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Bien-être animal: des députés s'agacent d'avoir été bombardés de mails par L214

(photo d'illustration)

(photo d'illustration) - Lionel Bonaventure

En amont de l'examen de la proposition de loi de Cédric Villani sur le bien-être animal, de nombreux élus du Palais-Bourbon ont vu leur boîte mail saturée. L214 réfute en avoir été l'origine directe.

"Pénible, pénible..." C'est la réaction initiale de Bruno Questel, député La République en marche de l'Eure, lorsqu'on l'interroge sur la batterie de courriels qu'il a reçus depuis plusieurs jours de la part de militants défenseurs du bien-être animal. Il les calcule en dizaines. "On installe une forme de dictature des réseaux sociaux qui regroupent des groupuscules réac et gaucho", s'alarme-t-il.

Ce marcheur est loin d'être le seul parlementaire à avoir vu sa boîte mail saturée par ces messages, dont certains expéditeurs se revendiquent de l'association L214. Pourquoi maintenant? Jeudi soir, les députés examinaient une proposition de loi visant à améliorer la condition animale, émanant du groupe Écologie Démocratie Solidarité et portée par Cédric Villani. Un enjeu sur lequel L214 a toujours milité de façon musclée, notamment à travers la diffusion de vidéos choquantes.

"Ça fait partie du jeu"

Durant la séance, le député UDI Pascal Brindeau a pris la parole pour dénoncer avec virulence les "méthodes" d'une association qu'il qualifie de "lobby". Il lui a reproché de vouloir "intimider les parlementaires en envoyant, par des robots, des dizaines et des dizaines de mails, soi-disant (...) de nos électeurs de nos circonscriptions".

"J'ai fait vérifier un certain nombre de noms qui étaient au bas des messages, évidemment toujours les mêmes, qui commencent par L214, etc. Ces électeurs n'existent pas, ils ne sont pas inscrits sur nos listes électorales", a-t-il ajouté.

Et l'élu du Loir-et-Cher d'accuser L214 de bénéficier de "financements étrangers, d'entreprises américaines, qui ont pour seul objectif d'interdire la consommation demain de viande en France, de tuer notre agriculture, de tuer notre élevage". Sur Twitter, Pascal Brindeau a menacé l'association de porter plainte pour "usurpation d'identité".

Contactés par BFMTV.com, d'autres élus confirment avoir été "bombardés" de courriels, mais le prennent avec plus de détachement. "Oui c'est embêtant, ça pollue la boîte mail, mais ça fait partie du jeu", rapporte Julien Dive, député Les Républicains, également présent lors de la séance d'examen du texte sur le bien-être animal.

"J'ai jeté un œil, même si au bout d'un moment j'ai lâché l'affaire, mais il s'agit parfois de mails rédigés par de vraies personnes, dont on découvre assez facilement l'identité en fouillant sur Facebook. Et on en trouve qui ont 15, 16 ans", nous raconte-t-il.

L'élu de l'Aisne observe que le même procédé "a été utilisé par d'autres assos pour la proposition de loi sur l'IVG, et pareil sur les néonicotinoïdes".

"Ça se développe de plus en plus, dès qu'il y a un texte qui arrive sur un sujet sociétal clivant, et ça s'accélère vraiment depuis deux ans. On y a eu droit au moment des 80 km/h, et de la PMA aussi. Mais oui, c'est avec la loi Villani que ça a été le plus invasif", assure-t-il.

Inquiétudes

À titre de comparaison, Julien Dive évoque d'autres sujets sur lesquels les parlementaires ont l'habitude de recevoir deux, trois mails par jour. "Là c'était 70 à 80 chaque jour", assure-t-il. L'élu LR entend faire la même chose en répondant des messages anonymes aux expéditeurs, dont il concède volontiers que certains peuvent être "de très bonne foi". "Je ne suis pas sûr que ça serve leur cause d'ailleurs", ajoute ce proche de Xavier Bertrand.

Ce battage numérique ne se fait pas uniquement par mail. En témoigne l'expérience de François-Michel Lambert, député Libertés et Territoires des Bouches-du-Rhône. Lui a été plutôt visé par la Fondation Brigitte Bardot, notamment via Twitter. "C'est le jeu", réagit-il lui aussi, avant d'ajouter:

"Par contre les menaces reçues et les injures, je ne l'ai jamais vécu, même lorsque j'ai fait des tweets contre Génération Identitaire ou en soutien aux migrants, qui me valent pourtant le même volume de spam. Pour la première fois de mon action parlementaire, je ne suis pas rassuré, je crains une action physique contre moi dans la rue si on me reconnaît."

L'ancien membre du groupe LaREM raconte par ailleurs que depuis ce vendredi matin, sa permanence reçoit un "festival d'appels en numéro masqué". Du jamais vu à cette dose d'après lui.

Aucun "robot", affirme L214

Pour ce qui concerne l'association la plus connue du lot, L214, celle-ci nie toute action émanant directement d'elle. "Ils peuvent appeler ça du spamming s'ils veulent. Nous, on a mis à disposition une plateforme pour que chacun puisse contacter le député de son département. Et après chacun envoie depuis sa propre boîte mail, il n'y a pas de robot", nous explique Brigitte Gothière, porte-parole de L214. Elle reconnaît toutefois que le "temps politique" était idoine pour inciter à interpeller les parlementaires.

Sur le site de l'association, l'ensemble des élus, actuels ou anciens (on y trouve encore Serge Dassault), sont notés en fonction de leur action en faveur ou "contre" les animaux. Il est également possible par ce truchement-là d'envoyer un mail pré-rempli à son député ou sénateur, mail dont le contenu peut être modifié par l'utilisateur.

Reprochant aux élus (pas tous bien sûr) leur "mauvaise foi", Brigitte Gothière raille aussi les motifs de leur courroux, en particulier celui de Pascal Brindeau. "89% des Français sont favorables aux mesures du référendum pour les animaux qu'on soutient. Qu'il soit content, il n'a pas eu tout le monde", estime la militante. Et d'ajouter que, d'après elle, les lobbies d'éleveurs adoptent des techniques militantes bien plus agressives.

Jules Pecnard Journaliste BFMTV