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Gilets jaunes: Macron annonce une réflexion pour "éradiquer la grande violence"

Invité de France 2 à l'issue du G7 de Biarritz, le chef de l'État a été interrogé sur les blessures qu'ont subi manifestants et forces de l'ordre durant plusieurs mois dans l'Hexagone.

Après la clôture d'un G7 plus riche en rebondissements qu'à l'accoutumée, Emmanuel Macron va vite devoir redescendre des cimes de la diplomatie internationale. Et replonger, tête la première, dans les flots tumultueux de la politique intérieure. En a témoigné le long entretien qu'il a accordé à France 2 ce lundi soir. 

Interrogé sur quelques-uns des dossiers qui l'attendent en cette rentrée, le chef de l'État a fait un long développement sur les violences "inacceptables" qui ont émaillé le mouvement des gilets jaunes durant l'hiver et le printemps derniers. Avec cette annonce: 

"Je souhaite qu'on ait une réflexion collective et un travail pour qu'on éradique progressivement la grande violence, c'est-à-dire qu'il faut qu'on puisse, avec ceux qu'on appelle les 'black blocs' -qui souvent étaient la cause de tout ça, qui s'infiltrent et provoquent-, qu'on arrive à une solution durable."

"Changer la manière d'assurer la sécurité"

Quelques jours avant le G7, Emmanuel Macron avait dénoncé, auprès de certains journalistes de la presse présidentielle, les "blessures inacceptables, les mutilations" subies durant cette crise sociale. Aussi bien du côté des forces de l'ordre que de celui des manifestants. Un "en même temps" qu'il a réitéré sur France 2.

Louant le "travail remarquable" de la police, le président de la République a concédé qu'il avait pu y avoir des "erreurs avec des gens qui n'étaient pas" violents. D'où sa volonté d'étudier des moyens de "changer la manière d'assurer la sécurité pour réduire très fortement le nombre de blessés".

"Pas de liberté sans ordre public"

Emmanuel Macron a toutefois tenu à rappeler ce que la France a "vécu" durant plus de six mois, quasiment chaque samedi: "Une violence inédite et qui a sidéré; qui nous a sidérés, nous tous, qui a parfois sidéré le monde entier. Ce n'était pas bon pour notre image, mais c'est ça, ce qu'on a vécu."

"On a vécu des scènes d'une violence extrême à l'égard des forces de l'ordre, à l'égard parfois de citoyens, de journalistes, à l'égard de commerces, à l'égard de symboles de la République et de notre pays, l'Arc de Triomphe", a-t-il poursuivi.

Et le chef de l'État de relayer ce qu'il estime être une demande des Français, à savoir "qu'il n'y ait pas de désordre". "Il n’y a pas de liberté s’il n’y a pas d’ordre public", a-t-il déclaré, comme il l'avait fait face à la presse présidentielle le 21 août.

Une phrase qui ressemble à s'y méprendre à celle écrite par Charles Péguy en 1905: "L'ordre, et l'ordre seul, fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude."

"Folie collective"

Selon les chiffres rendus publics par le ministère de l'Intérieur à la mi-mai, 2448 blessés ont été recensés côté manifestants et 1797 parmi les forces de l'ordre, sans plus de précisions sur la gravité des blessures.

D'après des gilets jaunes qui ont organisé une "marche des mutilés" début juin, 23 personnes auraient été éborgnées depuis le début du mouvement, le 17 novembre 2018. Cinq manifestants auraient perdu une main, un aurait été amputé d'un testicule, un aurait perdu l'odorat et une "dizaine" de manifestants auraient eu d'autres blessures graves.

Exprimant son soutien vis-à-vis des forces de l'ordre, Emmanuel Macron a évoqué la "folie collective" qui s'est emparée, selon lui, d'une partie du peuple français durant cette période. Se disant "profondément blessé, heurté" par les affrontements, le président a expliqué que "la violence était telle" qu'il n'était pas possible pour les policiers de cesser l'usage, par exemple, des lanceurs de balle de défense. "Le pire a été évité", a-t-il souligné.

Jules Pecnard