BFMTV

Un an de mairies FN: quel bilan?

Quel est le bilan dans les 11 villes estampillées "Bleu Marine" ?

Quel est le bilan dans les 11 villes estampillées "Bleu Marine" ? - BFMTV

CARTE INTERACTIVE - Cela fait un an que le Front national s'est installé dans onze municipalités. Alors que les élections départementales du 22 mars pourraient porter de nouveaux candidats FN au pouvoir, BFMTV.com a décidé de dresser le bilan des réalisations politiques dans les villes frontistes.

Les habitants des villes administrées par le FN sont des habitants heureux. Enfin, 73% d'entre eux, si l'on en croit un récent sondage Ifop - Fiducial, un score de dix points supérieur à d'autres villes de taille comparable. Les habitants de ces onze municipalités plébiscitent le dynamisme et l'autorité dont font preuve leurs nouveaux édiles frontistes.

Mais derrière le ressenti, qu'en est-il des réalisations? Alors qu'un score historique du Front national est pressenti le 22 mars aux élections départementales, et que le FN s'attribue le titre de "premier parti de France",il est temps de faire un bilan d'étape en prenant acte des réalisations, et en rappelant les contestations.

Police partout

Si le Front national s'accorde sur une politique locale, c'est dans le domaine de la sécurité, un thème qui lui est cher depuis toujours. Cette sécurité passe, au niveau des communes, par le renforcement de la police municipale, l'extension de leurs horaires et leur armement.

Un an plus tard, le renforcement de la police municipale est l'engagement le plus tenu par le parti frontiste. Plus de la moitié des communes gagnées par le FN ont renforcé les effectifs de la police municipale (six villes sur onze). Les moyens ont été accordés de diverses manières: souvent un simple renforcement, parfois doublé d'une réorganisation. A Fréjus, ils ont été complétés d'une brigade d'intervention rapide.

A Béziers, les changements ont été spectaculaires: les effectifs ont été augmentés de 50% et ils patrouillent désormais 24 heures sur 24. Les officiers sont progressivement armés et une brigade canine a été créée. Pour marquer cette réalisation d'une forte promesse de campagne, Robert Ménard a même mis sur pieds une campagne de communication-choc qui a créé la polémique... 

L'affiche qui a choqué présente un pistolet semi-automatique comme "le meilleur ami" de la police municipale.
L'affiche qui a choqué présente un pistolet semi-automatique comme "le meilleur ami" de la police municipale. © Mairie de Béziers

Maîtrise des budgets

"La lutte contre les privilèges et le gaspillage", voilà qui qui figurait parmi les objectifs principaux des candidats affiliés Bleu Marine. C'est qu'au niveau national, la critique de la gestion "UMPS" est un positionnement cent fois affirmé. Et la plupart des villes FN (7 exactement) on en effet fait des efforts de ce point de vue: baisse des dépenses de fonctionnement (frais de représentation et des véhicules de fonction par exemple) à Mantes-la-Ville, au Pontet et à Fréjus, économies sur le personnel à Beaucaire et de chauffage à Hénin-Beaumont...

Mais concernant les mesures d'exemplarité, les maires peinent à se mettre d'accord. Si à Béziers et Hayange, les indemnités des élus ont été baissées, Au Pontet, à Cogolin, et au Luc, on a choisi de les augmenter. Enfin, Hénin-Beaumont annonce comme une promesse tenue l'allègement de la dette de 800.000 euros par un recours contre l'ancienne banque Dexia... qui ne sera pas jugé avant l'année prochaine. Il faudra donc attendre un peu pour voir si cette promesse est tenue.

Une politique sociale contrastée

"Dans un contexte d'isolement de certaines populations, nos communes ont réagi", clame le bilan officiel du parti. Mais ville par ville, la situation est très contrastée. Réduire la fiscalité était la grande ligne directrice du parti: elles ne sont que trois municipalités à avoir, pour l'instant, rempli ce contrat (Béziers, Beaucaire et Hénin-Baumont).

