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EELV: qui est Sandrine Rousseau, qualifiée au second tour de la primaire?

Héraut de "l'écoféminisme" dans la primaire écologiste, Sandrine Rousseau a fait son entrée en politique en 2009. Elle s'en est éloignée momentanément après avoir accusé publiquement Denis Baupin de harcèlement et agressions sexuelles.

Revenu d'insertion, réforme de la fiscalité plus égalitaire, "écologie radicale"... Pour sa campagne, Sandrine Rousseau s'est placée d'emblée à gauche toute et "l'assume totalement". Deuxième qualifiée avec 25,14% des voix, l'ancienne secrétaire nationale adjointe du parti écologiste s'est fait la représentante "d'un mouvement de fond qui veut une transformation radicale, qui veut que les questions sociales et sociétales soient à l'agenda".

Ce faisant, elle a fait quelques vagues. Elle s'est attiré les foudres de l'équipe de son concurrent Eric Piolle pour avoir accusé le maire de Grenoble de l'avoir "bousculée" lors des Journées d'été de Poitiers mi-août, avant de préciser devant les preuves inverses que l'incident était "symbolique". "Une faute politique", tance encore aujourd'hui un cadre d'EELV.

Dérapages

Dans les médias, elle s'est fait remarquer pour sa combativité qui l'a parfois amenée à commettre des dérapages, comme quand elle a dit qu'avoir de potentiels terroristes afghans en France, "cela nous permet aussi de les surveiller". Une "maladresse", a-t-elle ensuite admis. Mais sur le net, elle est devenue la tête de turc des réseaux d'extrême droite qui ont même créé un compte Twitter parodique, "Sandrine Ruisseau".

Pourtant, Sandrine Rousseau se targue de vouloir convaincre sur le fond. Elle prône "l'écoféminisme" qui s'élève, explique-t-elle, contre "le système de violence et d'assignation des femmes s'appliquant aussi sur la nature ou encore les classes populaires".

Son profil politique s'est nourri de son histoire personnelle. En 2016, elle a accusé dans la presse, aux côtés d'autres femmes du parti, l'ancien député de Paris Denis Baupin d'agressions et de harcèlement sexuels. L'affaire, prescrite, a été classée sans suite mais un procès en diffamation intenté par Denis Baupin en avril 2019 a débouché sur sa condamnation pour procédure abusive.

Sandrine Rousseau et les trois autres femmes qui ont accusé Denis Baupin de harcèlement et agressions sexuelles, lors d'une conférence de presse en mars 2017.
Sandrine Rousseau et les trois autres femmes qui ont accusé Denis Baupin de harcèlement et agressions sexuelles, lors d'une conférence de presse en mars 2017. © THOMAS SAMSON

Soutien aux femmes victimes de violences

Un an avant la vague mondiale "Me too", l'affaire avait fait grand bruit en France, et le grand public a découvert Sandrine Rousseau par ses larmes sur le plateau d'On n'est pas couché sur France 2. Aujourd'hui, cette brune menue au regard grave dit rester marquée par la "violence" qui s'est déchargée contre sa parole, y compris au sein d'EELV:

"Des gens refusaient de me dire bonjour. Il y a quelque chose d'indescriptible qui se coalise contre vous, vous marginalise: je n'étais plus une femme politique, ni une économiste, mais simplement une victime."

Elle crée alors l'association "Parler" qui organise des repas pour libérer la parole entre femmes victimes de violences sexuelles. Une initiative qui "m'a beaucoup aidée et aidé beaucoup de femmes", confie Sandrine Rousseau, fière que l'association ait essaimé dans 10 villes en France. Marquée par ces déboires, elle met entre parenthèse sa vie politique entamée en 2009, quand elle avait été démarchée par Europe écologie pour figurer en cinquième position sur la liste Hauts-de-France des élections européennes.

Une femme "motivée et motivante"

Un recrutement qui lui avait permis de devenir, un an plus tard, conseillère régionale et vice-présidente de la région Hauts-de-France, chargée de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, avant d'entrer au bureau exécutif d'EELV et d'en devenir la numéro 2. Mais Sandrine Rousseau essuie un échec majeur aux élections régionales de 2015: tête de liste EELV au sein d'une gauche émiettée, elle ne franchit pas la barre des 5% nécessaire au remboursement des frais de campagne. Ce qui fait ricaner aujourd'hui un cadre du parti.

"Elle fait des pieds et des mains pour être tête de liste, la stratégie est contestée au niveau local, ça se passe mal, on doit tous se cotiser pour rembourser, elle disparaît de la vie politique et plusieurs années après elle revient pour dire 'Je veux être présidente de la République'."

Au contraire, Stéphanie Bocquet, conseillère municipale à Lille et l'un de ses soutiens de la première heure, salue une femme "motivée et motivante. Elle a assez de courage pour aller au bout des choses". Alexis Braud, lieutenant de Yannick Jadot, voit dans cette "amie", en faveur de laquelle il a témoigné à son procès, "quelqu'un de très déterminé, de très fort". C'est aussi, selon lui, "une intellectuelle qui a réellement la pensée globale qui convient à l'écologie".

AL avec AFP