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ENA: après avoir parlé de "rumeurs", Macron favorable à sa suppression

Lors de sa conférence de presse à l'Élysée, le chef de l'État a dit vouloir profondément réformer la haute fonction publique et le système des grandes écoles à la française.

Emmanuel Macron a annoncé, ce jeudi lors de sa première conférence de presse à l'Élysée, que le gouvernement présenterait en mai "une profonde réorganisation de l'administration et de la haute fonction publique".

Le président avait d'abord expliqué vouloir mettre fin aux "grand corps" de la fonction publique, sans d'abord évoquer la suppression l'ENA (École nationale d'administration) dont il est issu. Puis lors de l'exercice de question-réponse avec les journalistes, Emmanuel Macron s'est positionné en faveur de la suppression de l'école d'administration publique.

"Il ne s'agit pas de simplement supprimer telle ou telle chose pour en faire des symboles", a d'abord affirmé le chef de l'État, avant de développer un peu plus tard: "Je pense qu'il faut supprimer, entre autres, l'ENA. Mais pas pour se donner le plaisir de supprimer l'ENA, mais pour bâtir quelque chose qui fonctionne mieux".

"Mettre fin aux grands corps"

Emmanuel Macron a dit souhaiter mettre "fin aux grands corps" de la haute fonction publique, et a pour cela déclaré qu'il allait "mandater M. Thiriez dès demain", de manière à ce qu'il puisse "proposer au gouvernement des réformes ambitieuses sur la base de ce qu'(il venait) de dire".

"Et donc la mission de M. Thiriez, ce sera de soumettre au gouvernement des propositions très claires pour refonder le recrutement des hauts-fonctionnaires, pour l'entrée en carrière, les modes de formation et la gestion des carrières", a ainsi annoncé Emmanuel Macron. 

Dans cette réforme, "il faudra d'ailleurs, sans doute, garder les locaux, ceux qui y sont et sont profondément engagés. Mais je ne crois pas du tout au rafistolage, à la réforme un peu. Ça a déjà été tenté par à peu près tous mes prédécesseurs", a-t-il ajouté.

"Aujourd'hui quand on a réussi les bons concours on est garanti d'un succès ou d'une protection à vie. Est-ce que c'est totalement juste? Est-ce que c'est totalement bénéfique? Non.", a également affirmé Emmanuel Macron.

Créer "davantage de passerelles"

"Notre haute fonction publique, nous lui devons beaucoup, et je suis profondément favorable à un élitisme républicain, néanmoins des changements sont à faire, en termes de recrutement d'abord". "Est-ce que notre haute fonction publique ressemble à la société ? La réponse est non. Ce ne sont plus des filières méritocratiques", a-t-il encore développé.

"Nous devons gérer très différemment les carrières de nos hauts-fonctionnaires", a-t-il ajouté face aux 300 journalistes présents dans la salle. Le chef de l'État a enfin plaidé pour "davantage de passerelles tout au long de la vie professionnelle pour permettre (...) à des gens qui viennent du privé d'intégrer la haute-fonction publique à différents moments." Il a aussi dit vouloir "mettre à l'épreuve ces hauts-fonctionnaires".

Ces derniers mois, la crise des gilets jaunes a exacerbé une méfiance à l'égard des hauts-fonctionnaires et des élites en général. Dans les cortèges, de nombreux manifestants réclamaient la fermeture de l'ENA. Cette école a formé en un peu plus de 70 ans quelque 7.000 hauts fonctionnaires français, parmi lesquels 4 présidents de la Ve République -Emmanuel Macron, François Hollande, Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing-, en sont diplômés.

Jeanne Bulant