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Etre en froid avec Poutine, ce n’est pas une honte !

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Ambiance glaciale à Moscou, jeudi, pour la rencontre de François Hollande avec Vladimir Poutine. Le président russe n’a rien cédé sur son soutien au régime syrien et aucun grand contrat n’a été signé.

C’est un échec, mais tous les échecs ne sont pas déshonorants. Même si c’est une tradition en Russie, le président français n’est pas tenu d’embrasser Vladimir Poutine sur la bouche ! Il y a même une logique à ce que la France, qui revendique des principes, ait des relations tendues avec ce pays où les Droits de l’Homme sont malmenés. Sous Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, les liens étaient plus cordiaux, c’était parfois gênant. Avec François Hollande, c’est le silence qui est embarrassant : pas un mot sur les arrestations arbitraires, les prisonniers politiques… Si c’était pour s’écraser, est-ce qu’il fallait offrir ce plaisir à Vladimir Poutine ? Probablement pas.

C’est vrai que les images étaient terribles : les deux hommes ne se sont pratiquement pas regardés… Mais est-ce que ce type de rencontre n’est pas une obligation pour un chef d’Etat ?

Il ne faut pas confondre la diplomatie et le théâtre. Si François Hollande voulait convaincre Poutine de changer de position sur la Syrie, il s’est déplacé pour rien – on aurait pu le lui dire d’avance. Il a essuyé un « niet » catégorique. Ce n’est pas seulement que la Russie s’oppose à une intervention en Syrie, c’est aussi qu’elle livre des armes au régime de Bachar el Assad. Alors que les Russes soutiennent officiellement la guerre française au Mali, mais ils ne fournissent ni armes ni soldats – et François Hollande a fait semblant de s’en féliciter. C’est dire que ce ne sont ni des alliés, ni des amis, encore moins des modèles.

Dans ces voyages, on sait qu’il y a aussi une dimension économique. Est-ce qu’on peut vraiment traiter en même temps les questions de politique internationale et des accords commerciaux ?

A la vérité, ces visites sont des voyages d’affaires. François Hollande était accompagné d’une ribambelle de patrons et l’Elysée avait fait savoir que la France cherche à attirer des investisseurs russes – le montant des capitaux français en Russie est de 12 milliards €, alors qu’en sens inverse, il y a 1 milliard de fonds russes placés en France. On comprend que François Hollande parle d’une « relation prometteuse » ! Mais il a peut-être voulu dire qu’elle n’est faite que de promesses, puisqu’aucun grand contrat n’a été signé. Et vu la tête que lui faisait Poutine, ça n’aurait pas été pire s’il avait osé une remarque sur les Pussy Riots...

François Hollande a aussi fait une allusion ironique au cas de Gérard Depardieu, qui a obtenu la nationalité russe après son exil fiscal. Est-ce un sujet qui pèse sur les relations entre Paris et Moscou ?

C’est moins une cause (de tension) qu’un symptôme. Visiblement, Poutine ne cherche pas les faveurs de la France et s’il a un trait de caractère commun avec Depardieu, c’est le goût de la provocation. Lui donner un passeport en 48 h, obtenir qu’il fasse l’éloge de la démocratie en Russie, c’est une mauvaise manière à laquelle il n’a pas pu résister. Ce n’est pas la discrétion de François Hollande sur les sujets sensibles qui le fera changer d’avis.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce vendredi 1er mars.

Hervé Gattegno