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François Bayrou ministre de la Justice, retour gagnant

François Bayrou, de retour dans un gouvernement ce mercredi.

François Bayrou, de retour dans un gouvernement ce mercredi. - ERIC FEFERBERG / AFP

François Bayrou revient de loin: au début du quinquennat, il n'était que conseiller municipal d'opposition à Pau. Le voici nommé place Vendôme, au rang de ministre d'Etat. Retour sur un improbable come-back politique.

Ce n'est pas un renouveau, mais une résurrection: François Bayrou retrouve ce mercredi un portefeuille de ministre. Il faut remonter 20 ans en arrière pour retrouver la trace du maire de Pau dans une équipe gouvernementale. Porteur d'un projet de "moralisation de la vie politique" qu'il défend de longue date - ce qui ne l'a pas empêché d'être ministre de l'Éducation nationale de 1993 à 1997 sous François Mitterrand puis Jacques Chirac, deux modèles en la matière - le président du MoDem accède à la fonction de garde des Sceaux, avec le rang de ministre d'Etat. Ce come-back prouve une fois de plus "qu'on ne meurt jamais en politique".

2007-2012: la dégringolade

En 2007, François Bayrou avait pourtant de sérieuses raisons de croire en sa destinée. Troisième homme de l'élection présidentielle avec 18,57% des voix derrière Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, le candidat centriste refuse de se prononcer entre les deux finalistes. Il fonde le MoDem (Mouvement démocrate) dans la foulée, sur les fondations de l'ancienne UDF, qu'il présidait à la suite de Valéry Giscard d'Estaing. Patatras: l'agrégé de lettres classiques ne parvient pas à réunir le centre, et le MoDem, arrivé troisième des législatives à l'échelle nationale, subit de plein fouet la dure loi du bipartisme encore fort entre PS et UMP, n'envoyant que trois députés au palais Bourbon.

Un quinquennat plus tard, François Bayrou a - métaphoriquement - un pied dans la tombe: après son troisième échec personnel à l'élection présidentielle (élimination au premier tour en 2002, 2007 et donc 2012, où il arrive cinquième), celui à qui Les Guignols de l'info ont attaché le gimmick "mais euh..." essuie une nouvelle défaite aux élections législatives. Il est battu dans une triangulaire et perd son siège à l'Assemblée nationale. À ce moment, le centriste n'a plus qu'un seul mandat: il est conseiller municipal d'opposition dans la ville de Pau, où il a échoué à se faire élire maire en 2008. Jamais la sentence d'Alain Minc ("Bayrou, c'est Le Cid à l'envers: il part avec une armée, l'UDF, il finit seul"), n'a paru si cruellement juste. Le MoDem est réduit à 2 sièges à l'Assemblée.

2017: le retour en grâce

Cette union n'était pourtant pas gagnée: avant de se rallier au panache d'Emmanuel Macron, l'admirateur d'Henri IV avait multiplié les déclarations peu amènes à l'endroit de l'ancien ministre de l'Économie. "Derrière Emmanuel Macron, il y a de grands intérêts financiers incompatibles avec l'impartialité exigée par la fonction politique", déclarait-il sur notre antenne

Longtemps, un doute subsiste sur une quatrième candidature de celui qui estimait que le leader d'En Marche! "avait le projet de société de Nicolas Sarkozy". Honni par une grande partie des électeurs de droite, François Bayrou a nettement rompu avec François Hollande, pour qui il avait appelé à voter contre Nicolas Sarkozy en 2012. Suspense donc, jusqu'à l'annonce surprise du 22 février. Le maire de Pau (finalement élu en 2014) déclare alors: "Parce que le risque est immense, parce que les Français sont désorientés et souvent désespérés, j'ai décidé de faire à Emmanuel Macron une offre d'alliance."En coulisse, Anne-Marie Idrac a servi de "traductrice" entre le président du MoDem et le leader d'En Marche!.

Le lendemain de l'annonce de François Bayrou, les deux hommes scellent leur alliance au Palais de Tokyo (à Paris), devant la presse. "Si vous pouvez réussir là où j’ai failli, là où je ne suis pas arrivé, je vous aiderai", promet-il devant les caméras du documentaire Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire. L'effet sondagier est immédiat: Emmanuel Macron passe de 18 à 24% d'intentions de vote, son score au premier tour de l'élection présidentielle.

"On a eu des divergences. On a même eu des mots un peu rugby, un peu mêlée ouverte. Mais il y a des moments où l'on est obligé de dépasser tout cela parce que ce qui est en jeu est trop grave", rétropédale le phœnix béarnais. 

Consécration politique

François Bayrou a tenu "à participer à la réalisation de quelque chose qu'[il] croi[t] indispensable pour le pays" et prophétise depuis vingt ans: la recomposition politique du paysage politique français. "Je suis absolument un visage du renouveau", ose-t-il. Il s'agit, comme le souhaitait Alain Juppé, de "couper les deux bouts de l’omelette pour que les gens raisonnables gouvernent ensemble". Surtout, "d'arracher le pouvoir des mains du PS et de LR".

François Bayrou l'assure: il n'a pas d'amertume.

"J’ai pris tous les risques, depuis des années, pour que se réalise ce projet d’une majorité centrale", se félicite-t-il.

"Ce résultat est pour moi très émouvant, parce que c'est un combat qui vient de loin, qui a pris des années et des années", confessait au soir de la victoire d'Emmanuel Macron celui qui, avec 80 candidats MoDem investis aux élections législatives, pourrait en 2017 être à la tête, en plus de la chancellerie, d'une force politique revenue d'outre-tombe. 

Louis Nadau