BFMTV

Taubira fustige le "silence" de Macron lors de la commémoration des victimes de l'esclavage

Christiane Taubira en 2016 à New York

Christiane Taubira en 2016 à New York - Jewel Samad © 2019 AFP

Le chef de l'État a commémoré lundi le 20e anniversaire de la loi Taubira, qui a reconnu l'esclavage comme crime contre l'humanité.

Une minute de silence mais pas de discours. Emmanuel Macron a commémoré lundi le 20e anniversaire de la loi Taubira, qui a reconnu l'esclavage comme crime contre l'humanité. Une date qui coïncide avec la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leur abolition. La brève cérémonie s'est tenue dans les jardins du Luxembourg à Paris, face au monument commémorant l'abolition de l'esclavage.

Étaient notamment présents le président du Sénat Gérard Larcher mais aussi l'ancien président François Hollande, le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand, la maire de Paris Anne Hidalgo, la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse, l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le président de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, ainsi que cinq ministres: Gérald Darmanin, Éric Dupond-Moretti, Jean-Michel Blanquer, Roselyne Bachelot et Élisabeth Moreno.

Une minute de silence a été observée mais aucune personnalité politique n'a pris la parole.

"Édifiant"

"Un silence peut être solennel, ceci étant, il est quand même édifiant de constater que le président de la République n'a rien trouvé à dire sur plus de deux siècles de l'Histoire de France alors qu'il y a cinq jours, il faisait des gammes sur Napoléon Bonaparte", a fustigé lundi Christiane Taubira lors d'une émission spéciale sur Guyane la 1ère et Public Sénat.

L'ancienne garde des Sceaux fait allusion à la cérémonie de commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon, mercredi dernier. Emmanuel Macron a prononcé à cette occasion un discours à l'Institut de France puis a déposé une gerbe sous le tombeau de l'empereur déchu aux Invalides.

Une commémoration qui a suscité de nombreuses réactions du fait de la figure historique controversée de Bonaparte, notamment connu pour avoir rétabli l'esclavage en 1802 peu après son arrivée au pouvoir.

"C'est une histoire de vie ou de mort"

"On a le droit d'avoir les fascinations qu'on veut, ceci étant même lorsqu'on a le culte des héros, c'est une époque qui ne manque pas de figures héroïques", a poursuivi Christiane Taubira, citant notamment le général Toussaint Louverture ou encore Solitude. Des personnalités qui "se sont battues contre le rétablissement de l'esclavage et contre l'esclavage" et qui "y ont perdu leur vie".

"Cette histoire, ce n'est pas une histoire de poésie à quatre sous avec des rimes sur 'l'empire et le pire' ou 'l'empereur et le meilleur', (en allusion au discours de Macron, NDLR). C'est une histoire de vie et de mort, c'est une histoire de sang et de canons, c'est une histoire de plantations, de fortune, de commerces, de châteaux, c'est une histoire d'humanité, mais effectivement on peut ne rien avoir à dire sur cette histoire", a-t-elle regretté.

Le rétablissement de l'esclavage par Napoléon est une "faute, une trahison de l'esprit des Lumières", avait déclaré Emmanuel Macron le 5 mai.

"Une mémoire républicaine"

Christiane Taubira n'a pas été la seule personnalité à regretter le choix du président de la République. Au cours de la même émission, l'historien François Durpaire, par ailleurs consultant de BFMTV, s'est interrogé:

"Est-ce que ça veut dire que dans l'esprit du chef de l'État, il y a une mémoire de droite qu'il faudrait flatter à un an de la présidentielle? Et il y aurait une mémoire de gauche ou des Ultramarins qui est celle de l'esclavage? C'est un peu dommage parce que là on est sur une mémoire républicaine, et c'est surtout les 20 ans de la loi Taubira", a-t-il déclaré.

"Il ne faudrait pas que l'État fasse des actes qui soient perçus comme une insulte à la mémoire des victimes de l'esclavage", a mis en garde Emmanuel Gordien, président du Comité Marche du 23 mai 1998.

"Je suis consternée. Et je trouve que le silence du président de la République est d’une grande violence", a également exprimé l'artiste martiniquaise Marijosé Alie. "Si le Président ne s’exprime pas alors qu’il s’exprime pour dire ce qui était Napoléon Bonaparte, ça a un sens, et je ne préfère même pas imaginer quel sens cela peut avoir", a-t-elle ajouté.
Clarisse Martin Journaliste BFMTV