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Des militants LFI déplorent en interne l'absence d'une "instance de décision collective" et "démocratique"

Jean-Luc Mélenchon et Manon Aubry, le soir des résultats des élections européennes, le 26 mai 2019.

Jean-Luc Mélenchon et Manon Aubry, le soir des résultats des élections européennes, le 26 mai 2019. - AFP - Geoffroy Van der Hasselt

Dans une note interne que nous avons pu consulter, plusieurs militants et cadres de La France insoumise dénoncent un manque de transparence dans les choix stratégiques et l'absence d'un organe de "décision collective" sur une "base démocratique".

Après la déconvenue des élections européennes, l'heure est au bilan. Et il n'est pas très positif pour une partie de La France insoumise, comme le traduit une note interne au mouvement révélée par Le Monde et que BFMTV a pu consulter.

Parmi les 42 signataires de ce document titré "Repenser le fonctionnement de La France insoumise" figurent plusieurs candidats aux élections européennes et législatives, mais aussi des grands noms du mouvement comme Charlotte Girard, ancienne coordinatrice de campagne et de programme et ex-porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, ou Manon Le Bretton, à la tête de l'école de formation du mouvement.

L'objectif de la note n'est pas selon les signataires d'analyser les "multiples causes" du "fort recul électoral de La France insoumise" aux européennes, par rapport à la présidentielle et aux législatives. Néanmoins, le document traduit en cinq pages le malaise au sein du mouvement créé en 2016 autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

Justement, après son score à la présidentielle, les signataires estiment que La France insoumise n'a pas "su maintenir la dynamique" et "s'ancrer fortement et durablement dans la société".

"Les départs silencieux de celles et ceux qui ne reviennent plus"

Pour preuve, selon eux: un "affaiblissement du réseau militant" et le "départs de plusieurs responsables". "Au-delà du départ de personnalités connues, le plus inquiétant est l’affaiblissement global du mouvement et les départs silencieux de celles et ceux qui ne reviennent plus car tout simplement ils.elles ne se sentent plus 'à l’aise' ou 'utiles' dans le mouvement", déplore la note.

Si les rédacteurs avancent des "causes multiples", ils évoquent surtout un problème "lié au mode de fonctionnement du mouvement", et ce "depuis sa création".

Un manque de transparence dans la prise de décisions stratégiques

En voulant rester "souple" et ne pas faire s'encarter ses membres, La France insoumise n'a aujourd'hui pour eux "aucune véritable instance de décision collective ayant une base démocratique".

Si les signataires ne nient pas qu'il est possible de s'exprimer au sein du mouvement, ils déplorent que "les décisions stratégiques fondamentales" soit "finalement prises par un petit groupe de personnes", dont "l'identité" et le "champ d'action" ne soient pas clairement définies.

Une autre critique est adressée aux prises de position publiques du mouvement, qui se traduisent "essentiellement" par la parole du groupe parlementaire. Lequel n'a, pour les détracteurs, "pas reçu de mandat de la part du mouvement pour le faire en son nom".

"Un tel fonctionnement n'a plus de justification"

La note déplore le fait que les positions des "équipes thématiques" ne soient quant à elles pas "assumées par le mouvement en tant que tel" et ne disposent pas des outils du parti "pour les faire connaître". De même, la transparence des décisions finales sur les amendements portés par les insoumis est pointée du doigt.

"Un tel fonctionnement n'a plus de justification et n'a pas d'avenir une fois cette phase passée (celle des européennes, NDLR). Et il est dangereux pour l'avenir du mouvement", jugent les signataires du document.

Trois grandes mesures proposées avant le 23 juin

Ceux-ci proposent donc, avant l'assemblée représentative du mouvement le 23 juin, trois grandes mesures: l'organisation de "véritables débats contradictoires", la possibilité pour les insoumis de "proposer des textes au vote de l'Assemblée" et que "le principe d'une assemblée constituante du mouvement soit acté pour la rentrée prochaine".

La fuite de ce document interne intervient dans la lignée de la prise de position de la députée FI Clémentine Autain, qui fustigeait mardi sur BFMTV "le bruit et la fureur" comme méthode politique.

"Je l'ai dit dans les réunions internes, (...) j'ai dit mes critiques et mes inquiétudes, que je ne savais pas comment se décidait la ligne", avait-elle précisé, ajoutant qu'"au sein de LFI, il y (avait) des militants qui (avaient) la même lecture politique (qu'elle)".
Liv Audigane avec Thomas Soulié