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En crise, les insoumis attendent que Mélenchon fasse son bilan

Jean-Luc Mélenchon à Nîmes, le 5 avril 2019

Jean-Luc Mélenchon à Nîmes, le 5 avril 2019 - AFP - Sylvain Thomas

Ébranlé par le récent départ de Charlotte Girard, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon ballotté par des questions de ligne politique et, aussi, d'incarnation de celle-ci. La structure "gazeuse" de La France insoumise semble empêcher toute prise de décision rapide.

Jean-Luc Mélenchon ne tweete pas en personne. C'est ce qu'indique, du moins, son profil sur le réseau social. Que penser, néanmoins, de la dernière publication présente sur son fil? Relayant une vidéo dans laquelle le pape François dénonce l'immixtion des procédures judiciaires "dans les processus politiques et sociaux", l'avatar Twitter du leader de La France insoumise met en garde contre cette menace qui pèse sur les démocraties. 

En reprenant le propos du souverain pontife (choix peu courant pour l'intéressé), Jean-Luc Mélenchon semble l'appliquer à sa propre situation. À savoir, celle d'un homme soumis à la pression d'informations judiciaires ouvertes sur le financement de sa campagne présidentielle de 2017. L'ombre de cette affaire, liée à l'épisode des perquisitions menées à son domicile et au QG de LFI en octobre dernier, n'est pas étrangère aux turbulences politiques que traverse le mouvement.

Débats et flottement

Depuis la grave déroute qu'ont subi les insoumis lors des élections européennes, la réponse du chef - hors tweet - se fait attendre. L'intéressé a prévenu qu'il ne donnerait son "appréciation politique" qu'après le 6 juin, le temps que "la poussière retombe". Depuis, rien, ou si peu. Si la situation de LFI n'est pas comparable à celle des Républicains, qui voient s'effriter une assise politique construite sur plus d'un demi-siècle, elle n'en demeure pas moins inquiétante. 

Alors que le débat interne - mais désormais public - autour de la ligne idéologique à adopter se poursuit, la structure "gazeuse" du mouvement (selon le terme de Jean-Luc Mélenchon) empêche celui-ci de reprendre pied, de rebondir de manière ordonnée. Le départ de Charlotte Girard, insoumise historique, coresponsable du programme "L'Avenir en commun" mais placardisée depuis des mois, en a été la douloureuse illustration. 

"Tant qu’on est d’accord tout va bien. Mais il n’y a pas de moyen de ne pas être d’accord. (...) Cette option est obstruée pour le moment, d’autant plus que dernièrement, on a eu parfois du mal à identifier avec quoi être d’accord ou pas", a-t-elle expliqué, limpide, dans un post Facebook. 

Seulement une "chute de tension"

Selon les plus fidèles lieutenants de Jean-Luc Mélenchon, le lac est pourtant loin d'avoir pris feu. "Ça peut juste être une chute de tension", a minimisé le député Eric Coquerel, lundi matin sur Europe 1. D'après l'élu de Seine-Saint-Denis, les affrontements internes qui guettent actuellement La France insoumise "n'ont pas lieu d'être": 

"Je commence à sentir monter (...) des tensions, des mots, des anathèmes. (...) Je crois que ce n'est pas comme ça qu'on règle, dans un même camp, des questions politiques."

Ces mots-là, ils évoquent surtout les récentes prises de parole de sa collègue Clémentine Autain, critique à l'égard de la ligne populiste, la "logique du clash", adoptée selon elle par LFI sous l'impulsion de ses dirigeants. L'ambiance au sein de l'équipe s'en est trouvée dégradée, comme l'a récemment relaté Le Figaro.

Pour ne rien arranger, le politologue Thomas Guénolé, dont le départ tonitruant n'a pas facilité la campagne des insoumis, a récemment assigné LFI en justice. L'ex-quatorzième de la liste Aubry accuse le parti d'avoir "organisé contre lui une procédure accusatoire violant les droits de l'Homme afin de salir sa réputation", révélait Le Point

Homme de synthèse

Interrogé sur la pérennité de Jean-Luc Mélenchon à son poste de commandant de bord, Eric Coquerel a donné lundi une justification intéressante:

"Je ne vois personne qui est capable, en réalité, de fédérer de manière aussi naturelle, sans qu'il y ait de contradictions, à la fois ceux qui sont sur une ligne dégagiste (...) et (...) le peuple de gauche." 

Autrement dit, le député des Bouches-du-Rhône est le seul, aux yeux de ses soutiens, à être l'homme d'une certaine synthèse. Un terme pourtant honni par l'ex-socialiste lorsqu'il visait François Hollande mais qui, à l'heure actuelle, peut lui permettre de conserver les rênes du mouvement qu'il a fondé il y a plus de trois ans. Reste à savoir s'il veut l'assumer. 

Jules Pecnard