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Macron et les catholiques, entre main tendue et prudence

Emmanuel Macron le 9 avril 2018 devant la Conférence des évêques de France.

Emmanuel Macron le 9 avril 2018 devant la Conférence des évêques de France. - ludovic MARIN / POOL / AFP

Le chef de l'Etat se rend au Vatican mardi pour rencontrer le pape François. Une audience de 30 minutes lui sera accordée, et tout ce qui s'y dira devrait être scruté de près.

"Il faut être très précautionneux et se mettre en situation de pouvoir parler à tout le monde". Voilà ce que théorisait Emmanuel Macron en décembre 2016 dans un entretien au magazine chrétien La Vie. C'est la stratégie qu'il applique depuis son élection à la tête de l'Etat, et qu'il avait déjà mise en oeuvre pendant les mois de campagne qui avaient précédé. Vis-à-vis des catholiques, le président s'est efforcé jusqu'ici d'instaurer des relations plus apaisées que lors du quinquennat précédent, tout en veillant à ne pas dépasser une certaine limite, notamment quand il est interrogé sur la croyance. Fidèle au désormais célèbre "et en même temps".

Quand le pape disait de pas savoir "d'où vient" Macron

Ce mardi, Emmanuel Macron rencontre le pape François au Vatican pour une audience de 30 minutes, qui devrait permettre de juger si cette stratégie paye. D'après un sondage Ifop pour La Croix et Pèlerin, lors de la présidentielle, 62% des catholiques ont voté pour lui, et même 71% des pratiquants réguliers, ceux déclarant aller à la messe au moins une fois par mois. Mais une fois passé le scrutin, beaucoup restaient à convaincre. Refusant de donner son avis sur l'élection présidentielle, le pape François avait déclaré le 30 avril 2017 ne pas savoir d'"où venait" Emmanuel Macron. La Conférence des évêques de France s'était elle aussi abstenue de donner des consignes de vote pour le second tour entre le candidat d'En Marche et Marine Le Pen.

Avant sa victoire, le candidat Macron s'était ingénié à envoyer quelques signaux faibles. Comme ses références régulières à Jeanne d'Arc, ou son récit de sa rencontre avec la foi catholique, dans l'entretien à La Vie.

"Je me suis fait baptiser à l’âge de 12 ans. C’était un choix personnel, ma famille étant de tradition plus laïque. Je l’ai fait au moment de mon entrée à la Providence, une école de Jésuites d’Amiens, qui m’a apporté une discipline de l’esprit et une volonté d’ouverture au monde. Après j’ai moins pratiqué. Aujourd’hui, j’ai une réflexion permanente sur la nature de ma propre foi. Mon rapport à la spiritualité continue de nourrir ma pensée mais je n’en fais pas un élément de revendication", déclarait-il.

"Je crois en la transcendance"

Une manière de se démarquer de François Hollande, qui se revendiquait athée, et en même temps de ne pas placer la foi au coeur de son action ou de son engagement. "Je ne crois ni à la République érigée en croyance religieuse ni à l’éradication des religions", nuançait-il. Quant à savoir en quoi il "croit" précisément, Emmanuel Macron expliquait au JDD que c'est une "question compliquée". "Je crois en la transcendance", assurait-il.

Aujourd'hui, son positionnement reste le même, peu ou prou. "Le président n'est pas croyant, il est agnostique. Il parle souvent d'héroïsme, sa vision va au-delà de la matérialité, mais pour lui la foi n'est pas la clé du dépassement de soi", fait valoir l'Elysée auprès de l'AFP, à la veille de son déplacement au Vatican. Mais entre ces deux déclarations, le président a envoyé de nouveaux signaux à l'électorat catholique. Alors qu'en tant que candidat il avait promis d'ouvrir la PMA (procréation médicalement assistée) aux femmes lesbiennes et célibataires, le président déclarait en février qu'on avait 'humilié" les opposants au mariage pour tous.

La Manif pour tous "humiliée"

Théorisant sa définition de "l'âme française" dans les colonnes de L'Obs, il évoquait Philippe de Villiers et Eric Zemmour, "des gens avec qui je parle".

"Une des erreurs fondamentales de ce quinquennat a été d’ignorer une partie du pays qui a de bonnes raisons de vivre dans le ressentiment et les passions tristes. C’est ce qui s’est passé avec le mariage pour tous, où on a humilié cette France-là", ajoutait-il, déclenchant un tollé immédiat.
"Les agressions physiques homophobes, c’est La Manif pour tous qui les a supportées? Les insultes homophobes, la disqualification de toute famille en dehors de celles avec un papa, une maman, un petit garçon et une petite fille (...). Elle était dans quel camp, l’humiliation?", lui avait répondu l'ancienne garde des Sceaux qui a donné son nom à la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, Christiane Taubira.

"Réparer le lien entre l'Eglise et l'Etat"

Mais le geste d'Emmanuel Macron qui a fait date pour les catholiques est son discours prononcé plus d'un an après cette polémique, au collège des Bernardins, devant la Conférence des évêques de France. Disant vouloir "réparer le lien entre l'Eglise et l'Etat" qui s'est "abîmé", le chef de l'Etat déclarait le 9 avril dernier se faire "une plus haute idée des catholiques", derrière les "caricatures".

"Si je devais résumer mon point de vue, je dirais qu’une Eglise prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation; et qu’un président de la République prétendant se désintéresser de l’Eglise et des catholiques manquerait à son devoir", déclarait-il. "Je suis, comme chef de l’Etat, garant de la liberté de croire et de ne pas croire, mais je ne suis ni l’inventeur ni le promoteur d’une religion d’Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain", ajoutait Emmanuel Macron devant un auditoire conquis.

Le pape intéressé par le discours des Bernardins

Qualifié de "sous-curé" par Jean-Luc Mélenchon, le chef de l'Etat aurait convaincu avec ce discours le pape lui-même, comme le rapporte Le Parisien. Il n'avait pas ménagé ses efforts, empruntant même une partie de son vocabulaire aux catholiques, comme en parlant d"enfant à naître" pour évoquer le foetus. Le discours avait été transmis le soir-même au souverain pontife, qui l'aurait lu "avec beaucoup d'intérêt" et en aurait informé Emmanuel Macron, fait valoir le quotidien.

L'objectif affiché ce mardi est officiellement de "faire connaissance", avec en filigrane plusieurs sujets qui pourraient froisser le pape et les catholiques. Les effets de manche ne sont donc sans doute pas terminés. Pour ménager cet électorat, le parti de la majorité pourrait ainsi décider de ne pas rouvrir le débat sur la fin de vie, comme compromis devant "compenser" la loi promise sur la PMA.

Charlie Vandekerkhove