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François Hollande invite la Chine à investir en France

L'an dernier, 31 projets d'investissements chinois ont été décidés dans l'Hexagone.

L'an dernier, 31 projets d'investissements chinois ont été décidés dans l'Hexagone. - -

François Hollande reçoit de grands patrons chinois pour les inciter à investir et créer de l’emploi en France. Si certaines expériences ont été concluantes, beaucoup craignent le revers de la médaille : des sociétés qui investissent pour s’emparer de secrets technologiques avant de se désengager.

La Chine n’est pas qu’un ennemi commercial : elle peut aussi être un partenaire industriel. Elle est même, de ce côté-là, d’ailleurs de la marge. Une quarantaine de grands patrons chinois sont reçus ce mardi matin à l'Elysée par François Hollande, qui va tenter de les convaincre sur l'industrie française, où les investissements chinois sont encore timides. Au programme, jusqu'à dimanche : visites de fleurons de l'industrie française et rencontres diplomatiques, notamment Laurent Fabius ce mardi après-midi.
La Chine est en effet seulement le 8e investisseur étranger en France, mais son poids est grandissant. L'an dernier, 31 projets d'investissements ont été décidés dans l'Hexagone contre 23 en 2011, et la France est le 3e pays européen destinataire d'investissements chinois, derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne. Les entreprises chinoises implantées en France emploient 11 000 salariés, principalement dans les secteurs de l'énergie, de l'agroalimentaire et de l'aéronautique et le chef de l’Etat aimerait voir ce chiffre gonfler.

« Ça nous a permis de sauver l’entreprise »

Eric Herzberger, co-fondateur et président de Lisa Airplanes, une entreprise basée en Savoie qui réalise des avions de luxe pour particuliers, a pu voir les avantages d’être racheté. Placée en liquidation judiciaire en juillet 2012, Lisa Airplanes a été reprise au début d'année par un groupe chinois, et il ne le regrette pas une seule seconde. « On est ravis d’avoir pu poursuivre cette aventure, ça nous a permis de sauver l’entreprise. L’ensemble du personnel a pu être repris, plus 15 à 20 embauches sur le territoire français, en plus de la création de nouveaux emplois pour le développement commercial sur la Chine. C’est l’histoire d’une rencontre : plus que des investisseurs, ce sont des entrepreneurs qui ont été séduits par le caractère aéronautique et luxe de notre produit à la française. Nous apportons une certaine rigueur, ils apportent une autre façon de voir, plus flexible et qui s’adapte aux circonstances ».

« Une fiscalité attractive »

Richard Ma est expert-comptable au cabinet d'expertise RSM, qui accompagne les investisseurs chinois dans leurs projets en France, et il doit bien reconnaître que l’Hexagone a quelques atouts : « La France est un partenaire européen économique important : elle dispose d’infrastructures de transport et de communications très développées. Et nous avons une fiscalité attractive : les crédits d’impôt de recherche, des subventions d’investissement, c’est intéressant pour les entreprises chinoises. Et dernier point, la France est intéressante au niveau de son personnel de qualité et de son éducation ».

« On s’est fait blouser »

Malheureusement, les investissements chinois en France connaissent aussi des ratés. Illustration avec l'entreprise de fabrication de tracteurs McCormick à Saint-Dizier, en Haute-Marne, rachetée début 2011 par le groupe chinois Ito avec la promesse d'un triplement des effectifs. L'usine tourne aujourd'hui au ralenti, faute de commandes. « Aujourd’hui, on s’est fait blouser, ils nous maintiennent en état de survie, ce n’est pas du tout l’ambition de départ », regrette Raymond Roussinaud, délégué CFDT à l'usine McCormick. « A leur corps défendant, ils n’avaient aucune connaissance du marché européen sur le tracteur. Nous, nous fabriquons des transmissions et on les expédie pour le marché chinois et eux les montent sur leurs tracteurs. Mais est-ce qu’ils étaient là pour prendre notre technologie ? Parce qu’aujourd’hui, la boite de vitesse, ils ne savent pas la faire. Il est clair que tout est remis en cause à chaque comité d’entreprise ».

« Avoir accès à des technologies »

« Il y a un risque, car ce sont des partenaires et des concurrents à terme », ajoute Jean-François Dufour, directeur de DCA Chine-analyse, un cabinet de conseil pour les entreprises françaises qui travaillent avec la Chine. « La France reste une des grandes puissances technologiques dans un certain nombre de domaines qui intéressent de manière prioritaire l’industrie chinoise : l’énergie, l’aéronautique ou encore l’automobile. L’idée pour les entreprises, aujourd’hui, c’est d’investir dans ces entreprises qui sont souvent face à des difficultés financières, et du coup avoir accès à des technologies qu’elles pourront utiliser par la suite pour leurs propres produits ».