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Crise au FN: les mots de Jean-Marie Le Pen dans la lutte intestine

Jean-Marie Le Pen

Jean-Marie Le Pen - Miguel Medina - AFP

Dans ses nombreuses réactions depuis sa suspension provisoire de son statut d'adhérent du FN par le bureau exécutif du parti, Jean-Marie Le Pen frappe presque exclusivement sur sa fille. Quitte à mettre mal à l'aise sa petite-fille et à transformer sa sanction en une banale dispute de famille étalée au grand jour.

La crise du FN ne serait en fait qu'une banale "dispute de famille, avec une bonne dose de jalousie", étalée sur la place publique, selon la perception de Robert Ménard sur BFMTV. D’ailleurs, Marion Maréchal-Le Pen, petite-fille de Jean-Marie Le Pen et nièce de Marine Le Pen, a regretté dans les colonnes du Figaro sa "situation personnelle difficile", face au déchirement de sa famille, et s’est dite marquée par la violence des échanges entre père et fille lors du bureau politique du FN lundi.

En fait, depuis le début de l’affaire et les propos du fondateur du mouvement, sur BFMTV puis dans Rivarol, tout est davantage question de mots – ceux de Jean-Marie Le Pen tombent sous le coup de la loi – que d’orientation politique pour l'avenir du FN. Jean-Marie Le Pen "me fait penser à une vielle personne qui n’a plus aucune retenue", a jugé Robert Ménard sur BFMTV, quand Marion Maréchal-Le Pen regrette que "le verbe de Jean-Marie Le Pen (...) soit devenu un moyen de provocation inutile".

"Répudier", "félonie"... attaques en règle contre sa fille

En clair, les digues ont sauté: les mots sont durs et les attaques personnelles. Même si Jean-Marie Le Pen défend ses "opinions politiques exprimées depuis 60 ans", c’est bien sa fille, et non son parti, qu’il a "répudié", plaçant de fait le curseur dans la sphère familiale, plus restreinte que celle du mouvement politique où il assure rester le "commandeur", malgré sa suspension. Un langage qui évoque la rupture totale du "Menhir" avec sa fille aînée Marie-Caroline, coupable d'avoir rejoint les rangs des mégrétistes fin 1998.

Et en effet, en s’appuyant sur les définitions données par le Larousse, on accrédite la thèse de la trahison intime, pas collective. Ainsi, Jean-Marie Le Pen a ressuscité pour l’occasion le terme de "félonie" associé au "code de l’honneur". Commettre une "félonie" est synonyme de se prêter à un acte déloyal. Littéralement, de la part d’un vassal sur son seigneur.

D’ailleurs, Jean-Marie Le Pen "souhaite que la présidente du Front national se marie au plus vite parce qu'(il a) honte qu’elle porte le même nom que (lui)". "Etre trahi", ajoutait-il lundi soir sur RMC, "ça fait toujours un peu de peine. Surtout lorsque cela vient de sa propre fille, dont j’ai largement favorisé la carrière". 

Le recours à la famille élargie des militants du FN

Sa fille lui devrait ainsi tout et la blessure serait par conséquent plus rude, car plus intime, que lors de la tentative de putsch de Bruno Mégret en 1995. Les caciques du Front national, eux, multiplient les messages de "tristesse" pour regretter cette fuite en avant que nul ne semble en mesure de stopper en apportant leur soutien à Marine Le Pen. 

Pour autant, Jean-Marie Le Pen va sans aucun doute abattre la carte de sa "seconde famille", à savoir les militants du Front national, qui décideront de son sort lors du congrès à venir. Eux ne l’auraient pas abandonné, assure-t-il, fort des marques de soutien reçues lors de son apparition au défile du 1er mai.

Il se félicite d'ailleurs de cet acquis – "je ne l’ai pas volé" – mais ne peut s’empêcher de tacler personnellement sa fille: "Je ne l'ai pas reçu en héritage non plus".

S.A.