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Lutte antiterroriste: Macron veut "gagner la paix" en Syrie

Lors de ses vœux aux diplomates français, Emmanuel Macron a rappelé jeudi après-midi l'enjeu prioritaire de la sécurité dans le monde qui passe notamment par la lutte contre le terrorisme islamiste. "Si nous gagnons contre Daesh, il faudra gagner la paix en Syrie", a toutefois mis en garde le président de la République.

Il en a fait le défi numéro un pour le monde actuel. Lors de ses voeux aux corps diplomatique, le président de la République a fait de la lutte contre le terrorisme islamiste, et notamment contre Daesh, sa priorité. "Face à ce monde tourmenté, j’ai voulu que la diplomatie française trouve une force, une unité et une cohérence", a lancé le chef de l'Etat. "En cette année qui s'ouvre, plusieurs défis se présentent à nous. Le premier, fondamental pour nos nations et nos populations, c'est celui de la sécurité."

En décembre déjà, Emmanuel Macron avait assuré que la guerre contre Daesh en Syrie serait gagnée d'ici le mois de février. Une ambition qu'il a répétée ce jeudi devant un parterre de diplomates. "La lutte contre le terrorisme islamiste a connu d'indéniables succès mais elle est loin d'être achevée. Nous avons connu au Levant (au Proche-Orient, Ndlr) nos premiers succès militaires contre Daesh ce qui a conduit le Premier ministre d'Irak à annoncer la victoire et qui, je l'espère, d'ici quelques semaines, nous permettra de gagner militairement en Syrie contre Daesh."

"C'est une première étape", a martelé le chef de l'Etat.

"Gagner la paix"

Emmanuel Macron pense déjà à la reconstruction dans deux pays sur lesquels s'était développé le califat autoproclamé de l'Etat islamique. "Ces victoires militaires n'achèvent pas l'ensemble du problème et nous continuerons à être impliqués", indique le président. "Si nous gagnons contre Daesh, il faudra gagner la paix au Levant pour éviter toutes résurgences de formes comparables." Le chef de l'Etat appelle à s'inspirer de l'histoire et "aux erreurs commises dans le passé qui ont conduites à faire émerger al-Qaïda et Daesh".

Concernant la situation en Irak, le président de la République ambitionne "une action diplomatique intense" afin d'organiser au mois de mai prochain des "élections libres". "Il est indispensable que dans les prochains mois il puisse y avoir une stabilisation de la situation en Irak, qu'il puisse y avoir une démilitarisation des milices non reconnues par l'armée officielle et le gouvernement d'Irak (...) lequel doit être aidé dans cette entreprise par l'ensemble des puissances internationales", prévient le président, assurant que la France sera vigilante quant aux éventuelles tentatives de déstabilisation extérieure.

"Le peuple syrien a un ennemi, Bachar al-Assad"

Les options sont plus compliquées pour la Syrie, où le terrorisme islamiste s'est ajouté à la guerre civile. "Sur ce sujet, nous aurons un travail intense", imagine, depuis l'Elysée, le chef de l'Etat. "Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu'on peut gagner la paix en Syrie en considérant qu'il n'y a pas de gouvernants, ou en considérant qu'aucun dialogue avec les actuels gouvernants ne sera toléré." Emmanuel Macron réitère ainsi son intention de discuter avec Bachar al-Assad, le président syrien contesté, même si la France considère qu'il a "passé son temps à massacrer son peuple".

"En Syrie, nous avons un ennemi, Daesh, nous sommes en passe de le vaincre", rappelle le chef de l'Etat. "Le peuple syrien a un ennemi, il s’appelle Bachar al-Assad mais il est toujours là. Il nous trouver la solution politique pour organiser une stabilité territoriale inclusive où l'ensemble des sensibilités pourront être entendues et s'exprimer dans le cadre d'élection à venir."

Appelant à parler "aux représentants de Bachar al-Assad", Emmanuel Macron estime qu'il faut revenir sur des "concessions faites à certaines puissances" qui pensent que la crise syrienne pourra être réglée à "quelques-uns", faisant ainsi allusion au processus d'Astana associant Russie, Iran et Turquie. 

Lutter contre la propagande

L'Irak et la Syrie ne sont pas les seuls pays concernés par la lutte contre le terrorisme qui se poursuit également au Sahel et au Sahara avec, notamment, l'opération française Barkhane. "La France est pleinement engagée dans un combat indispensable mais il suppose un travail intense politique et militaire pour réussir à obtenir des victoires dont nous avons besoin face aux terroristes qui agissent dans la région", insiste le président. 

"Cette lutte contre le terrorisme islamiste est tout à la fois une lutte armée, un combat politique et une lutte contre des réseaux qui opèrent aussi du trafic de drogue, d’armes et d’être humains", analyse le chef de l'Etat qui appelle tous les pays représentés dans la salle à soutenir cette ambition.

Enfin, le dernier point de la lutte imaginée par Emmanuel Macron passe par combattre la propagande des groupes terroristes, notamment sur les réseaux sociaux, et par leur financement. "Il n’est plus acceptable que des opérateurs internet continuent à diffuser ou à retirer trop tardivement des contenus qui ne sont ni informatifs qui sont des contenus clairement identifiés comme des contenus de propagande", martèle-t-il, estimant qu'il sera nécessaire de légiférer "dans le cadre européen à coup sûr" et de les décliner "au-delà". 

Justine Chevalier