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Hollande à l'ONU : son discours passé à la loupe

Ce discours nous dévoile un président à la fois hésitant dans les mesures à appliquer et consensuel dans sa manière de les aborder.

Ce discours nous dévoile un président à la fois hésitant dans les mesures à appliquer et consensuel dans sa manière de les aborder. - -

Plutôt critiqué, le premier discours de François Hollande devant les Nations unies a déçu. Entre "hésitation" et "consensus", un spécialiste de la parole politique le décrypte pour BFMTV.com.

Plaidant pour le "devoir d'agir" et "l'urgence en Syrie", François Hollande a prononcé, mardi, à New York son premier discours devant l'ONU. Une allocution dont les mots prononcés le plus ont finalement été "France", "nations unies" et agir, comme le souligne ce schéma.

Que fallait-il retenir de ce baptême du feu ? Christian Delporte, historien français spécialiste de l'histoire politique et culturelle de la France, décortique pour BFMTV.com ce discours. Pour lui, les mots choisis par François Hollande dévoilent un président à la fois hésitant dans les mesures à appliquer et consensuel dans sa manière de les aborder. Parole à l'expert.

• Première impression

"La première impression est celle d’un discours conventionnel, dans une assemblée attachée ses règles et à ses rites. A la tribune, Hollande apporte naturellement la voix de la France et son regard sur le rôle des Nations unies.

Rien de plus classique et de plus diplomatique que d’y parler de sécurité et de développement, d’y évoquer les valeurs, les droits, la paix, les responsabilités, l’engagement. Ces mots restent des signes convenus s’ils ne sont pas qualifiés, et les qualificatifs sont rares dans le propos prononcé."

• Un volontarisme vague

"D’un autre côté, Hollande a cherché à cultiver le vocabulaire du volontarisme : agir, urgence, je veuxUrgence face à la situation en Syrie, urgence du développement… Le mot agir est surtout représenté dans la péroraison du discours (neuf fois), selon un procédé rhétorique cherchant une forme de lyrisme, absente jusque-là.

Mais l’action proposée n’est guère définie. Il faut agir contre les menaces, les maladies, les fléaux, les pandémies, l’instabilité. Mais comment ? L’action sur la -ou en- Syrie est floue et n’est guère plus concrète lorsque Hollande parle de négociation avec l’Iran (sur la question du nucléaire) ou à propos du conflit israélo-palestinien, sorte de passage obligé de tout discours d’un chef d’Etat à la tribune de l’ONU."

• L'empreinte de l'hésitation

"Même les mots clés d’environnement et de taxe paraissent isolés dans le nuage proposé, difficiles à relier à des propositions évidentes.

Le mot agir est d’ailleurs contrebalancé par l’emploi répété de dette, négociation, dérive, paralysie, promesse…) qui fait de l’orateur une sorte de spectateur du monde, juste sur le diagnostic mais hésitant sur les propositions."

• La volonté du consensus

"En bon diplomate, Hollande recherche le consensus (ensemble), évite tous les mots qui pourraient être interprétés comme une forme d’arrogance, fait preuve d’une prudence extrême. La fermeté qu’il affiche est teintée de raison et volontairement dénuée d’émotion, comme le souligne le choix du vocabulaire."

• En conclusion

"Son manque d’éclat indique qu’Hollande a voulu réussir son examen de passage devant de l’ONU, c’est-à-dire en conciliant le message classique et universel de la France (valeurs humanitaires, libertés, aide au développement…) et les figures imposées par une assemblée, bien connue pour sa complexité."

Olivier Laffargue