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Des valises de billets africaines pour Chirac et Villepin ?

L'avocat Robert Bourgi a jeté un pavé dans la mare de la "Françafrique" en accusant Jacques Chirac (à gauche) et Dominique de Villepin (à droite) d'avoir reçu pendant dix ans par son intermédiaire des fonds occultes de chefs d'Etat africains. /Photo d'arc

L'avocat Robert Bourgi a jeté un pavé dans la mare de la "Françafrique" en accusant Jacques Chirac (à gauche) et Dominique de Villepin (à droite) d'avoir reçu pendant dix ans par son intermédiaire des fonds occultes de chefs d'Etat africains. /Photo d'arc - -

L'avocat Robert Bourgi accuse Jacques Chirac et Dominique de Villepin d'avoir reçu pendant dix ans, par son intermédiaire, des fonds occultes, en espèces, de chefs d'Etat africains, afin de financer la présidentielle de 2002. L'ex-premier ministre dément catégoriquement.

Robert Bourgi affirme avoir été chargé de transferts de fonds entre plusieurs chefs d'Etat d'Afrique francophone et l'Elysée sous la présidence de Jacques Chirac. Il évoque des sommes de plusieurs dizaines de millions de dollars, ayant notamment servi à financer la campagne de Jacques Chirac pour la présidentielle de 2002.

«Trois, quatre, cinq millions de dollars»

« J'étais le porteur de valises de Chirac puis Villepin », dit Robert Bourgi, qui affirme avoir « vu Chirac et Villepin compter les billets (...). Je remettais l'argent, de 1995 jusqu'en 2005, et je disais aux destinataires, soit au président de la République, M. Chirac, soit à M. de Villepin, il y a trois, quatre, cinq millions de dollars », dit l'avocat. « Ce que devenait cet argent, je l'ignore. De trace, il n'y en a pas ». Robert Bourgi est le dernier grand acteur de la « Françafrique », une relation privilégiée entre la France et ses anciennes colonies d'Afrique noire reposant sur des réseaux d'influence.

«La République des mallettes»

Cet homme de 66 ans d'origine libanaise, né à Dakar, a été jusqu'en 2005 un discret « Monsieur Afrique » officieux de Jacques Chirac à l'Elysée avant de rallier Nicolas Sarkozy, qui lui a remis la Légion d'honneur fin 2007. Henri Guaino, proche conseiller du président, a cependant démenti dimanche le fait que Robert Bourgi soit un conseiller de Nicolas Sarkozy. Les accusations de Robert Bourgi interviennent quelques jours après la publication du livre de Pierre Péan, « La République des mallettes », qui affirme que Dominique de Villepin aurait reçu une vingtaine de millions de dollars de chefs d'Etat africains entre 1992 et 2005.

«Tout cela n'est que fariboles et écrans de fumée»

Dominique de Villepin, qui fut tour à tour secrétaire général de l'Elysée, ministre et Premier ministre sous la présidence de Jacques Chirac, a formellement démenti ces accusations de Robert Bourgi. « Tout cela n'est que fariboles et écrans de fumée », dit-il. L'ancien Premier ministre a souligné que ces accusations sortaient « à un moment très particulier », soit pendant le procès de Jacques Chirac dans l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris et à l'approche de la décision de la cour d'appel dans l'affaire Clearstream, dans laquelle quinze mois de prison avec sursis ont été requis contre Dominique de Villepin.
François Hollande a réagi en demandant l'ouverture d'une enquête judiciaire. Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer (UMP) évoque pour sa part la possibilité de saisir une commission d'enquête parlementaire. 

La Rédaction