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Le Rassemblement national peut-il disparaître?

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- - Dominique Faget - AFP

Depuis l'été, le parti de Marine Le Pen se dit menacé par un dépôt de bilan, privé de deux millions d'euros d'aide publique par les juges.

Le Rassemblement national sortira-t-il de la crise? En juin dernier, le parti s'est vu privé officiellement de 2 millions d'euros de subventions publiques, saisis par la justice dans le cadre de l'affaire des assistants présumés fictifs d'eurodéputés FN. La justice doit se prononcer en appel ce mercredi 26 septembre sur l'annulation de la saisie.

Le RN devait recevoir, comme d'autres partis politiques, une avance de la moitié de l'aide publique de 4,5 millions d'euros par an à laquelle il a droit. Une aide calculée sur les résultats aux législatives de 2017, et dont le versement a pris du retard. Le RN n'y a pas droit: dans leur décision, les juges ont avancé le "risque" que le parti, "très endetté", s'en serve pour rembourser ses emprunts et ne soit plus en mesure de payer les amendes en cas de condamnation à un procès.

Cette annonce avait provoqué l'ire de la présidente du Rassemblement national, criant à "la peine de mort à titre conservatoire" appliquée à son parti. "Fin août, il n'y a plus de Rassemblement national", martelait-elle au début de l'été. Deux mois plus tard, le RN existe toujours grâce à un appel aux dons qui a permis de récolter 600.000 euros "pour payer les salaires", selon la présidente du parti. 

"Nous avons très peu d'argent"

Contacté par BFMTV.com, le trésorier du parti, Wallerand de Saint-Just, est formel: "Je peux retarder certaines dépenses mais d'autres, comme les salaires ou le loyer du siège, sont inéluctables. Si je n'ai pas l'argent pour les payer, je dois déposer le bilan". Cette subvention était attendue avec impatience depuis février. Elle devait assurer une partie des dépenses du RN jusqu'à novembre 2018, affirme Wallerand de Saint-Just, qui refuse par ailleurs de dévoiler l'état actuel des comptes du RN. "Nous avons très peu d'argent", se contente-t-il de répondre.

Le RN, ex-Front national, fait face depuis quelques mois à d'importants problèmes financiers. En novembre 2017, sa banque la Société générale a décidé de fermer les comptes du parti, et le nombre de voix récolté aux législatives de 2017 a été moins important qu'en 2012 (500 000 de moins) – ce qui signifie que la subvention a été amoindrie par rapport à celle de 2012, en l'occurrence d'environ un million d'euros. Face aux difficultés à contracter des prêts, le RN a également lancé un "emprunt patriotique".

"Le problème, c’est que c’est un parti qui a traditionnellement des difficultés à trouver des crédits bancaires à court terme, en tout cas en France", remarque le politologue spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus, interrogé par Franceinfo. "Il manquera de solutions pour obtenir des banques des prêts relais et aura très certainement des difficultés à payer ses fournisseurs". De quoi mettre en danger le RN face à ses prochaines échéances électorales, notamment les européennes de 2019.

Les partis ne sont pas des entreprises

La situation est complexe. Mais pour René Dosière, spécialiste des finances publiques, la fin proche du RN paraît improbable. Il s'appuie notamment sur les comptes du parti déposés en 2016, et disponibles en ligne au nom de la transparence de la vie publique: "les comptes montrent que le FN a en 2016 un budget de l'ordre de 12 millions d'euros, dont 2,4 millions qui viennent seulement des cotisations des adhérents", indique-t-il. L'ancien député nuance également les problèmes financiers du RN: "ce n'est pas le seul qui subit des difficultés". Et de citer par exemple le Parti socialiste, forcé de licencier du personnel et de vendre son siège de Solférino pour maintenir ses finances à flot.

Par ailleurs, les partis politiques sont des associations à but non lucratif, et à ce titre ne peuvent faire faillite comme des entreprises: dans la Ve République, ils ont été maintes fois menacés de banqueroute mais cela n'a jamais eu lieu, croit savoir un professeur de droit constitutionnel interrogé par BFMTV.com. "Ils peuvent être diminués, vidés de leur personnel, ils peuvent choisir de se refonder en une nouvelle association. Mais les dettes, elles, ne disparaissent pas et suivent les fondateurs".

Et en matière d'endettement, le RN a de quoi faire: il a emprunté notamment 9 millions d'euros à une banque russe en 2014, ainsi que 6 millions d'euros à Jean-Marie Le Pen pour la présidentielle. Eric Dillies, ancien patron de la fédération du Nord qui vient de claquer la porte du parti, affirme qu'en termes financiers, "le parti court à la catastrophe". L'avenir promet donc d'être compliqué pour le Rassemblement national.

Ariane Kujawski