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Déconfinement: revirements et fausses notes dans la communication du gouvernement

Après plusieurs hypothèses envisagées en matière de déconfinement, l'Elysée s'efforce de clarifier la stratégie du gouvernement.

Les pieds dans le tapis. L'Elysée a tenté ce jeudi de clarifier sa position sur le déconfinement, en dévoilant certains des points évoqués dans la journée lors d'une rencontre entre le chef de l'Etat et les élus, à trois semaines de la date du 11 mai fixée comme point de départ pour cette nouvelle étape. Mais quelques heures seulement après les annonces, le palais présidentiel a précisé qu'il ne s'agissait là que de "pistes de travail". Au risque de rendre le message initial peu lisible.

Cette communication vient s'ajouter à de précédents cafouillages de la part de membres du gouvernement sur la levée prochaine du confinement. Seule certitude à ce jour, à l'issue de la réunion: le déconfinement ne se fera pas par région. Une décision qui entre en contradiction avec les précédentes prises de paroles de l'exécutif.

Des adaptations mais pas de déconfinement régional

Mercredi, Emmanuel Macron avait laissé entendre au cours d'un déplacement dans le Finistère que l'après-11 mai ne serait pas géré de la même manière partout en France, évoquant des mesures plus ou moins rapides "selon les secteurs et selon les régions".

"Il y aura peut-être sur certains sujets des étapes qui pourront se passer plus vite dans les endroits où le virus ne s'est pas répandu", avait indiqué le chef de l'Etat.

Plus tôt en avril, le Premier ministre Edouard Philippe, entendu par la mission d'information de l'Assemblée nationale, avait fait savoir que le gouvernement avait "demandé à plusieurs équipes de travailler sur cette question en étudiant l'opportunité, la faisabilité d'un déconfinement qui serait régionalisé".

Changement de direction ce jeudi, l'Elysée fait savoir qu'un déconfinement régionalisé n'est finalement pas envisagé. Une différenciation à l’intérieur des régions pourrait néanmoins permettre d'adapter les mesures en fonction des spécificités locales. Et l'exécutif de préciser qu'il ne s'agit là encore que de pistes, qui peuvent tout à fait être revues dans les prochains jours.

Le calendrier de la rentrée dévoilé... mais à confirmer

Autre sujet très attendu et évoqué lors de la réunion avec les élus: la réouverture des écoles. Mardi, Jean-Michel Blanquer, auditionné devant la commission des Affaires culturelles et de l'Education de l'Assemblée nationale a livré - sans en informer Matignon - les premiers contours de ce "retour" en classe.

Précédée d'une pré-rentrée des enseignants, la semaine du 11 mai devrait être celle de la rentrée des "classes de grandes sections, de CP et de CM2". Viendrait ensuite l'enseignement secondaire - les classes de 6ème et les 3ème au collège, de 1ère et de Terminale au lycée, et les ateliers industriels pour les lycées professionnels - pour la semaine du 18 mai. Enfin l'"ensemble des classes pourraient rentrer" à compter de la semaine du 25 mai. Des éléments qui restaient toutefois "à stabiliser", selon le ministre. 

L'Elysée précise ce jeudi que le calendrier de rentrée reste à confirmer et que ce retour devrait se faire sur la base du volontariat, pour les élèves mais pas les enseignants.

L'avertissement de Jérôme Salomon

L'Elysée ajoute ce jeudi travailler pour faire en sorte qu'il n'y ait "aucun problème pour se déplacer d'une région à l'autre" après le 11 mai. Alors que le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner indiquait quelques heures plus tôt, sur BFMTV, que le déconfinement ne serait pas "la liberté d'aller partout, tout le temps."

L'option retenue vraisemblablement par le gouvernement se heurte par ailleurs à l'avertissement lancé par le directeur général de la Santé. Interrogé ce jeudi par la mission d'information de l'Assemblée nationale sur le Covid-19, Jérôme Salomon a déclaré: "ce qu'il faudra éviter ce sont les transports interrégionaux et les échanges de population entre des zones massivement touchées et des zones peu touchées, (ou) c'est comme ça qu'on va réactiver la circulation du virus. (...) C'est une attitude que l'on doit avoir lors du déconfinement, d'être très attentifs aux flux interrégionaux".

"On n'a pas d'explication sur la circulation virale et le fait qu'il y ait ou non des zones touchées. Les départements français sont touchés de façon extrêmement hétérogène alors que nous avons un système de santé assez homogène sur le territoire," déclaré le directeur général de la Santé. "Le risque de reprise épidémique existe, il faut nous y préparer", a-t-il insisté.

Dans un autre registre, le ministère du Travail a fait savoir ce jeudi que le plafond quotidien des titres-restaurant pour des achats dans les supermarchés, commerces de proximité et repas hebdomadaires passerait de 19 à 95 euros. Une information revue dans la journée avec une précision importante: le plafond de l'utilisation des achats par titres-restaurant ne s'élèvera pas à 95 euros par jour mais à 95 euros en une fois par semaine. 

Autant de revirements qui viennent embrouiller la stratégie de levée progressive du confinement dont le plan global sera présenté par Jean Castex, haut-fonctionnaire nommé "monsieur Déconfinement" du gouvernement, en début de semaine prochaine. Il sera annoncé par Edouard Philippe fin avril. Cette présentation risque de ne pas répondre à toutes les interrogations puisqu'un autre plan de déconfinement plus abouti et réalisé en concertation avec les élus locaux sera présenté d'ici début mai. 

Hugues Garnier avec AFP