Mais nationalement, la gestion sociale des villes FN est illisible. D'un côté, comme au Luc, on crée une structure d'accueil d'urgence et un centre de formation, ou bien, comme à Hayange, une navette gratuite pour les personnes âgées et les personnes handicapées. Et de l'autre, on supprime un centre social à Mantes-la-Ville, on stoppe les subventions aux syndicats à Villers-Cotterêts et on ferme une maison associative de soutien scolaire à Beaucaire.

Les mesures les plus polémiques concernent la cantine et l'accueil périscolaire. A Mantes-la-Ville, le périscolaire est devenu payant et on envisage d'interdire la cantine aux enfants de chômeurs. Au Pontet, la gratuité de la cantine pour les plus pauvres a été supprimée. A Villers-Cotterêts, le tarif de la cantine pour les plus pauvres a été revu à la hausse et à Beaucaire, les parents qui ne payent pas la cantine sont signalés aux services sociaux.

A Fréjus même, les mesures apparaissent particulièrement contradictoires. Les subventions aux associations baissent de 25%, le financement des centres sociaux chute de 67%, et l'un d'entre eux est même fermé. Dans le même temps, le maire David Rachline a ouvert un bureau dans sa mairie au service de la vie associative, et s'engage fortement en faveur du handicap.

Temps difficiles pour les associations

Globalement, la vie associative a souffert. Les baisses ou suppressions de dotations aux associations ont été constatées dans six villes, parfois de manière drastique: l'enveloppe générale a été diminuée de 22% à Mantes-la-Ville et de 25% à Fréjus.

Mais surtout, le Front national ne semble pas supporter la contradiction, ainsi que le résume Julien Sanchez, maire de Beaucaire, en une phrase: "Je ne suis pas maso, donner une subvention à des gens qui font des déclarations politiques contre nous et leur faire cadeau d’un joli local de 150 m2 estimé à 10.000 euros de revenus locatifs par an, ça me pose problème." C'est ainsi qu'une association de soutien scolaire a dû fermer ses portes.

On coupe donc les vivres aux associations jugées hostiles au FN à Mantes-la-Ville, au Pontet, A Fréjus, à Villers-Cotterêts et à Beaucaire. Les cibles? Politiques surtout, comme le Parti de gauche à Fréjus. Syndicales, comme la CGT et la FCPE à Villers-Cotterêts... Et des exemples emblématiques avec la Ligue des droits de l'homme, coupée de ses subsides à Mantes-la-Ville et Hénin-Beaumont.

Le retour des vieux démons

Les polémiques liées à l'islam et à une islamophobie supposée des édiles se sont multipliées dans les municipalités FN. En un an, déjà la moitié de ces mairies sont concernées. Dans deux villes, la mairie a tenté de mettre un terme à la mise en place d'une mosquée ou d'une salle de prière: Fréjus et Mantes-la-Ville. A Cogolin, la danse orientale a été proscrite du gala des associations et à Béziers, le Halal a été interdit dans les cantines.

Fabien Engelmann, enfin, l'ancien maire d'Hayange, est montré du doigt de manière répétée pour des propos jugés islamophobes. Il a, par exemple, considéré les musulmans comme un danger: "[L'islam] est un dogme mahométan très offensif, dangereux pour la démocratie, pour les droits des femmes et pour nos libertés individuelles."

Quant aux liens de certains élus FN avec les groupuscules les plus violents d'extrême droite, ils ont semé quelques accrocs sur le chemin de la "dédiabolisation" du parti amorcée par Marine Le Pen. A Cogolin, en particulier, où un ancien de Génération identitaire a été recruté au service communication, et à Béziers, où un membre du Bloc identitaire a été recruté comme chef de cabinet.

Les villes les plus propres de France

Au chapitre des réalisations, on remarque que les services de nettoyage des mairies ont bénéficié de la même attention que la police municipale: renforcement et création de "brigades". 

Ainsi, à Mantes-la-Ville, désormais, on a mis en place un dispositif de nettoyage systématique des tags et à Hénin-Beaumont, certains quartiers bénéficient de programmes de nettoyage renforcés. A Fréjus et à Béziers, on a carrément créé une "brigade de l'environnement", chargée de lutter contre les dépôts sauvages. Des dispositions normales, et même souhaitables, mais étonnamment mises en avant.