors de la première manche du dernier scrutin présidentiel assurent être eux-mêmes des gilets jaunes. C'est également le cas de 20% des personnes ayant opté à l'époque pour Jean-Luc Mélenchon. Cet enthousiasme surpasse à nouveau largement l'élan des autres électorats. 

> Résonances dans le programme des gilets jaunes 

Enfin, l'attirance commune de l'appareil emmené par le député élu à Marseille et du parti dirigé par la députée élue dans le Pas-de-Calais pour les mêmes gilets jaunes n'est pas seulement affaire de circonstances. Il existe aussi des raisons idéologiques, et plus précisément programmatiques. Reçus mardi soir par François de Rugy, des représentants des gilets jaunes avaient transmis au ministre de la Transition écologique la liste des doléances de l'ensemble pour le moins protéiforme et éclectique politiquement dont ils étaient les délégués. 

Or, pour établir cette feuille de route, les manifestants sont aller "puiser des mesures que l’on trouve dans tous les programmes politiques", a analysé ce vendredi matin notre éditorialiste, Laurent Neumann. Pêle-mêle, les gilets jaunes réclament, outre le renoncement à la hausse des taxes sur le carburant, le rétablissement de l'ISF, une hausse du SMIC, une fiscalité adaptée à la taille des entreprises, la fin du CICE. Des mesures qui se sont aussi fait une place dans le communiqué du groupe de la France insoumise cette semaine à l'Assemblée nationale, et qui se retrouvent pour certaines dans les propositions du Rassemblement national. Durant la campagne présidentielle, Marine Le Pen avait ainsi qualifié le CICE d'"usine à gaz", n'ayant jamais "créé d'emplois". Le document des gilets jaunes prône également un modèle d'intégration ferme vis-à-vis de l'immigration. 

Et c'est bien le point central: chez les gilets jaunes, on a la promesse de trouver ce qu'on vient y chercher. 

Robin Verner