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Municipales: "vers une démocratie de l'abstention"

Les électeurs se sont peu déplacés aux urnes ce dimanche, à l'occasion du premier tour des municipales (Photo d'illustration).

Les électeurs se sont peu déplacés aux urnes ce dimanche, à l'occasion du premier tour des municipales (Photo d'illustration). - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Comment expliquer le record d'abstention atteint dimanche lors du premier tour des élections municipales? BFMTV.com a posé la question à une spécialiste du vote et de l'abstention, Céline Braconnier.

L'abstention est sur toutes les lèvres depuis dimanche, premier tour des élections municipales. Selon les différents instituts de sondage, elle a atteint quasiment 39%. Comment expliquer un tel chiffre, et se reproduira-t-il au second tour? BFMTV.com a posé la question à Céline Braconnier, professeur à Sciences Po et coauteur avec Jean-Yves Dormagen de La démocratie de l'abstention (Folio).

Comment expliquer une telle abstention?

Avec presque 39% d'abstention, on bat en 2014 un record historique qui confirme qu'on s'installe dans une démocratie de l'abstention. Depuis les années 80, l'abstention est en hausse, et aux municipales, elle grimpe systématiquement. Là, le record est très largement battu par rapport à 2008.

Cette abstention s'explique par des données de géographie électorale: là où on vote le moins, c'est dans des territoires jeunes, souvent les plus frappés par la crise économique. Les facteurs de l'abstention sont donc socio-économiques. Et ils alimentent un certain scepticisme vis-à-vis du politique.

Qui sont les abstentionnistes?

Ils sont en général jeunes, entre 18 et 25 ans, au chômage ou en difficulté pour trouver un emploi. Ils sont peu diplômés. La campagne n'est pas en mesure de les mobiliser: ils ont expérimenté l'alternance droite-gauche, et n'ont pas l'impression que cela ait changé grand-chose à leur niveau de vie.

Pourtant, certaines villes ont réussi à limiter l'abstention, comme Saint-Denis par exemple: l'offre politique y a été resserrée, et les candidats davantage sur le terrain. L'abstention a été moins forte que prévu.

Les facteurs politiques, comme les affaires sorties récemment, n'aident pas à faire reculer l'abstention. Mais elles n'expliquent pas tout non plus: ce ne sont pas les affaires qui ont fait l'abstention, ce sont bien les déterminants sociaux.

Cette abstention peut-elle empirer au second tour?

Il peut y avoir un léger sursaut au second tour, peut-être qu'une campagne un peu intensive peut faire gagner un peu de participation, mais pas plus d'un ou deux points à mon avis. La campagne peut aider, mais elle n'a pas d'effet magique.

Et puis entre les deux tours, il y a un autre défi, celui du renouvellement du corps électoral. Non seulement il faut gagner des voix, mais il faut surtout faire en sorte que les votants du premier tour votent au second.

Quant au FN, il est difficile de savoir s'il réussira à mobiliser au second tour, car on manque de données historiques importantes concernant sa capacité à mobiliser. Mais une législative partielle en 2013 dans la 2e circonscription de l'Oise a montré que le FN pouvait convaincre les abstentionnistes d'aller voter au second tour. Cela repose toutefois sur des cas précis, et il est encore difficile d'en tirer des enseignements plus généraux.

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Propos recueillis par Ariane Kujawski