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Gilets jaunes: les banlieues, grandes absentes du mouvement?

Image d'illustration.

Image d'illustration. - AFP

Jusqu'ici, la France des quartiers sensibles ne s'est que peu associée à la grogne des gilets jaunes. Mais cela pourrait bien changer. Le collectif "Banlieues Respect" sera samedi sur les Champs-Elysées pour défendre la convergence des luttes.

Elles sont les grandes absentes du large mouvement de contestation qui soulève les quatre coins de la France depuis quinze jours. Pourtant concernées par les inégalités, le chômage et la baisse du pouvoir d'achat, les banlieues ne se sont jusqu'ici que peu associées aux revendications des gilets jaunes. Mais, à l'aube d'une troisième journée de mobilisation ce samedi, la France des "quartiers", comme on les appelle, pourrait, finalement, prendre le train de la révolte en marche.

Comme il l'indique sur BFMTV, Hassan Ben M'Barek, président du collectif Banlieues Respect, qui regroupe 20 associations de banlieue, a déposé une requête pour manifester sur les Champs-Elysées samedi. Il a également prévu d'organiser une opération escargot sur l'A86, entre Gennevilliers et La Défense, ce vendredi après-midi. 

Ce militant originaire de Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, défend la "convergence des luttes" et la "solidarité" avec les manifestants, dont il partage les griefs. 

"On s'inscrit totalement dans la démarche des gilets jaunes (...) Quand on entre dans les quartiers, dans les territoires sensibles, il y a une concentration de gens qui sont pauvres, qui subissent le matraquage fiscal", explique-t-il.

Des "propos racistes à la télé"

Des revendications proches, et pourtant. Hormis quelques appels à manifester, émanant notamment du Comité Vérité et Justice pour Adama Traoré, ce jeune homme mort à la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise en 2016, les quartiers sensibles n'ont pas été beaucoup représentés lors des deux premiers "actes" de la révolte. 

"Sur le terrain, dans les banlieues, il y a peu d'organisations citoyennes structurées. Donc il est difficile de lancer des appels", explique Hassan Ben M'Barek pour expliquer cette absence. Peut-être, aussi, les habitants des quartiers difficiles ont-ils eu du mal à se reconnaître de prime abord dans cette grogne, portée pour l'essentiel par la "France périphérique" décrite par le géographe Christophe Guilluy, celle des territoires ruraux et périurbains profonds. D'autant plus que la révolte est soutenue par le Rassemblement national et que certaines de ses figures de proues, comme Frank Buhler, sont proches des milieux d'extrême droite. 

"Il n'y avait pas d'engouement en banlieue pour aller aider les gilets jaunes qu'on voyait avoir des propos racistes à la télé", abonde un militant associatif de Gennevilliers, interrogé par BFMTV. "Mais les revendications sont identiques."

La peur d'être associés aux émeutiers

Autre élément qui pourrait expliquer le silence des "quartiers", les associatifs des banlieues semblent partager une même peur d'être associés aux violences, celles qui ont déjà été commises et celles qui pourraient encore émailler les défilés de samedi. Hassan Ben M'Barek insiste sur l'adresse choisie par son association: le 73, avenue des Champs-Elysées. 

"Je tiens bien à préciser ça, car ce qui pourrait se passer en aval ou en amont des Champs-Elysées, ce n'est pas de notre ressort. Nous on se retrouve devant la boutique SFR. On fera en sorte qu'il ne se passe rien avec tous les militants et toutes les personnes qui viendront des banlieues."

Claire Rodineau