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Charte, notes, alliances... Comment la condition animale s'invite dans les élections régionales

Des membres de l'association L214 aux côtés de militants de formations politiques défendant la cause animale aux abords de l'Assemblée nationale le 26 janvier 2021

Des membres de l'association L214 aux côtés de militants de formations politiques défendant la cause animale aux abords de l'Assemblée nationale le 26 janvier 2021 - Thomas Samson

L'association L214 et le Parti animaliste souhaitent faire de la cause animale l'un des enjeux de ces élections régionales. Une thématique sur laquelle les élus sont de plus en plus scrutés.

0,5 pour Xavier Bertrand, 8,8 pour Audrey Pulvar ou encore 2,9 pour Thierry Mariani. Non il ne s'agit pas des intentions de vote pour ces candidats au premier tour des régionales, mais de la note que leur attribue L214. L'association connue du grand public pour la diffusion d'images choc sur les conditions de vie et d'abattage d'animaux interpelle aussi la classe politique en vue des élections.

Pour ce faire, elle a notamment créé le site "Politique et animaux" qui référence les prises de position des personnalités politiques sur la condition animale, au départ prévu pour lister les promesses de campagne des candidat à la présidentielle de 2012. Mis à jour par les quatre membres de l'équipe politique de L214 ainsi que par trois bénévoles, il s'est depuis transformé en une véritable veille de l'activité des élus.

"On a eu l'envie de poursuivre après 2012 afin de pouvoir archiver et stocker des contenus, des déclarations mais aussi des amendements et des propositions de loi", favorables ou opposées au bien être animal explique pour BFMTV.com Samuel Airaud de l'équipe politique de L214.

Les élus notés sur leur action en direction des animaux

Chaque phrase parue dans la presse et chaque vote d'un homme ou d'une femme politique sont pris en compte par l'algorithme du site qui attribue alors une note: 20/20 si la personnalité agit - selon L214 - pour la condition animale (exemple: interdire les corridas), 15/20 si elle est considérée comme en faveur de celle-ci (interdire les corridas mais seulement aux mineurs), 5/20 si elle est considéré comme penchant contre le bien-être des animaux (abstention lors de votes clés) et 0/20 si elle est considérée contre (opposition à un vote jugé en faveur du bien-être des animaux).

Le tout donne une moyenne attribuée à chaque personnalité politique. "Si c'est un vote c'est coefficient 10, un amendement c'est coefficient 3, si c'est une déclaration dans la presse c'est coefficient 1", explique Samuel Airaud.

Une charte à destination des candidats aux régionales

L'activité des députés et sénateurs est scrutée, avec en tête du classement des personnalités comme Bastien Lachaud de la France insoumise (19,84/20), Éric Diard des Républicains (19,09/20) et l'ancien marcheur Cédric Villani (18,30/20).

Force est de constater que le suivi est encore perfectible pour les régionales: si l'action de chaque président de région a pu être évaluée, ce n'est pas le cas pour les autres candidats. Pour pallier ce problème, L214 se réfère à leurs précédentes actions publiques et les invite à signer sa charte "Une région pour les animaux" en vue de leur possible entrée au sein du conseil régional.

Si la condition animale ne fait pas à strictement parler des compétences régionales, l'association demande aux candidats d'agir indirectement, en soutenant par exemple les plats végétariens dans les candidats de lycées ou en attribuant plutôt des subventions à des associations de défense des animaux qu'à des fédérations de chasseurs.

"On voit que L214 a fait en sorte de montrer que c'est un enjeu même pour les régions", analyse pour BFMTV.com Daniel Boy, directeur de recherche au Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences Po. "Mais il faut reconnaître aujourd'hui que c'est minime et que les enjeux aujourd'hui des régionales ce sont surtout la sécurité et l'emploi."

De nombreux prétendants ont d'ailleurs refusé de s'engager sur les 25 propositions listées par l'association à l'instar de Valérie Pécresse en Île-de-France, Laurent Pietraszewski pour les Hauts-de-France ou Carole Delga en Occitanie.

"On a environ une quarantaine de signatures de candidats tête de liste mais aucune venant d’un président sortant", reconnaît l'organisation. "Après certains vont avoir des difficultés à signer une charte proposée par L214 parce que leurs alliés politiques ou leur électorat pourrait y être hostile."
L'association L214 affiche sur son site "Politique et animaux" la liste des candidats aux régionales qui ont signé ou refusé de s'engager sur leur charte en faveur du bien-être animal.
L'association L214 affiche sur son site "Politique et animaux" la liste des candidats aux régionales qui ont signé ou refusé de s'engager sur leur charte en faveur du bien-être animal. © Capture d'écran "Politique et animaux"

Pas de liste pour le Parti animaliste mais des alliances

Mais interpeller, discuter, et engager les politiques sur des promesses électorales ne suffit plus pour d'autres. En 2016 a été fondé le Parti animaliste qui promeut "une évolution de société qui prend en compte les intérêts des animaux et qui repense la relation entre les animaux et les humains".

Jeune et peu présent sur la scène médiatique, le parti à cause unique a surpris plus d'un sondeur en 2019 lors des élections européennes où il a obtenu 2,4% des voix, soit le vote d'environ 490.000 électeurs. Un résultat proche de celui de l'UDI ou du Parti communiste et même supérieur à celui de Lutte ouvrière. Tout sauf négligeable pour Daniel Boy.

"Ils ont eu de bons résultats dans l'Est de la France et notamment dans des zones désindustralisées", analyse pour BFMTV.com le directeur de recherche au Cevipof. "Ça n'était pas simplement un électorat citadin et bobo, d'ailleurs ce vote était aussi en parti structuré par une réponse anti-système politique."

Un essai réussi, et après? Le parti ne recense aujourd'hui sur son site que huit élus membres de divers conseils municipaux.

"Leur objectif est similaire à celui de L214: faire pression. Mais est-ce qu'il est nécessaire de faire un parti pour défendre les animaux?", s'interroge Daniel Boy, "on ne peut pas être un parti à cause unique pendant longtemps, cela lasse à force." "Politiques et animaux" estime d'ailleurs que sept autres partis "agissent pour les animaux", dont notamment La France insoumise (notée 17/20) ou EELV (16/20).

Des propos qui semblent avoir été entendu par le Parti animaliste qui ne dispose pas de listes propres pour ces régionales mais a annoncé travailler avec des partis "généralistes": en Île-de-France avec la liste menée par Clémentine Autain, en Paca avec Jean-Marc Governatori pour l'"Ecologie au centre" et en Nouvelle-Aquitaine avec l'écologiste Nicolas Thierry.

Hugues Garnier Journaliste BFMTV