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Coût, durée, modalité: le grand flou du service national

Des jeunes volontaires dans une caserne de Bordeaux. Photo d'illustration

Des jeunes volontaires dans une caserne de Bordeaux. Photo d'illustration - Georges Gobet - AFP

L'idée d'un service national obligatoire séduit Emmanuel Macron, mais les rapports et prises de parole contradictoires s'enchaînent sur le sujet.

A quoi ressemblera le service national universel appelé de ses vœux par Emmanuel Macron? En mars 2017, le candidat annonçait à la surprise générale sa volonté de mettre en place un service national obligatoire pour les 18-21 ans. Aujourd'hui, les contours du projet sont flous. Mais le moins qu'on puisse dire, c'est que les annonces ne manquent pas.

Ces derniers jours, c'est au sujet de la dimension obligatoire de ce service que les contradictions ont été mises au jour: pour Florence Parly, la ministre de la Défense, le projet de service n'aurait pas vocation à être obligatoire. Les jours suivants, les déclarations de Gérard Collomb et Benjamin Griveaux se succèdent pour la contredire. Mardi, Emmanuel Macron devant la presse tente de clarifier les choses: il confirme une partie obligatoire de 3 à 6 mois, pour les hommes et les femmes, pouvant avoir "une ouverture sur la chose militaire" mais dont la forme "pourra être civique".

Cette annonce pour le moins vague intervient une semaine avant la parution d'un rapport parlementaire. Constatant les prises de parole sur le sujet, les deux députées Marianne Dubois (LR) et Emilie Guérel (LaREM), rapporteures du rapport, ont finalement avancé d'une semaine leur présentation. Agacée, Marianne Dubois dénonce "une cacophonie", "comme si tout était fait pour saborder [leur] travail". Et se demande si le rapport "dérange" l'exécutif.

Un "parcours citoyen" contraire à l'idée de Macron

Car le texte des députées va à l'encontre des souhaits du Président. Il ne préconise pas une période longue encadrée par l'armée, mais un parcours citoyen qui commencerait dès la 6e au collège via une semaine de la défense et de la citoyenneté. La deuxième étape, obligatoire elle aussi, interviendrait entre 16 et 18 ans: elle consisterait à donner le choix à l'élève entre une semaine en internat ou en mission d'intérêt général. Elle se terminerait par une cérémonie de remise d'un passeport de citoyenneté, en présence d'un représentant de l'Etat. Puis de 18 à 25 ans, il s'agirait d'inciter et d'accompagner les jeunes citoyens désirant s'engager, en développant des outils qui existent déjà.

Combien coûterait un tel plan? Les députées ne le disent pas mais promettent de "limiter les coûts au maximum". Jointe par BFMTV.com, Marianne Dubois explique que le Premier ministre a commandé un rapport étudiant tous les dispositifs possibles et leur financement: "il a été rendu fin janvier", affirme la députée, "mais nous n'avons jamais pu l'obtenir." L'élue explique ce silence par le fait que "ses conclusions n'allaient pas dans le sens du président Macron, mais plutôt dans le nôtre". Selon Les Echos, ce rapport souligne "les contraintes", "la complexité" et le "coût" du projet d'Emmanuel Macron. Et sa publication aurait donc été reportée sine die.

Une miriade de rapports sur le sujet

Outre les députées Dubois et Guérel, un groupe de travail mené par l'exécutif se penche lui aussi depuis la fin janvier sur le service national. Il rendra ses conclusions à la fin avril à Emmanuel Macron: "c'est à partir de cela qu'on pourra déterminer le coût", assure Benjamin Griveaux. Car chaque scénario comporte un coût différent, de 3 à 5 milliards d'euros jusqu'à 15 milliards d'euros en cas d'hébergement intégral des jeunes, selon Les Echos.

Marianne Dubois, elle, ne cache pas ses doutes: elle estime la "version Macron" "difficilement réalisable" en terme de budget. Et pointe du doigt d'autres préconisations du Président qu'elle estime problématiques: pour elle, "il faut commencer beaucoup plus tôt que 18 ans". "Il faut aussi s'assurer que les jeunes acceptent de mobiliser 3 à 6 mois de leur année, alors qu'ils viennent de terminer leurs études et sont sur le point de s'engager dans la vie professionnelle", souligne la députée.

Comme s'il fallait complexifier un peu plus les choses, les rapports pleuvent sur le sujet. Au Sénat, Jean-Marie Bockel et Jean-Marc Todeschini ont également été saisis pour émettre leurs propres propositions. Sans oublier le Conseil d'orientation des politiques la jeunesse (COJ), qui a lui aussi rendu au ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer un rapport sur le service national. Il y préconise un service national… pas obligatoire.

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV