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"Perlimpinpin", "Galimatias": le petit lexique du débat Macron-Le Pen

Le traditionnel débat d'entre deux-tours entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen a eu son lot de tournures fantasques. Un point sur les éléments de langage obscurs employés mercredi soir par les deux candidats.

Lors du traditionnel débat d'entre-deux tours qui a eu lieu mercredi soir, les deux candidats se sont parfois targués d'expressions farfelues et énigmatiques. Un vocabulaire parfois soutenu et fantaisiste, qui n'a pas manqué de faire sourire certains des 6.3 millions de téléspectateurs. 

> A comme antienne

Alors que le débat touche à sa fin, Marine Le Pen s'en prend ironiquement à Emmanuel Macron, lui reprochant dans un éclat de rire d"avoir réussi à réconcilier la CGT et le MEDEF, ils appellent à voter pour vous." Marine Le Pen ne cache pas son amusement et énumère les organisations s'étant ralliées au mouvement En Marche! : "le MEDEF, la CGT, et OIF ...". Une partie de plaisir à laquelle Emmanuel Macron coupe court:

"Je ne ris pas avec l'état de notre pays, Madame ... Continuez votre antienne Madame Le Pen, vous n'avez que cela à la bouche. Vous n'avez pas de projet pour le pays."

Ainsi, l'ancien ministre de l'Economie somme la candidate du Front National de cesser sa rengaine. Une antienne est traditionnellement un refrain à deux choeurs, soit la répétition continuelle et lassante de quelque chose. 

> B comme broutard

Lorsqu'il aborde le sujet de l'agriculture française, Emmanuel Macron évoque "les broutards" des éleveurs. Un terme un peu abstrait, qui renvoie à de jeunes bovins élevés en pâture et qui se nourrissent de lait maternel et d'herbe avant d'être abattus.

"L'éleveur du Cantal [...], a ce qu'on appelle des broutards qu'il envoie s'engraisser ailleurs, en Italie." 

> E comme ECU

Sur le thème de la sortie de l'Euro, Marine Le Pen évoque un retour à l'"ECU", l'European Currency Unit, soit l'unité de compte utilisée par la Communauté européenne avant l'adoption de l'euro. A ne pas confondre avec la monnaie française du Moyen-Âge.

L'ECU, la monnaie virtuelle qu'évoque la candidate servait de référence aux différents pays européens dans le but de limiter les fluctuations monétaires entre les pays partageant cette devise commune et d'éviter ainsi une guerre des monnaies au sein de l'espace économique européen. Selon la candidate frontiste, "ce système a fonctionné dans le cadre du SME et il était plutôt performant".

> G comme galimatias

Lorsque le volet diplomatique est abordé, Emmanuel Macron reproche à Marine Le Pen de ne pas répondre à la question sur sa position vis-à-vis de Donald Trump et de Vladimir Poutine. Marine Le Pen s'égare alors et évoque "la grande spécialité des socialistes à donner des leçons de morale à la terre entière". Le candidat d'En Marche! lui rétorque: 

"Là, vous répondez sur Monsieur Trump et Monsieur Poutine? C'est vraiment un galimatias."

Un terme jugé quelque peu dépassé voire énigmatique sur Internet, en réalité utilisé par le candidat pour dénoncer le discours confus, sans queue ni tête de son adversaire.

> P comme poudre de perlimpinpin 

Sur la question de la lutte contre le terrorisme, Emmanuel Macron tente d'abord de contrer les arguments de Marine Le Pen sur la fermeture des frontières. "J'ai une nouvelle pour vous: ça ne sert à rien" profère le candidat d'En Marche! à la candidate du Front national, avant de lui lancer: 

"Ce que vous proposez, c'est de la poudre de perlimpinpin".

Une manière, pour le candidat d'En Marche!, de qualifier la fermeture des frontières de remède de charlatan, prétendu miraculeux mais totalement inefficace.

> S comme sauts de cabri

Une autre formule particulièrement imagée a marqué les esprits, mercredi soir. A l'évocation du fondamentalisme islamiste, Marine Le Pen insinue notamment que son adversaire ne veut pas s'armer pour lutter contre le terrorisme. Ce à quoi Emmanuel Macron ne manque pas de rétorquer, de la manière la plus imagée qui soit:

"Je ne tombe pas comme vous dans le piège des sauts de cabri. [...] J'ai un projet sérieux, qui n'est pas du saut de cabri. Madame Le Pen lutte contre le terrorisme sur les plateaux télé, quand le contribuable la paye pour aller au Parlement européen, elle n'y va pas pour voter les réformes contre le terrorisme." 

L'expression n'est d'ailleurs pas sans rappeler la célèbre petite phrase du général De Gaulle, en 1965 lors

"Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l'Europe ! l'Europe ! l'Europe !...

Sur les réseaux sociaux, certains n'ont pas caché leur perplexité, soupçonnant même, avec une once d'humour, un pari:

Sur les réseaux sociaux, certains n'ont pas caché leur perplexité, soupçonnant même, avec une once d'humour, un pari:

Des tournures qui resteront sans doute gravées dans les mémoires, comme les "pudeurs de gazelles" qu'avait évoquées Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise, lors du débat du premier tour de l'élection présidentielle.

J.B